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Tout à cause d’un cours d’art dramatique
Raphaël est originaire de Moncton et a grandi à Dieppe, au Nouveau-Brunswick. Les arts sont venus un peu plus tard dans la vie à Raphaël et ce n’est pas vraiment ce qu’il s’attendait à faire dans la vie.
«Je pensais que je voulais être caméraman, dit Raphaël. Même en douzième année, premier semestre, je faisais la moitié de mes cours, genre, j’allais à Rogers Télévision pour être caméraman. Je ne faisais pas d’impro, je ne faisais pas d’art dramatique, je ne chantais pas, je ne jouais pas de musique, rien comme ça.»
Raphël Butler.
C’est seulement à son deuxième semestre à l’école secondaire que Raphaël avait un cours optionnel et il a choisi celui qu’il croyait être le plus facile et amusant: art dramatique. «J’ai réalisé que j’aimais être sur une scène, avoue Raphaël. Cecette, ça m’allume.»
C’est après ce cours que Raphaël prend la décision d’aller en art dramatique au lieu de poursuivre une carrière de caméraman. Il s’ inscrit en art dramatique à l’Université de Moncton, il est entré dans le programme et tranquillement, pendant son séjour là, il se met à explorer d’autres formes d’arts.
«J’ai commencé à jouer de la guitare, dit-il. On était quatre de mes amis qui jouaient de la guitare avec personne qui chantait, so je me suis dit que j’allais me porter volontaire, et j’ai commencé à chanter de même!»
Du voyage au travail
Après deux ans et demi d’art dramatique à Moncton, Raphaël décide d’aller faire du backpacking en Nouvelle-Zélande et en Australie pendant environ six mois.
Une fois revenu de ces voyages, il a fait des auditions pour un spectacle musical à Caraquet qui s’appelait Louis Mailloux. «Ç’a été mon premier pas dans l’industrie professionnelle des arts, explique Raphaël. On a passé deux étés à Caraquet à présenter ce spectacle musical là.»
Ce spectacle-là a fait en sorte que Raphaël a passé des auditions pour la télésérie Belle Baie. En même temps, la musique commençait à prendre place dans la vie à Raphaël, aussi. «J’avais le gout de raconter mes histoires, dit-il. Alors, rendu à 22 ans, je pense, je suis allé étudier à l’École nationale de la chanson de Granby, qu’est un programme d’un an, juste pour les compositeurs-interprètes.»
L’importance pour Raphaël de faire des tournées scolaires est un hommage à la façon dont un cours au secondaire a complètement changé la direction de sa vie. «J’aime raconter ça aux jeunes, explique Raphaël. Je demande souvent, “Y a-t’il du monde qui fait les arts dans la salle?”, pis y a du monde qui lève la main. Je demande ensuite, “Y a-t’il du monde qui fait rien de ça?”, pis y a du monde qui lève la main. Pis je dis, “Ça se peut que c’est vous autres qui chantez déjà qui vont être sur le stage dans 20 ans, pis ça se peut qu’il y en a qui ne savent même pas encore que c’est ce qu’ils vont faire!”»
Grandir à Moncton fait que Raphaël avait plein d’accès à de la musique francophone. Son père était un réalisateur à Radio-Canada, alors Raphaël se rendait souvent avec lui voir des spectacles de musique francophone.
«Les premières tunes que j’ai commencé à chanter en français que je me rappelle étaient «Petit Rocher» de Denis Richard et «Le mythe du masque à Ray» de Fayo, partage Raphaël. C’est avec ces deux tunes-là que j’ai commencé à chanter en français pis que je suis tombé en amour; j’ai dit, “Hey, chanter en français, c’est le fun pis c’est cool.”»
Raphaël Butler sur scène.
Faire son art en français
Sous peu de temps, Raphaël décide qu’il veut commencer à écrire ces histoires à lui, et pas seulement chanter les chansons des autres. Son écriture sortait en anglais, puisqu’en français, il trouvait que ça ne sortait pas comme il voulait.
