le Vendredi 5 juin 2026
le Vendredi 5 juin 2026 12:00 Actualités provinciales

Comment s’adapter aux changements climatiques en conservant les biens patrimoniaux

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Un aboiteau à Grand-Pré en 1907. — PHOTO: M.O. Hammond (1876-1934) — Archives publiques de l'Ontario
Un aboiteau à Grand-Pré en 1907.
PHOTO: M.O. Hammond (1876-1934) — Archives publiques de l'Ontario

Depuis le début du nouveau millénaire, le niveau de la mer a monté d’environ 7 cm, et d’ici 2100, il pourrait s'élever jusqu’à un mètre. Un enjeu pour les populations habitant les berges, mais également pour la préservation d’un patrimoine acadien: les aboiteaux.

Comment s’adapter aux changements climatiques en conservant les biens patrimoniaux
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Type de contenu: Actualité

Jean-Philippe Giroux
Le Courrier de la Nouvelle-Écosse – IJL

L’exemple du système des aboiteaux illustre les différends qui existent entre l’adaptation climatique et la préservation patrimoniale, selon TransCoastal Adaptations, qui a animé un atelier de réflexion, lors de la conférence annuelle de CLIMAtlantic, Connected Resilience: Atlantic Adaptation Conference 2026. 

L’objectif? Explorer ces tensions et s’imaginer un juste milieu, en considérant l’importance des biens patrimoniaux pour les cultures, mi’kmaq et acadienne, qui se considèrent comme parties prenantes du territoire.

Chronique: La vallée d’Annapolis au cœur de l’Acadie historique

L’institut de recherche rappelle que, lorsque l’on prend des décisions concernant des terres, l’on est impliqué dans les relations qui existent sur elles. 

«Ces terres endiguées incarnent un patrimoine vieux de plusieurs siècles dans la région atlantique, remontant aux années 1600, lorsque les Acadiens ont endigué et drainé les milieux humides soumis aux marées de la baie de Fundy. Toutefois, ces terres endiguées sont aujourd’hui menacées par les changements climatiques», note l’institut de recherche. 

Plutôt que de défricher des forêts, les ancêtres acadiens ont bâti toute une culture autour de terres endiguées. Ces constructions ingénieuses ont empêché l’eau salée d’envahir les marais et a permis à l’agriculture de prospérer sur ces terres particulièrement fertiles. 

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Le défi d’aujourd’hui? Les aboiteaux étant des structures architecturales fixes, l’on ne sera pas en mesure de maintenir ces digues dans leur état actuel avec la montée du niveau de la mer, mentionne l’institut. 

«Préserver le statuquo de ces terres historiquement riches en se contentant de rehausser ou de surélever les digues est insuffisant pour assurer leur durabilité et leur résilience à long terme», est d’avis l’institut.

Selon le gouvernement de la Nouvelle-Écosse, la province a perdu plus de 50 % de ses marais salants naturels, 80 % d’entre eux étant dans la baie de Fundy. 

«Le réseau de digues agricoles construit pour transformer les zones humides soumises aux marées en terres agricoles fertiles a largement contribué à la disparition de l’habitat des marais salants», écrit l’institut. 

«Les milieux humides comptent parmi les écosystèmes les plus importants de la planète. Ils fournissent des habitats vitaux pour la faune, filtrent les polluants, offrent une protection contre les inondations et atténuent les sècheresses, absorbent et stockent le carbone […] Les milieux humides sont également l’un des écosystèmes les plus menacés de la Terre.» 

Gouvernement du Canada

Réimaginer les paysages

Pour la mise en contexte de l’atelier, TransCoastal Adaptations a projeté son nouveau mini documentaire, présenté récemment au 92e Apple Blossom Festival, portant sur cet enjeu environnemental. 

Les personnages du documentaire témoignent de leur perspective vis-à-vis de la perte éventuelle des terres endiguées. La première option: ne rien faire et accepter l’élévation du niveau de la mer. La deuxième option: enlever et déplacer les digues, pour permettre au marais de se rétablir, ce qui réduirait notamment l’impact des inondations dans des endroits comme Kentville.

À travers un scénario fictif de destruction d’aboiteaux, les participants ont dû trouver des solutions et des alternatives en fonction de «valeurs menacées», écrites au début de l’atelier sur des post-its. 

Par exemple, quelqu’un valorise le temps passé sur la terre à jouer au disque-golf. Après avoir perdu le milieu humide, la personne décide de s’adapter et de créer ou de pratiquer une nouvelle activité récréative tout aussi amusante. 

