le Mercredi 10 juin 2026
le Vendredi 15 mai 2026 12:00 Rubrique - Nos arts de côte à côte

Nos arts de côte à côte – Maude Blondin-Benoit

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Maude Blondin-Benoit. — PHOTO: De gracieuseté
Maude Blondin-Benoit.
PHOTO: De gracieuseté

Créatrice d'univers colorés, l'artiste textile Maude Blondin-Benoit partage sa passion pour l'art et la connexion que ça crée avec la communauté.

Nos arts de côte à côte – Maude Blondin-Benoit
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Type de contenu: Rubrique

Du piano au tapis hooké

Maude est originaire de Montréal, et s’est trouvée à Dartmouth quand elle a commencé le travail pour le Conseil Jeunesse Provincial de la Nouvelle-Écosse (CJP). Elle est retournée au Québec il y a deux ans et elle a rapporté une admiration pour la province maritime. 

«J’ai vraiment un amour profond pour la Nouvelle-Écosse, raconte Maude. J’ai travaillé à distance avec l’organisme [CJP], plus comme en communications. Je retourne souvent pour appuyer l’équipe quand ils ont besoin. Donc, j’ai vraiment encore un pied entre le Québec et la Nouvelle-Écosse.»

Maude est née dans une famille de musiciens et elle a poursuivi ses études en piano classique et en musique à l’université. «L’art visuel est arrivé plus tard dans ma vie, explique Maude. J’ai un peu arrêté de faire de la musique quand j’ai commencé à travailler parce que je pratiquais beaucoup, beaucoup, pis là, j’avais moins d’espace.» 

PHOTO: De gracieuseté

À un certain moment, le dessin et la photographie sont revenus pour elle quand Maude sentait que ça comblait un besoin qu’elle manquait dans sa vie. «J’ai fait de l’art textile parce que j’ai découvert le tapis hooké en Nouvelle-Écosse par plusieurs approches différentes, raconte Maude. Deanne Fitzpatrick, qu’est une artiste de tapis hooké qui habite dans la région d’Amherst, a une boutique avec tous les matériels pour faire du tapis hooké, et je me suis équipé avec ça. J’ai toute suite aimé la pratique.»

L’action de tapis hooké peut être très répétitive, et Maude note que, comme pianiste, il y existait un parallèle plaisant entre les deux. Une fois qu’elle a commencé sa pratique en tapis hooké, elle n’a jamais vraiment arrêté. 

Elle voulait en apprendre plus et discuter avec des hookeuses de Chéticamp. «Elles m’ont parlé de l’héritage culturel et de leurs méthodes, explique Maude. Les méthodes sont vraiment ancrées dans leurs traditions; c’est vraiment différent de ce que je fais, moi, mais juste apprendre leur pratique et célébrer leurs 100 ans cette année, c’est vraiment cool

Ces connaissances des hookeuses de Chéticamp sont précieuses pour Maude, qui réalise à quel point cette pratique artistique est importante en Nouvelle-Écosse. Elle note que sa démarche est plus contemporaine et moins traditionnelle, mais, à chaque fois qu’elle fait une exposition au Québec, elle prend toujours le temps de mentionner l’héritage du tapis hooké. 

«J’essaie d’inspirer les gens d’aller voir le tapis hooké à Chéticamp, raconte Maude. Je me fais un peu un devoir d’ambassadrice de parler aux gens et leur faire découvrir parce que je trouve que c’est une pratique tellement importante au niveau de la culture. L’Acadie en Nouvelle-Écosse a tellement de quoi à en être fier.»

Jardin Laineux.

PHOTO: De gracieusté

Rien de nouveau, sauf l’œuvre

L’utilisation de matériaux disponibles et non achetés a été une inspiration de l’histoire des hookeuses de Chéticamp. «Apprendre sur l’histoire et comment, avant les matériaux, c’étaient beaucoup des matériaux du quotidien, réutilisés, des choses comme ça, ça m’a vraiment inspiré.»

Rayon laineux.

PHOTO: De gracieuseté

Maude a beaucoup appris par elle-même les techniques variées qu’elle utilise pour créer ses pièces et elle n’achète rien de neuf quand ça vient aux matériaux utilisés dans ses œuvres. «Ce n’est que des tissus qui me sont donnés, partage Maude. Et si que j’achète, c’est en friperie. Pour moi, c’est vraiment important d’utiliser des matériaux que je vais recycler.»

