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le Mercredi 5 août 2026 7:00 Actualités provinciales

La Nouvelle-Écosse, laboratoire grandeur nature de la capture du carbone

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Centrale de Nova Scotia Power utilisée pour les tests de Planetary.  — PHOTO: Planetary Technologies
Centrale de Nova Scotia Power utilisée pour les tests de Planetary.
PHOTO: Planetary Technologies

Alors que le réchauffement climatique s’accélère, la Nouvelle-Écosse teste une nouvelle solution : utiliser la chimie marine pour capturer durablement le CO₂ de l’atmosphère.

La Nouvelle-Écosse, laboratoire grandeur nature de la capture du carbone
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Type de contenu: Actualité

Le constat est sans appel. Le monde s’est déjà réchauffé de 1,1°C et les trajectoires actuelles nous mènent vers plus de 3°C d’ici la fin du siècle. 

Si la réduction des émissions reste la priorité, elle ne suffira plus. L’océan, qui absorbe naturellement 30 % du CO₂ mondial, atteint ses limites : il ne peut plus absorber le surplus de carbone aussi vite qu’il est émis, ce qui provoque son acidification et menace la vie marine.

Face à cette urgence, l’Université Dalhousie et des entreprises locales, comme Planetary Technologies, développent en Nouvelle-Écosse une technique récente, soit d’augmenter l’alcalinité dans l’océan (Ocean Alkanity Enhancment ou OAE). 

L’objectif est d’aider l’océan à faire ce qu’il fait naturellement depuis des millénaires, mais à une vitesse compatible avec la crise climatique actuelle.

Illustration du site de Planetary Technologies. 

PHOTO: El’taqati’kw Digital Studio of the Mi’kmaq Confederacy of PEI (MCPEI)

Dégager le pont de carbone

Pour comprendre le principe de l’OAE, imaginez un pont saturé par une foule immense. Le CO₂ accumulé dans l’atmosphère, c’est cette masse de personnes qui cherche à traverser, mais qui reste bloquée.

L’océan possède des passages naturels pour absorber ce carbone, mais ils sont obstrués par la quantité de gaz carbonique. Le but de l’OAE est d’élargir ce pont, ou d’en construire de nouveaux. 

En ajoutant des minéraux spécifiques dans l’eau, on crée de nouvelles voies de passage qui permettent aux molécules de CO₂ de quitter l’atmosphère pour se stocker durablement dans l’océan, fluidifiant ainsi la traversée.

«Je la considère comme une accélération du processus d’altération des roches qui se produit naturellement», explique Katja Fennel, océanographe à Dalhousie et chercheuse principale du projet international Ocean Alk-Align. 

Concrètement, l’OAE consiste à disperser des minéraux broyés, comme l’hydroxyde de magnésium, dans l’eau de mer. Cette opération modifie doucement la composition de l’eau, lui redonnant la capacité d’absorber le gaz carbonique en trop.

Le choix des matériaux est crucial. Mike Kelland, PDG de Planetary Technologies, privilégie le magnésium pour ses propriétés uniques. Contrairement à d’autres substances potentiellement dangereuses, le magnésium agit comme un tampon sécurisé. 

«Il se dissout assez rapidement, mais atteindra un maximum de pH d’environ 9,5. C’est considéré comme sûr et auto-limitant», souligne-t-il. En clair, le matériau s’active juste ce qu’il faut pour capturer le carbone, sans devenir nocif pour la vie marine.

Halifax, épicentre d’une innovation mondiale

La Nouvelle-Écosse n’est pas devenue un hub mondial par hasard. La province bénéficie d’un cadre réglementaire favorable, d’une expertise scientifique de pointe et d’infrastructures déjà existantes. 

Le site de Tufts Cove, à Halifax, l’illustre bien. Planetary injecte ses minéraux dans l’eau de refroidissement de la centrale électrique locale avant qu’elle ne retourne dans le bassin de Bedford.

«L’eau reste dans cette baie et ce bassin pendant un temps assez long, souligne Mike Kelland. C’est probablement l’un des endroits les plus mesurables pour faire cela, ce qui est vraiment important pour développer la technologie et prouver que le carbone est retiré.» 

Cette configuration permet aux chercheurs de Dalhousie de suivre avec précision l’impact de cette opération, comme on surveillerait le trafic sur un nouveau tronçon d’autoroute avant de l’ouvrir à tous.

D’autres pistes sont explorées dans la province, notamment dans le détroit de Canso. Là, des ingénieurs testent une méthode différente : au lieu de verser les minéraux directement dans la mer, ils capturent d’abord le CO₂ dans de grandes cuves sur la terre ferme, avant de rejeter l’eau enrichie dans l’océan. 

Vers une industrie durable, mais sous conditions

Si les promesses sont immenses, la prudence reste de mise. La technologie n’est pas une solution miracle. Son bilan environnemental dépend étroitement de la source d’énergie utilisée pour produire les minéraux. 

Une étude cosignée par Katja Fennel montre que, si l’OAE est positive aujourd’hui grâce à l’utilisation de sous-produits industriels, son véritable potentiel ne s’exprimera qu’avec un réseau électrique décarboné.

«Il est important de savoir que cette approche n’est pas un substitut à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, insiste Katja Fennel. Nous devons réduire les émissions et nous éloigner des combustibles fossiles. Ce que l’OAE aide à faire, c’est retirer tout le CO₂ qui est déjà dans l’atmosphère.»

La chercheuse garde d’ailleurs un avis partagé sur le déploiement massif nécessaire pour atteindre les objectifs du GIEC. «Honnêtement, je ne suis pas encore vraiment sûre que ça va marcher à cette échelle. Je suis à 50/50 là-dessus», admet-elle.

Cette méthode de capture du carbone requiert encore de nombreux tests et d’études scientifiques afin de pouvoir être déployée à l’échelle mondiale.

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