«Ç’a pris du temps, jusqu’à ce que je me dise, je vais écrire comme que je parle, explique Raphaël. Je ne vais pas essayer de faire des grosses images, des gros mots, pis sortir des grosses métaphores parce que ça sonne juste quétaine dans ma bouche. C’est là que je m’ai dit, “Ah, ok! Si j’écris comme que je pense pis comme que je parle, c’est là que je pense que ça sonne pas fake, c’est plus vrai”. Après ça, j’ai trouvé que c’est mieux et plus facile d’écrire en français.»
Raphaël est reconnaissant aussi des autres artistes qui créent leurs arts dans leur langue parlée, qui fait en sorte que des portes se sont ouvertes à l’acceptation des créations acadiennes. «Soudainement, les gens à l’extérieur des Maritimes apprécient aussi la façon qu’on parle, dit Raphaël. Ils apprécient notre accent pis ils accueillent à bras ouverts beaucoup plus.»
Devenir Beausoleil
Maintenant artiste à temps plein pendant une dizaine d’années, Raphaël se fait souvent poser la question: y a-t-il un qu’il préfère, entre sa musique et son travail comme acteur? «La façon que je l’explique, c’est comme ceci, dit Raphaël. Pour moi, c’est comme un vendredi soir ou un samedi soir; c’est pas la même chose, but je les aime tous les deux! Pis, jusqu’à date, les deux se font propulser l’un à l’autre.»
Raphaël sur scène.
Quand il est venu à faire partie de la comédie musicale Évangéline, Raphaël explique qu’ils étaient à la recherche d’un Acadien pour le rôle de Beausoleil, alors l’équipe de production a commencé à faire des appels. Un des appels qu’ils ont fait était à Jean-François Breau et il leur a informé qu’il pensait que la personne qu’ils cherchaient, c’était Raphaël Butler.
Ce dernier a eu un courriel de l’équipe de production à la suite, pour lui demander s’il aimerait passer l’audition, et il a dit oui. Il s’est enregistré chez lui pour créer un self tape et leur a envoyé la chanson d’audition.
Préparé à conduire à Montréal pour une deuxième audition, Raphaël n’avait pas besoin de le faire. Il a reçu la confirmation par courriel qu’il a été choisi pour le rôle de Beausoleil.
Raphaël avoue qu’il avait toujours voulu faire une comédie musicale, mais qu’il pensait que ça n’arriverait pas pour lui. «Y a tellement de talent incroyable à Montréal, jamais que je croyais que ça va se produire; mais le timing, le casting et tout ça faisaient qu’il cherchait de quoi de vraiment spécifique, et j’étais le spécifique qu’ils cherchaient, explique Raphaël. Ç’a arrivé tellement inattendu; tellement un beau cadeau inattendu.»
Comme si c’était écrit dans les étoiles, Raphaël a toujours eu un rêve de jouer le rôle de Beausoleil. «Moi, ça fait comme 10 ans que je dis, si jamais qu’ils fassent une télésérie ou quelque chose sur Beausoleil Broussard, je veux tellement participer à ça, dit Raphaël. J’ai tout le temps aimé c’te genre de monde là, et je me disais, juste être dans sa gang qu’il avait, qui attaquait les bateaux anglais… Beausoleil, c’était un vrai de vrai badass!»
Raphaël explique comment la gang de Beausoleil se composait d’une soixantaine d’hommes, donc une trentaine d’Acadiens et une trentaine d’autochtones. Ce groupe faisait des raids contre les Anglais avec un bateau qu’ils avaient transformé en bateau de guerre.
Cette histoire est vraiment venue chercher Raphaël, et ses désirs de faire partie de n’importe quoi incluant ce personnage important à l’Acadie sont devenus réels à travers le rôle dans la pièce Évangéline.
