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le Lundi 19 janvier 2026 11:00 Actualités régionales

L’IA peut-elle stimuler la croissance économique dans les communautés autochtones?

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Les communautés autochtones travaillent sur leurs propres intelligences artificielles adaptées à leurs besoins, comme SmartICE, une organisation du Grand Nord qui combine les connaissances traditionnelles inuites avec l'imagerie satellite et des capteurs pour cartographier l'état de la glace marine.  — PHOTO: SmartICE - LinkedIn
Les communautés autochtones travaillent sur leurs propres intelligences artificielles adaptées à leurs besoins, comme SmartICE, une organisation du Grand Nord qui combine les connaissances traditionnelles inuites avec l'imagerie satellite et des capteurs pour cartographier l'état de la glace marine.
PHOTO: SmartICE - LinkedIn

Les Premières Nations de la région atlantique explorent les possibilités de l’intelligence artificielle (IA) pour favoriser la croissance économique dans leurs communautés. Un rapport récent montre l'immense potentiel de l'IA pour les communautés autochtones, mais leurs dirigeants restent prudents quant à la manière de l'appliquer et aux systèmes auxquels faire confiance.

L’IA peut-elle stimuler la croissance économique dans les communautés autochtones?
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Type de contenu: Actualité

Jean-Philippe Giroux
Le Courrier de la Nouvelle-Écosse – IJL

L’essor de l’IA comporte de nombreuses incertitudes et défis, en particulier pour le développement économique des Premières Nations de l’Atlantique, selon le Chef Robert Gloade de la Première Nation de Millbrook, qui est également coprésident et trésorier du conseil d’administration du Atlantic Policy Congress of First Nations Chiefs Secretariat (APC).

Selon Britannica, l’intelligence artificielle est « la capacité d’un ordinateur numérique ou d’un robot contrôlé par ordinateur à effectuer des tâches généralement associées à des êtres intelligents. Ce terme est souvent utilisé pour désigner le projet de développement de systèmes dotés des processus intellectuels caractéristiques des êtres humains, tels que la capacité de raisonner, de découvrir le sens des choses, de généraliser ou d’apprendre à partir d’expériences passées. »

Bien qu’il soit important de souligner les risques, le Chef Gloade dit que c’est également l’occasion de tirer parti de ce qui est disponible pour compenser et atténuer l’impact de l’IA. 

Nous voulons nous assurer qu’elle (l’IA) soit au service de nous et de nos traditions, de nos connaissances, de notre peuple, de notre culture, de nos cérémonies et de notre savoir traditionnel.» 

— Chef Robert Gloade

Il mentionne les grandes possibilités de développement économique dans de multiples secteurs, comme ceux de la pêche, des énergies propres, du tourisme autochtone, de même que la rédaction du temps consacré aux propositions, par exemple. 

«Ça permet de gagner du temps, explique le chef Gloade, et permet aux dirigeants de consacrer davantage d’attention à l’engagement communautaire, à la planification stratégique, au mentorat et à l’établissement de relations.»

Robert Gloade, chef de la Première Nation de Millbrook, qui est également coprésident et trésorier du conseil d’administration du Secrétariat du Congrès des chefs des Premières Nations de l’Atlantique.

PHOTO: Jean-Philippe Giroux

La souveraineté des données est au cœur du rapport sur l’IA et le développement économique des peuples autochtones de l’Atlantique (en anglais seulement), publié en novembre dernier, dans lequel l’IA est présentée non seulement comme un enjeu technologique, mais aussi comme une question de gouvernance, de culture et de souveraineté. 

Les responsables du développement économique craignent que l’IA ne devienne une nouvelle forme de colonialisme, utilisant les connaissances et les contenus produits par les peuples autochtones sans obtenir leur consentement. 

De nombreuses discussions ont lieu sur la manière dont ces données sont stockées et protégées. « Nous devons garder le contrôle sur nos données et nos infrastructures numériques afin que l’IA n’extrait pas, n’exploite pas et n’utilise pas nos connaissances culturelles. L’IA est un outil, pas un substitut», déclare le chef Gloade. 

Redéfinir la souveraineté numérique 

À la suite des discussions avec les équipes de développement économique des différentes Premières Nations de la région atlantique, deux points ont été soulevés: la souveraineté des données et la nécessité de l’autodétermination. 

Jackson Wilms, chef de produit chez SeafarerAI, qui a dirigé l’étude sur l’IA pour l’APC et le Atlantic Indigenous Economic Development Integrated Research Program (AIEDIRP), a présenté le rapport, le 14 janvier. 

Il a dit lors de sa présentation que les processus pour assurer la souveraineté des données devront être révisés, car l’IA remodèle le paysage numérique. 

«Ça va redéfinir tout ce que nous savons en ce qui concerne la souveraineté des données, et c’est pourquoi ces discussions sont très importantes», explique M. Wilms. 

Il ajoute que les dirigeants autochtones avec lesquels il s’est entretenu sont à la fois curieux et prudents à l’égard de l’IA. 

Le rapport comprend les commentaires de huit participants, qui ont exprimé leurs préoccupations concernant notamment l’appropriation culturelle, l’effritement des liens sociaux, l’aggravation de l’empreinte environnementale, la surcharge d’informations et la cybersécurité. 

Mais ils sont également conscients du fait que l’IA ne constitue pas seulement une menace culturelle, mais aussi une menace économique, car les progrès sont très rapides et ont des conséquences importantes. 

«Les industries sur lesquelles [reposent] nos économies évoluent rapidement, et la plupart d’entre elles adoptent l’IA. Et pour rester compétitifs dans ce domaine, il est vraiment important de comprendre comment l’IA peut être utilisée» pour répondre aux besoins spécifiques de chaque communauté, explique M. Wilms. 

