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Dans une écriture sensible, simple et inclusive, l’autrice d’origine crie et écossaise invite ses jeunes lecteurs à se questionner: comment se réapproprier ce qui a été perdu?
Comme dans nombreux de ses ouvrages, elle leur parle de transmission des savoirs et d’espoir, célèbre la mémoire et l’héritage autochtone. Plus précisément dans celui-ci, l’enseignement passe par la musique, la langue, et le lien avec les aînés.
Conférencière engagée, de la même manière que pour ses prises de parole, elle y défend l’idée que «l’amour est un remède».
Car au-delà de l’apprentissage du tambour, la kohkom de Charlie lui fait part également d’une réalité historique qui a marqué sa propre enfance: la rafle des années soixante, période où des enfants autochtones ont été enlevés à leur famille pour être confiés à des foyers non autochtones.
Une séparation physique et émotionnelle qui a privé de nombreux enfants de leur culture et de leur communauté, comme la kohkom de Charlie qui n’a appris que plus tard ce que signifiait être crie.
Extrait du livre Le tambour de Kohkom.
Un sujet très dur pour Rachel Martinez, la traductrice du livre, qui salue l’habilité de Monique Gray Smith à expliquer les conséquences de ces politiques gouvernementales, tout en montrant comment on peut «aller au-delà de ces traumatismes.»
«Ce qui me plaît dans tous les projets en général, raconte-t-elle, en habituée des livres de Monique Gray Smith, c’est d’apprendre des nouvelles réalités. Comme la rafle des années soixante, j’en avais vaguement entendu parler, et là, c’est expliqué très clairement ce que c’est, ce que ça peut avoir eu comme effet sur les communautés. Donc, c’est intéressant de savoir comment ça a été vécu de l’intérieur.»
Pour Rachel Martinez, le livre se révèle d’autant plus touchant qu’il montre non seulement les conséquences de ces enlèvements sur la vie des enfants victimes, mais également sur celles de leurs descendants.
Elle salue aussi le talent de l’autrice à raconter une histoire difficile, mais restant accessible pour les jeunes.
Ce qui, de son avis, n’est pas si évident, car elle-même en tant que traductrice connaît les complexités que cela peut représenter.
«Il faut se mettre à la place de la personne qui lit l’histoire à l’enfant. Il faut s’attarder au rythme de la phrase, à la prononciation des mots, des fois il y a des assonances, explique-t-elle. Donc ça semble tout simple, mais il y a beaucoup de matière dans les livres pour enfants. Il faut être très prudent à des choses différentes d’un texte pour adultes.»
Couverture du livre Le tambour de Kohkom.
Une question de poésie et de compréhension du public à qui on s’adresse, souligne-t-elle, petits garçons et petites filles non loin dépourvus d’intelligence.
«Il faut vraiment se mettre dans la peau du lecteur, dans la peau d’un enfant qui va lire l’histoire. Anticiper les écueils, les difficultés de lecture, et puis simplifier quand on peut, mais on ne veut pas non plus que ce soit trop simple.»
Sans oublier la dimension pédagogique, quand les livres sont ensuite utilisés en classe pour l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, mais également pour transmettre des valeurs et des connaissances essentielles, comme s’y emploie Le tambour de kohkom.
«On s’adresse aux enfants dans une langue qui est proche d’eux, puis on n’a pas peur d’aborder des thèmes sérieux, mais pas pour leur faire peur, pour les informer du côté de l’histoire qui était moins agréable, moins positif que d’autres. Donc, on ne cache pas la vérité aux enfants. On leur explique ce qui s’est passé dans des mots qu’ils comprennent, mais en leur faisant comprendre quand même que c’était une réalité difficile.»
Et qui ne doit surtout pas être oubliée.