Maude avoue que cette pratique peut parfois se présenter comme une contrainte parce qu’elle ne possède pas toujours les couleurs qui correspondent avec une idée visuelle; comme un coucher de soleil sans jaune. De l’autre côté, cette pratique de recyclage fait qu’elle devienne créative avec ses pièces et élargit les possibilités. 

«La base de ma pratique, c’est de partir d’une contrainte matérielle, pis essayer de devenir créatif à partir de ça, explique-t-elle. C’est vraiment un peu qu’est-ce qui définit mon style quand on regarde mes œuvres, y en a jamais une qui ressemble une autre. C’est une contrainte qui devient une liberté et une forme expressive.» 

Maude n’a pas de difficulté à obtenir des matériaux parce que ces cercles d’amis et d’artistes qui l’entourent savent comment elle pratique son art et lui apporte des sacs de laine quand ils en ont. «Surtout des amis qui tricotent pis qui font des projets, pis à la fin, ils ont toutes sortes de petites balles de laine de couleurs différentes, décrit Maude. Ce sont pas assez pour faire un chandail, pis ils ne savent pas quoi faire avec. Moi, j’adore ça parce que ça me permet d’avoir plein de couleurs.» 

Tapis marin.

PHOTO: De gracieuseté

Créer pour collaborer

Le partage de son art est une priorité majeure pour Maude. Connecter avec des gens, surtout les jeunes qui vont dans des galeries d’art ou des musées, est une des raisons qu’elle aime créer. «Être artiste, ça peut être solitaire parfois, dit-elle. C’est important que ce que je fais, ça parle au public. Là, j’ai décidé d’avoir une approche participative, où le public peut manipuler mes pièces. Je veux que ça soit un plaisir visuel, mais aussi tactile.»

Quand Maude fait des expositions, les gens sont alors encouragés à toucher les pièces, à interagir avec ses œuvres, à être un peu plus proche, à voir combien c’est doux et à avoir l’expérience des textures. «C’est vraiment quasiment thérapeutique comme expérience, dit-elle. Ça, c’était vraiment important pour moi, d’avoir une connexion avec le public.»

Vue de l’exposition La trame de l’invisible, de la cohorte finissante du certificat en arts visuels, Galerie d’art Antoine-Sirois, du 15 avril au 10 mai 2025. 

PHOTO: Alexis Brousseau

Maude a eu besoin de faire de petits logos avec des mains vertes —le contraire qu’on voit d’habitude dans les musées, avec des mains rouges où il est écrit, «Ne touche pas»— afin d’encourager la participation tactile aux gens. 

«Des fois, c’est difficile parce que, si j’expose avec d’autres artistes textiles, là, ils ont envie de continuer à toucher d’autres choses, mais c’est un choix personnel pour tout le monde. L’art textile, on a souvent envie de toucher parce que c’est des matériaux qui sont tellement proches de nous, de notre quotidien. Moi, je le permets parce que je trouve, justement, que ça nourrit une expérience, pis ça rend ça plus accessible. J’ai beaucoup de retours positifs par rapport à ça.»  

Le souhait de Maude d’impliquer le public dans son art a donné lieu à la présentation d’une œuvre participative. Les gens peuvent prendre des bouts de laine et de tissus et ajouter à l’œuvre librement. «Ça, ça sensibilise aussi à qu’est-ce que je fais moi, explique-t-elle. De prendre des matériaux qu’étaient à la base jeter, mais là, on crée ensemble une œuvre collective. Fait que, c’est vraiment important pour moi d’avoir cet aspect-là à mon travail.»

Maude a participé à un programme d’un an en arts visuels à l’Université de Sherbrooke, où elle a présenté sa première œuvre participative. De là, elle a fait quatre expositions dans divers locaux, y compris une bibliothèque publique où elle a une pièce collective montée couramment. «À chaque fois que je retourne, ça a l’air vraiment évolué, raconte Maude. Les jeunes rajoutent des morceaux de tissus et s’amusent; c’est vraiment quelque chose de communautaire, pis j’aime beaucoup ça.»