Jackson Wilms, chef de produit chez SeafarerAI, qui a dirigé l’étude sur l’IA pour l’APC et le Atlantic Indigenous Economic Development Integrated Research Program (AIEDIRP).

PHOTO: Jean-Philippe Giroux

La perspective autochtone

«Les décisions relatives à l’IA doivent être prises par les peuples autochtones, et ce, d’une manière qui serve leurs priorités et les choses qui leur tiennent le plus à cœur», explique Jackson Wilms. 

«La question n’est pas de savoir si l’IA façonnera l’avenir, mais qui façonnera l’IA. Si les peuples autochtones mènent ce processus, l’IA pourrait devenir un outil permettant de poursuivre la croissance économique fondée sur la culture, la gestion responsable et la responsabilité collective», concluent les auteurs du rapport.

Afin d’en tirer parti, les communautés autochtones ont l’intention d’utiliser l’approche «Two-Eyed Seeing» (vision à deux yeux), un principe conçu par les ainés Mi’kmaq Albert et Murdina Marshall, qui fait le pont entre les systèmes de connaissances traditionnels autochtones et la technologie et la science occidentales. 

À titre d’exemple, dans l’Arctique, les communautés inuites ont participé au développement conjoint de SmartICE, qui combine les connaissances traditionnelles inuites avec l’imagerie satellite et des capteurs pour cartographier l’état de la glace marine. 

Elles sont en mesure d’obtenir chaque jour des informations très riches en temps réel sur la sécurité de cette région, explique M. Wilms, «ce qui permet à la communauté locale de chasser de façon plus sécuritaire, et ça contribue également à attirer le développement économique dans la région en fournissant des informations plus précises en temps réel sur la sécurité de la glace, chaque jour. »

Explorer le potentiel 

La demande de proposition pour l’étude a été lancée au printemps 2025, à une époque où l’IA était un sujet très débattu, explique Jarvis Googoo, directeur de l’AIEDIRP. 

Cette recherche ouvre la voie à de nouvelles opportunités économiques pour les Premières Nations de l’Atlantique. Par exemple, il serait possible d’utiliser l’IA pour analyser la migration des poissons, afin d’améliorer les pêches. 

«Elle (l’IA) est là, elle est utile, lance M. Googoo. Il y a beaucoup de peur là-dedans, mais si nous pouvons l’utiliser correctement […] ça [peut] nous aider à gagner du temps», à améliorer la productivité et à libérer les dirigeants, pour qu’ils puissent se consacrer à d’autres tâches au sein de la communauté, comme le mentorat et le leadership. 

Dans la région de l’Atlantique, grâce à une analyse plus poussée des données, il serait possible de travailler sur des outils linguistiques et conversationnels afin de préserver la langue mi’kmaw. 

Mais avant de se lancer dans le développement d’outils, il est recommandé de se concentrer sur l’éducation et la formation, en particulier auprès des jeunes qui grandiront et travailleront avec l’IA. 

«Les gens doivent avoir les bonnes ressources pour apprendre à l’utiliser comme un outil, car si vous ne savez pas comment utiliser un outil, ce n’est pas vraiment efficace», selon Jackson Wilms. 

Aller de l’avant

Le rapport contient des recommandations, notamment en matière d’apprentissage: rendre l’IA plus accessible, plus compréhensible et moins technique, pour un public qui se sent dépassé par le sujet.

Cela implique des initiatives telles que des ateliers d’introduction, des cercles d’apprentissage entre pairs et des démonstrations simples afin d’améliorer les connaissances en matière d’IA parmi les membres de la communauté, en particulier auprès des dirigeants, comme les chefs et les conseillers. 

Le rapport recommande également des projets exploratoires appliqués à des secteurs clés, tels que l’industrie de la pêche, le secteur des énergies propres — en améliorant les systèmes de gestion de l’énergie —, le tourisme et le marketing, l’administration et la culture.

Il suggère également de se concentrer sur la création de centres régionaux d’apprentissage de l’IA afin de fournir et de partager des formations et des ressources. 

Les participants ont souligné que ce rapport constituait un point de départ et non une fin en soi. Des discussions continues sont nécessaires autour des thèmes suivants:

  • Protocoles culturels en matière d’innovation numérique;
  • Modèles de financement respectant les délais des communautés autochtones;
  • Cadres éthiques pour l’utilisation de l’IA par les communautés;
  • Parcours des jeunes et de l’éducation dans le domaine des technologies numériques;
  • IA et responsabilité environnementale (IA verte); et
  • Échange de connaissances interrégional entre les communautés autochtones de l’Atlantique, du Nord et du monde entier.

Les communautés ont également manifesté leur intérêt pour participer à des projets pilotes qui démontrent les applications pratiques de l’IA tout en maintenant le leadeurship autochtone et la surveillance éthique.

(Source: Artificial Intelligence and Atlantic Indigenous Economic Development. Novembre 2025.)

Les prochaines étapes? Tout d’abord, un dialogue régional permettant aux dirigeants communautaires, aux éducateurs et aux professionnels autochtones du secteur des technologies de partager leurs idées et leurs points de vue.

Ils recommandent également l’élaboration d’une boite à outils communautaire sur l’IA, expliquant le sujet de manière digeste, le lancement de programmes de formation pilotes, la création d’un cadre régional de souveraineté des données et le soutien actif aux projets menés par des jeunes qui promeuvent l’IA responsable.

Type: Actualités

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Jean-Philippe Giroux - Rédacteur en chef - Généraliste

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