le Mardi 16 juillet 2024
le Mercredi 10 avril 2024 8:00 Acadie et Francophonie

Qu’apporte le Congrès mondial acadien aux cultures francophones et acadienne?

L'affiche bilingue du bureau du CMA 2024.  — PHOTO : Nazaire Joinville
L'affiche bilingue du bureau du CMA 2024.
PHOTO : Nazaire Joinville
Nul n’est sans savoir que la langue française est indissociablement liée à l’Acadie. Dans leur histoire, leur identité, voire leur politique linguistique, les Acadiennes et les Acadiens font du français une priorité. Ainsi, le Congrès mondial acadien, qui est indubitablement leur plus grand rassemblement socioculturel, est un événement quinquennal où il/elles expriment aussi leur sentiment de fierté d’être locutrices et locuteurs du français.
Qu’apporte le Congrès mondial acadien aux cultures francophones et acadienne?
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En fait, quels sont les apports de cet événement aux cultures francophones et acadienne dans les régions hôtesses? La langue française est-elle bien représentée dans ces régions avant, pendant et après le déroulement de l’événement? Pour tenter de répondre à ces questions, Le Courrier a rencontré deux professeurs en études françaises dans les deux seules universités francophones de l’Acadie. Il s’agit de Désiré Nyela de l’Université Sainte-Anne et Laurence Arrighi de l’Université de Moncton. 

Il faut convenir d’emblée que le comité organisateur du Congrès mondial acadien 2024 (CMA 2024) fait usage du bilinguisme dans sa campagne promotionnelle. Si le français est le socle de l’Acadie, il n’en demeure pas moins que Clare et Argyle, ainsi que d’autres régions de l’Acadie, se trouvent dans des provinces anglodominantes. Ainsi, dans différentes affiches du CMA 2024, le français est visible et prédominant. 

En effet, ce n’est pas uniquement le CMA 2024 qui utilise le français dans son paysage linguistique. Selon Mme Arrighi, d’autres CMA ne faisaient pas exception à cette règle, en se fiant aux études antérieures. «Par exemple, le premier CMA en Nouvelle-Écosse [en 2004] ou celui en Louisiane [la deuxième édition en 1999] sont réputés pour avoir permis des avancées et aménagements du paysage linguistique – l’affichage en français notamment les informations routières – et aussi avoir «éveillés» des consciences […]», souligne la professeure de sociolinguistique à l’Université de Moncton. 

Laurence Arrighi, professeure en études françaises de l’Université de Moncton. 

PHOTO : Éditions Prise de parole

La langue utilisée dans le paysage linguistique d’une région a le pouvoir de donner de la valeur à cette langue dans la région. De plus, les visiteurs qui sont des locuteurs de cette langue, une fois arrivés dans cette région, peuvent se sentir chez eux et éprouvent une sorte de sécurité linguistique. 

Dans la même veine, M. Nyela croit dur comme fer que le CMA est le rassemblement idéal permettant aux Acadiennes et Acadiens d’exprimer leur identité. Selon le président de l’Africadie, le CMA est un «rassemblement où les communautés acadiennes (dans le sens le plus extensif) expriment leur fierté à la face du monde, fierté d’avoir, contre vents et marées, maintenu la flamme de leur identité francophone». 

Le professeur de littérature à l’Université Sainte-Anne explique que, du fait que Clare et Argyle, les deux régions hôtesses du CMA 2024, sont connues comme étant des régions où la langue française est minoritaire, le CMA «va permettre aux populations acadiennes francophones de ces régions de ressentir la solidarité de tous les autres congressistes qui viendront d’ailleurs». 

Selon l’auteur du livre Les littératures de la traversée, ces liens de solidarité sont un moyen efficace de briser le sentiment de solitude susceptible de gagner telle population consciente de sa situation de minorité et constituent une pilule roborative pour toujours maintenir haut la flamme de son identité linguistique. 

«À défaut de régler toutes les problématiques auxquelles sont confrontées les régions hôtes de ce grand événement, le CMA du moins sonne chaque fois comme une alerte à la constante vigilance à l’endroit des populations acadiennes par rapport aux batailles à mener pour la préservation de leur identité linguistique, donc pour la préservation de la francophonie», souligne-t-il. 

Par ailleurs, Mme Arrighi, à titre de chercheuse a déjà étudié les apports du CMA aux cultures francophones et acadienne dans les régions hôtesses. De surcroît, elle fait partie d’un groupe de chercheuses et chercheurs étudiant le CMA 2024. 

Selon la co-directrice de La francophonie en Acadie, elle était l’une des initiatrices au côté d’Éric Forgues et d’autres collaboratrices et collaborateurs pour une étude sur le CMA  2019, qui a eu lieu dans le sud-est du Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard. 

D’après cette étude, «une forte proportion des répondantes et des répondants (91 %) ont affirmé que leur participation au CMA leur a apporté quelque chose sur le plan personnel, comparativement à 9 % qui ont affirmé le contraire». 

La spécialiste en description du français acadien contemporain ajoute que «plus des trois quarts (80 %) des répondantes et des répondants se sont sentis fiers d’être Acadiennes ou Acadiens grâce à certaines activités du CMA».  

Le CMA ne se résume pas uniquement aux rassemblements ainsi qu’aux festivités. D’ailleurs, selon Éric Forgues et autres, ces rassemblements «offrent autant d’espaces et de moments pour vivre et mettre en relief de plusieurs manières l’acadiennité».