L’exposition « Côte-à-côte », présentée en 2026 à la Bibliothèque Lennoxville, sous le commissariat de l’artiste Natacha Sangalli.

PHOTO: De gracieuseté

Des matériaux sentimentaux

Un nouveau projet que Maude explore cet été, c’est l’utilisation de morceaux de vêtements que les gens lui donnent qui ont des charges émotives comme matériaux. «Souvent, les gens ont un chandail de laine avec un trou dedans qu’appartenait à leur grand-mère, explique Maude. Ils peuvent pas le porter parce qu’il est usagé. Ils veulent pas le donner, pis j’essaie d’avoir des gens qui sont prêts à me donner ça pour que je les défasse pis transforme en œuvres d’art.»

Tapis printemps 2026.

PHOTO: De gracieuseté

Le fait que les morceaux doivent être défaits afin d’être retransformés en quelque chose de nouveau peut être difficile pour les gens et Maude avoue qu’elle comprend ce sentiment. 

Quand ça vient à l’inspiration pour ces œuvres, Maude la retrouve dans la nature. «J’observe énormément autour de moi, dit-elle. Les textures, les forêts, les écosystèmes, les bords de mer… aussi le mouvement et la lumière. C’est plus abstrait, mais la nature est une grosse source d’inspiration pour moi.»

Maude veut que ces interprétations ne soient pas trop représentatives, qu’il y existe de l’abstraction pour que le public puisse se faire ses propres idées de ce que chaque pièce veut dire. «À chaque exposition, c’est intéressant d’avoir des gens qui me pointent des œuvres et disent, “Ah, ça ressemble à un gros papillon! Ça ressemble à un jardin de fleurs!”, raconte Maude. Ça mène un dialogue qu’est super intéressant avec le public.»

De la joie en créant

Une chose est certaine pour Maude: quand elle est dans son studio, elle a vraiment du plaisir à créer. «C’est très intuitif, c’est très dans les sensations, explique-t-elle. J’ai pas beaucoup de textes qui expliquent qu’est-ce qu’il faut que tu comprennes de mes pièces, donc j’ai toujours un petit peu d’anticipation de ce que les gens vont aimer ou s’ils vont connecter ou qu’est-ce qu’ils vont sentir.»

100 000 noeuds copie.

PHOTO: De gracieuseté

Une façon dont elle explore le partage de ses pièces, c’est avec le montage des pièces et la façon qu’elle présente son art. Il y a des pièces sur le mur, des pièces sur une table, même des pièces sur le sol. «C’est important pour moi de penser à l’expérience du spectateur pour qu’il soit stimulé, explique Maude. C’est vraiment comme ça que j’aime travailler. C’est comme créer des petits mondes à explorer.»

Cet été, Maude va avoir une exposition dans une maison de la culture locale à Sherbrooke, où elle va présenter des pièces qu’elle a exposées à son exposition de finissante. Elle va aussi participer à une résidence de création dans une maison historique pas loin de chez-elle, qu’est passée chaque été à des artistes. 

Pendant trois semaines, elle va se concentrer sur les pièces créées avec des vêtements ayant des liens émotifs pour les gens. Elle planifie de les redonner à leur propriétaire une fois qu’elle a fini la création. 

Maude partage comme conseils aux artistes aspirants à prendre le temps de faire de belles choses. «J’ai un surnom qui s’appelle Tortue Fleurit sur mon Instagram et c’est un peu mon mantra; des fois, ça prend du temps à faire des belles choses, explique-t-elle. Des fois, on veut que toute se fasse tout de suite, pis ça prend du temps pour les petites graines à germer.»

«J’encourage des gens à persévérer, à voir l’évolution d’où ils sont aujourd’hui, [ce qu’]ils ont fait hier, pis prendre le temps, vraiment, de semer chaque petite graine, d’explorer, d’avoir du fun. Je trouve quand on est créatif, on veut finir par faire de quoi, peu importe. Alors, continue de faire ce que tu fais comme passion et garde où t’étais hier et où tu vas aller demain, pis laisse-toi le temps aux choses d’émerger.»      

PHOTO: De gracieuseté

Instagram: @tortuefleurie.art

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