Transformant un aspect négatif en positif, l’atelier a amené les environnementalistes à constater qu’il est possible de perdre ou de retirer certains éléments tout en trouvant une autre façon de préserver leur valeur communautaire.

Ainsi, lorsque l’inévitable se produira, une adaptation sera possible, d’après la philosophie de l’institut de recherche. 

Mais les propriétaires fonciers vendraient-ils leurs terres au gouvernement pour relocaliser les aboiteaux et réadapter le territoire? 

TransCoastal Adaptations a eu de la difficulté dans le passé à avoir ce genre de conversation avec certains propriétaires de la vallée de l’Annapolis parce qu’il s’agit également d’un enjeu culturel. Leur argument est toutefois qu’il existe un terrain d’entente.

L’institut tente, malgré tout, de proposer des solutions et des pistes de réflexion pour aller de l’avant et réimaginer ce à quoi ces paysages pourraient ressembler.

Par exemple, quelqu’un valorise le temps passé sur la terre à jouer au disque-golf. Après avoir perdu le milieu humide, la personne décide de s’adapter et de créer ou de pratiquer une nouvelle activité récréative tout aussi amusante. 

Transformant un aspect négatif en positif, l’atelier a amené les environnementalistes à constater qu’il est possible de perdre ou de retirer certains éléments tout en trouvant une autre façon de préserver leur valeur communautaire.

Ainsi, lorsque l’inévitable se produira, une adaptation sera possible, d’après la philosophie de l’institut de recherche. 

Mais les propriétaires fonciers vendraient-ils leurs terres au gouvernement pour relocaliser les aboiteaux et réadapter le territoire? 

TransCoastal Adaptations a eu de la difficulté dans le passé à avoir ce genre de conversation avec certains propriétaires de la vallée de l’Annapolis parce qu’il s’agit également d’un enjeu culturel. Leur argument est toutefois qu’il existe un terrain d’entente.

L’institut tente, malgré tout, de proposer des solutions et des pistes de réflexion pour aller de l’avant et réimaginer ce à quoi ces paysages pourraient ressembler.

Selon les données de 2024, le Canada comptait environ 1,25 million de km2 de terres humides, couvrant environ 13 % des zones terrestres et d’eau douce du Canada. La carte présente la proportion des milieux humides dans l’ensemble du Canada. Les basses terres de la baie d’Hudson et la forêt boréale du sud-ouest renferment la plus grande proportion de milieux humides, alors que les régions de l’Arctique et de la Cordillère en renferment les plus faibles proportions.

PHOTO: Gouvernement du Canada

La philosophie mi’kmaw

Du 26 au 28 mai, le Centre des congrès à Halifax a été le théâtre de près de 40 évènements portant sur l’action climatique, dont un atelier de l’Institut des ressources naturelles de l’Unama’ki (UINR). 

Ce dernier, qui travaille au nom des cinq communautés autochtones du Cap-Breton, a reçu en 2024 une subvention pour soutenir un projet mettant l’accent sur l’approche mi’kmaw pour la lutte et l’adaptation aux changements climatiques. 

Le projet utilise une approche holistique, inspirée de la Stratégie nationale sur le climat de l’Assemblée des Premières Nations. 

La tâche principale est de créer une stratégie à long terme axée sur l’action climatique, qui demeure fidèle aux philosophies autochtones, comme la «vision à deux yeux» (Two-Eyed Seeing), un programme de suivi des changements climatiques et la promotion de projets dirigés par les jeunes autochtones.

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Lors de la conférence de CLIMAtlantic, les animatrices de l’UINR ont présenté la «roue de la vision à deux yeux», un outil pour déterminer les conditions favorables afin d’implémenter la vision dans le milieu de travail. 

La vision à deux yeux (Etuaptumumk en Mi’kmaw) est une approche qui combine les visions du monde autochtones et allochtones dans le but d’aborder divers enjeux sous différents angles, au lieu de voir les choses d’une seule manière. 

La roue de la vision à deux yeux. 

PHOTO: Jean-Philippe Giroux

La roue stimule la réflexion et valorise, entre autres, l’humilité, la responsabilité relationnelle et l’apprentissage en commun, des valeurs et concepts importants dans la culture mi’kmaw. 

Plusieurs participants de l’atelier ont dit être de grands amateurs de la roue, mais il existe parfois des contraintes financières et institutionnelles qui limitent sa mise en pratique. 

Or, le simple fait de présenter la roue est formidable pour les personnes qui n’ont pas ce type d’outil dans leur milieu de travail, a témoigné un participant. 

Type: Actualités

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