le Mercredi 10 juin 2026
le Vendredi 24 avril 2026 12:00 Rubrique - Nos arts de côte à côte

Nos arts de côte à côte – Ariane Gleize

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Ariane en action. — PHOTO: De courtoisie
Ariane en action.
PHOTO: De courtoisie

Artiste qui crée avec des matériaux trouvés dans la nature, Ariane donne une nouvelle vie à quelque chose que les autres auraient peut-être placée au compost.

Nos arts de côte à côte – Ariane Gleize
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Type de contenu: Rubrique

Née au sud de la France, une jeune Ariane visitait des musées avec ses parents et se trouvait souvent dehors. Son amour pour la nature a commencé assez tôt. En France, ses créations étaient peut-être plus vues comme de l’artisanat, mais, en déménageant en Nouvelle-Écosse, elles ont pris une autre dimension. Elle a pu faire sa première résidence artistique avec la Fédération culturelle acadienne de la Nouvelle-Écosse (FéCANE).

Ariane en action. 

PHOTO: De courtoisie

«C’est comme si ça m’avait donné une légitimité avec ce que je faisais et le message que je voulais passer, partage-t-elle. Je me suis dis, “Ah, oui, peut-être que j’ai ma place et peut-être ce n’est pas qu’un loisir, de l’artisanat. Peut-être que je peux le monter à un niveau supérieur.”»

Ses voyages, et avoir vécu à divers endroits, font qu’Ariane s’inspire de plusieurs milieux. «C’est vrai que je me suis nourri de différentes cultures, pour en arriver à qui je suis aujourd’hui, de ce que j’ai envie de composer, finalement», dit-elle. 

Les créations d’Ariane reflètent la manière dont elle utilise les matériaux qu’elle trouve dans son jardin, ainsi que la façon dont elle parvient à créer quelque chose à partir de chaque élément. «J’ai toujours aimé la nature et toujours voulu la protéger, dit Ariane. J’ai souvent été dans les associations de protection de l’environnement, même quand j’étais plus jeune. Des fois, ça n’allait pas assez loin. Voilà, c’est là que je voulais faire passer le message.»

Pas du compost, mais des matériaux

Comme herboriste, sa passion pour la nature a éveillé en elle une curiosité pour les parties des arbres ou des plantes qui finissent généralement au compost. «Le compost de mes plantes ou même mes restes du jardin quand c’était l’automne, je me disais, “Oh, je ne veux pas toujours mettre ça au compost… qu’est-ce que je peux en faire?” J’ai justement mille idées à la fois!»

L’une de ses créations, réalisée à partir de restes du jardin, est un bustier de femme. C’est créé d’une plante médicinale appelée lierre terrestre. 

Alors que la plupart des gens pourrait jeter un coup d’œil à une plante et de l’utiliser une seule fois pour une seule chose, Ariane n’y voit que du potentiel. «Pour moi, c’est aussi de dire, regardez ce que vous avez dans le jardin et dans votre pelouse. Vous avez aussi de la richesse dans votre pelouse!»

Ariane décrit qu’il est important de ne pas mettre de pesticides dans son jardin ou sur sa pelouse parce que le mouvement qui vient naturellement dans le jardin peut porter de l’inspiration, peut nourrir la créativité.

Utiliser ses plantes au complet fait qu’Ariane ne crée pas d’impact environnemental du début à la fin de la vie de ses plantes. «C’est important pour moi de ne pas créer de déchets dans ce que je crée, dit Ariane. Je ne veux pas avoir d’impact environnemental dans ce que je crée, mais de m’inspirer dans ce qu’il y a autour de moi pour créer quelque chose de nouveau.»

Bracelet en tige de pissenlits. 

PHOTO: Instagram - Ariane Gleize

Le pissenlit: pas seulement une fleur

Vous savez, ces pissenlits que l’on admire peut-être quand ils apparaissent au début du printemps, mais qu’on finit par tondre dès qu’ils commencent à envahir un peu trop le terrain? Ariane imagine toutes sortes d’utilisations pour cette modeste fleur, comme en faire un bracelet avec ses tiges! 

«Je prends, par exemple, le pissenlit et je vais récupérer les tiges pour en faire des boucles d’oreilles ou des colliers, explique-t-elle. En même temps, la fleur va me permettre de créer une couleur, je crée mes propres pigments. Alors, à partir d’une plante, c’est des choses que je peux faire.»

Ariane apprend par elle-même comment faire toutes ces choses avec ses plantes en lisant des livres de techniques et simplement en essayant. «La nature ne va jamais réagir de la même manière, donc il faut aussi apprendre à travailler avec le changement de la nature, dit Ariane. J’essaie de regarder un peu ce qui se passe autour.»

Ariane développe couramment ses techniques en création de papier pour le rendre plus fin. «Mon objectif est de le faire vivre, en fait, explique-t-elle. Je trouve que l’art visuel, c’est bien, c’est beau, ça va être affiché, mais voilà. En fait, moi, je vais arriver à le mettre devant dans la scène, que ça crée comme un décor, qu’il ait du mouvement.» Il faut que ses matériaux soient résistants et capables de maintenir leur forme quand elle crée ses pièces.    

Collier de tanaisie. 

PHOTO: Instagram - Ariane Gleize

Si parfois les matériaux ne se forment pas de la manière qu’Ariane envisageait, elle arrête et elle se dit que l’inspiration va peut-être venir d’ailleurs. «Au départ d’une pièce, j’imaginais un bustier, mais ça ne marchait pas. Je l’avais mis de côté, mais finalement, j’ai arrivé à créer autre chose et de le faire différemment», explique Ariane. Son bustier est devenu un beau collier. 