Une fierté acadienne rayonne
Comme Acadien, Raphaël aura beaucoup appris sur l’histoire des Acadiens à l’école en grandissant, mais il avoue qu’il a voulu élargir ses connaissances sur l’histoire et sur Beausoleil, une fois qu’il a reçu son rôle dans Évangéline.
«Je me suis vraiment mis à lire là-dessus pour essayer de m’éduquer le plus possible, explique Raphaël. Je voulais utiliser tout ça dans le spectacle. Une chose que j’ai appris, c’est que les Acadiens étaient beaucoup proches des peuples autochtones. C’était plus que juste un couple qui nous ont caché pendant la Déportation, c’était plus que ça; ils se battaient ensemble.»
Raphaël sur scène comme Beausoleil dans la pièce Évangéline.
Avant la Déportation, les Acadiens et les peuples autochtones se battaient ensemble parce que les peuples autochtones étaient aussi chassés par les Anglais. Ils avaient donc un ennemi commun. «J’en ai appris énormément, partage Raphaël. Je ne me suis jamais senti aussi proche de mes racines que depuis que je suis dans ce spectacle-là.»
Raphaël est l’un des trois Acadiens qui forment le cast de cette histoire acadienne, alors le sentiment de fierté est très profond pour lui. «C’est plus que juste un spectacle, dit Raphaël. Là, c’est tellement dans mes racines. La production a été beaucoup, beaucoup ouverte à tous nos commentaires. Ils tenaient à cœur, aussi, de raconter les histoires des Acadiens, pas juste l’amour d’Évangéline et Gabriel.»
Raphaël conte que les gens l’approchent après le spectacle et partagent avec lui combien ils en ont appris sur l’histoire des Acadiens et sur ce qui s’est passé avec ce peuple à cette époque. «Ils découvrent tellement plus, dit-il. Voici ce qui s’est passé, voici la tragédie qui s’est passée et je pense que ça va faire, d’un sens, découvrir toute cette histoire acadienne là.»
Avec de longues heures, beaucoup de répétitions, etc., Raphaël n’a que de belles choses à partager à propos de l’ensemble de gens qui complètent le cast du spectacle. «C’est un réel plaisir de faire c’te show-là, avec la gang de ce spectacle qu’on présente, dit Raphaël. Dans ce projet icette, tout le monde est sweet, tout le monde est great, tout le monde a sa place.»
L’horaire du spectacle permet toujours à Raphaël d’avoir le temps de travailler sa musique et travailler sur d’autres projets, ainsi que de travailler sur son prochain album; il écrit couramment de nouvelles chansons.
Avoir le besoin de faire ce spectacle pendant un temps non défini n’inquiète pas Raphaël. «Jamais je n’aurais pensé que je ferais autant de comédie musicale, mais je réalise que j’aime ça en tabarouette!»
L’idée d’apporter le spectacle dans sa ville natale rend Raphaël extrêmement content. «Ça, ça va être très, très, très fébrile, conte Raphaël. Il y a vraiment un grand sentiment de fierté acadienne qui monte. À Moncton, je risque d’avoir les yeux mouillés, pas mal plus qu’une fois! J’ai tellement une fierté de raconter cette histoire-là.»
Conseils de Raphaël
Quand ça vient aux conseils pour des artistes débutants, Raphaël suggère de poursuivre son rêve, peu importe l’objectif final. «Honnêtement, je dirais, essayez-le, dit Raphaël. Je trouve que les arts, que ça soit en art dramatique, que ça soit la danse, que ça soit de la musique, de la peinture… en tant qu’être humain, ça vient nous connecter en quelque part d’autre. Ça nous fait découvrir, des fois, des facettes de nous autres qu’on sait même pas qu’on a.»
«Ça, ça va vous servir dans votre vie de tous les jours, que vous en faite un métier ou pas, juste en tant qu’être humain. Essayez-le, parce qu’aussi, vous ne savez pas qu’est-ce que vous avez en dedans de vous autres.»
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