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le Lundi 6 octobre 2025 7:00 Rubrique - La rubrique de la bouquineuse

Sébastien L. Chauzu veut «arriver à toucher les gens, ou à les faire rire»

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Sébastien L. Chauzu. — PHOTO: Kayla Blackmore
Sébastien L. Chauzu.
PHOTO: Kayla Blackmore

Sébastien L. Chauzu est un écrivain français installé au Canada depuis 14 ans. Après un premier roman, Modifié, publié chez Grasset, c’est avec la maison d’édition Prise de parole que vient de paraitre son deuxième livre, Antisèches.

Sébastien L. Chauzu veut «arriver à toucher les gens, ou à les faire rire»
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Type de contenu: Critique

Cette autofiction, inspirée d’une récente rupture, est racontée avec beaucoup d’autodérisions. «Je l’ai vécue de façon extrêmement difficile, confie l’auteur à propos de sa séparation. Pour passer ce moment, dans mon écriture, j’essaie de valoriser l’humour et je me centre toujours sur l’humour. Et donc j’ai écrit sur ça, mais je n’y ai mis aucun pathos. Et puis surtout, je me suis mis au centre.»

Ainsi, en se plongeant dans sa propre expérience, il s’est demandé comment une rupture douloureuse pouvait conduire son protagoniste à rencontrer des situations rocambolesques qui amuseraient son public. «C’est vraiment mon souci principal, au-delà de l’histoire, d’arriver à toucher des gens ou à les faire rire», soutient-il. 

Amener le lecteur à la fois à trouver notre personnage pathétique, mais aussi à le trouver attachant. J’essaie toujours d’avoir cet équilibre entre l’humour et l’émotion.

— Sébastien L. Chauzu

Reprochant à certains auteurs de se prendre parfois trop au sérieux, Chauzu estime important, quand on écrit de l’humour, et que l’on parle de soi, de savoir, au contraire, faire preuve de beaucoup d’autodérision. «On ne peut pas se moquer des autres si on n’est pas capable de se moquer de soi», affirme-t-il.

«On a tous un côté ridicule qu’on essaie de dissimuler. On a tous des failles qu’on colmate. C’est le propre de notre investissement social. Mais dans la littérature, il ne faut pas se faire de cadeaux. Et surtout, il faut faire confiance au lecteur. Si on commence à vouloir se ménager, et si on commence à vouloir maitriser une image, je crois que c’est là qu’on [ne] fait plus de littérature.»

De sa vie, Chauzu n’a pas peur de s’inspirer pour écrire une histoire qui pourrait mettre mal à l’aise ses proches, et il ne se soucie pas davantage de ce que ces derniers pourraient penser de lui après l’avoir lu. Cela fait inévitablement partie du genre humoristique, et qu’il vaut mieux d’emblée accepter si l’on veut s’y aventurer.

D’autant plus, qu’il ne nie pas non plus le caractère cathartique de cette entreprise. «Si j’écris aussi, et notamment celui-là, c’est pour arriver un petit peu à exorciser toutes les choses qui sont difficiles à digérer dans la vie, admet-il. Je ne me retiens pas.»

Il n’est donc pas question de se protéger, mais au contraire de livrer une vérité qui pourrait peut-être parler à ses lecteurs, parce que proche de leur vécu. «À chaque moment, il faut bien être sûr qu’on ne se ment pas, explique-t-il. Je ne me pose pas vraiment la question de me dire, ça, je vais le rendre public et ça, je vais le garder pour moi.»

Il s’agit davantage de se demander s’il y a des vérités personnelles qui mériteraient d’être partagées et que le lecteur pourrait s’approprier. «Si l’objectif est l’humour, il doit y avoir un côté universel parce que, pour rire, les gens doivent absolument être capables de mettre sur ces anecdotes, sur ces actions, des images, des choses qui leur sont arrivées, des choses sur lesquelles ils peuvent s’identifier.»

On peut se poser la question: avons-nous tous une vie intéressante? La réponse est sans doute non. «Mais je pense, soutient l’auteur, que si on doit réorganiser la vie de n’importe qui, je pense qu’on peut la rendre intéressante. C’est-à-dire qu’à partir du moment où on est capable de réagencer des évènements de notre vie et de leur donner du rythme, toutes les vies méritent d’être racontées.»

Sébastien L. Chauzu.

PHOTO: Zoé Chauzu

Et donc, finalement, d’un discours centré sur le vécu d’un personnage, sans chercher à apporter de réponses, on en vient à se poser des questions plus générales. «Dans nos vies, tout ne peut pas être éclairé et tout ne peut pas paraitre beau à la fin. Donc, dans mon personnage, il y a évidemment des résolutions, mais il reste des parts d’ombre», soutient Chauzu. 

«À travers la façon dont mon personnage les vit au jour le jour, et dans la façon dont il en prend conscience, cette prise de conscience, elle est à la fois vécue par le personnage principal et puis aussi, en même temps, par le lecteur, qui réalise ce qui vraiment est en jeu dans la vie du héros.»

Chaque action de son personnage révèle ainsi une orientation particulière, motivée par l’histoire, sans que l’auteur cherche pour autant à la rattacher au discours politique du moment. 

Car, pour Chauzu, la littérature se suffit à elle seule pour transmettre un message, et, en cela, elle reste politique malgré elle, sans effort. «Une personne qui achète un livre et qui ouvre un livre fait déjà un acte politique en lui-même. Donc, la littérature n’a pas forcément besoin de beaucoup de choses pour être politisée», assure-t-il. 

«Aller à la rencontre d’un écrivain, aller à la rencontre de l’univers de quelqu’un, c’est déjà un acte politique incroyable. Quand on regarde la situation actuelle, ça veut dire que cet acte défie quand même la moitié du reste du discours politique environnant. C’est un acte politique extrêmement fort.»

Type: Critique

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