«C’est pas toujours parfait, surtout quand on crée avec des matériaux naturels, mais faut aussi accepter, lâcher prise et se souvenir que c’est aussi de la nature, et elle n’est pas parfaite, explique Ariane. Faut apprendre à porter notre regard sur ça, mais moi, j’aime ça. Tu peux les remettre dehors et ça va renourrir la nature.»

De plus, Ariane cherche à en savoir le plus possible sur ses matériaux, y compris leur histoire.

«J’ai envie de créer avec des plantes et je veux aussi noté le côté historique. Les plantes qu’on amené les premiers Européens ici, comme la moutarde, les pissenlits, et en même temps, ça permet de sensibiliser la nature et de sensibiliser un peu à notre histoire.» 

Ariane se trouve à demander des questions concernant les plantes: «Cette plante, elle est arrivée comment? Accidentellement? Est-ce que quelqu’un l’a amené exprès? À quelle époque? Est-ce qu’elle a des propriétés médicinales?» La richesse et la profondeur des créations d’Ariane sont rehaussées par sa connaissance des matériaux qu’elle utilise et renforce également la signification pour ceux qui découvrent ses créations.

Série de pigments naturels (minéral, végétal, organique).

PHOTO: Instagram - Ariane Gleize

Le montage des pièces à Ariane: toute une expérience

Quand il vient à faire une exposition pour monter ses pièces, Ariane ne manque pas d’idées ni d’inspiration. «Par rapport au message que j’ai envie de passer, par rapport à tout ça, pour reconnecter les gens à la nature, ça sera bien, dit Ariane. Là, je vais m’acheter un appareil qui retranscrit l’impulsion électrique des végétaux en son. En fait, j’ai envie d’offrir toute une expérience où les gens vont pouvoir, par exemple, toucher la corde de maïs, et en même temps, ils vont découvrir le son du maïs. En même [temps] qu’ils vont le sentir, ils vont le gouter; comme une expérience immersive dans la nature.»

Avec la même idée en tête pour sa création bustier, on pourrait imaginer toucher la plante, gouter une tisane de cette plante, le sentir, l’écouter.

Papier végétal _ feuilles de tomates, renouée du japon, herbes du jardin, lierre. 

PHOTO: Instagram - Ariane Gleize

Ce message auquel Ariane fait référence, quand il vient à ce qu’elle veut transmettre avec ces œuvres, revient toujours à prendre soin de notre environnement. «C’est vraiment de porter un regard nouveau sur la nature, décrit Ariane. Qu’il n’ait pas de déchets qu’est créés, que la nature, c’est quelque chose d’éphémère et pour porter son regard nouveau; de se dire, cette nature-là est riche en matière.»

Prendre le temps d’observer la nature est aussi un conseil d’Ariane. Ayant déjà fait des ateliers de forêt avec des enfants, elle explique qu’il y a plein de choses à noter dans la nature. «C’est ça, observer ce qui se passe au niveau des sons; le son qu’est proche, le son qu’est loin et qu’est-ce que ça fait, aussi, en nous, explique-t-elle. C’est important qu’on prenne le temps d’observer à quel niveau qu’on est hyper connecté et de déconnecter des machines pour aller se reconnecter à notre environnement. C’est important parce qu’on voit l’effet de travailler tous nos sens.»

Comme conseils pour des artistes qui aspirent à créer, Ariane suggère de croire en soi et son potentiel. «Il faut aussi essayer, dit Ariane. Si ça ne marche pas la première fois, c’est pas grave. Après, ça peut être l’inspiration qui va venir. Il ne faut pas hésiter, surtout, à vouloir faire quelque chose avec des matériaux nouveaux.»  

Création d’Ariane.

PHOTO: De courtoisie

Passionnée du vivant, j’aime créer à partir du végétal, du minéral, parfois de ce que la mer dépose sur le rivage. Mon travail s’ancre dans une relation directe avec la nature, dans le respect des cycles des saisons et du temps.

Je fabrique, entre autres, du papier végétal, des encres végétales. La nature est toujours au centre. À partir d’une plante, j’essaie d’imaginer tout ce qu’elle pourrait offrir (comestibilité, propriétés médicinales, couleurs, formes, sons, tissage, papier…).

À travers mes créations, je raconte des histoires qui invitent à explorer les cinq sens et à entrer en relation avec le vivant. Je m’intéresse à l’histoire des plantes — leur origine, leurs trajectoires, les chemins qui les ont menées jusqu’ici. Chaque élément porte une mémoire.

La nature m’inspire par sa liberté: rien n’y est parfaitement droit, rien n’y suit de règle stricte, tout est en mouvement fluide et pourtant tout y cherche un équilibre. C’est cette harmonie que je tente d’approcher, sans la figer. Et c’est dans ce sens que je cherche à mettre en mouvement ce que je crée: les matières deviennent présence. Drapés, robes, bustiers vont entrer en scène, prolonger le geste, habiter un espace.

Je travaille de manière intuitive, dans l’expérimentation, sans chercher la reproduction. Chaque pièce est une rencontre — éphémère et unique. Ma pratique s’inscrit dans une démarche écologique et régénérative, avec une attention portée à la durabilité: usage minimal de l’énergie, alternatives solaires, récupération de l’eau de pluie, absence de déchets. Créer est un geste à la fois artistique et engagé.

Autodidacte, j’avance avec l’envie de transmettre un autre regard: apprendre, ralentir, observer, ressentir, et reconnaitre la richesse du vivant pour mieux le protéger.

Ariane

Ariane en action.

PHOTO: De courtoisie

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