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«Je voulais juste raconter mon histoire en fait», exprime humblement Maria José Bicuma lorsque nous la rencontrons.
Habituée des réseaux sociaux, elle explique que, si ce n’est pas la première fois qu’elle partage son récit, elle souhaitait cette fois créer quelque chose de plus permanent, notamment pour ses enfants.
L’écriture d’un livre n’était pourtant pas une évidence pour la jeune femme qui ne s’était jusqu’alors jamais aventurée sur ce terrain-là. Des sentiments d’illégitimité l’ont en effet beaucoup traversée tout au long du processus.
Elle évoque également la nécessité d’être accompagnée en suivant une formation, mais surtout de l’effort à faire ressurgir des souvenirs douloureux qu’elle avait longtemps laissés enfouis.
Maria José Bicuma.
Abandonnée par ses parents, ballotée d’un foyer à un autre, sans jamais y trouver amour ni compassion, maltraitée, violentée, Maria José Bicuma a grandi dans un monde de précarité, dominé par la brutalité des hommes, où elle n’avait pas le droit d’être une enfant.
«À un moment donné, il fallait que je m’arrête d’écrire parce que je ne pouvais tout simplement plus continuer. Je pleurais à chaudes larmes», confie-t-elle.
Mais, au-delà de ce récit désolant, l’autrice réussit à introduire toutefois quelques bons moments, comme ceux partagés avec Mãe Luísa Mambo, l’ex-femme de son père biologique, décédée aujourd’hui et l’une des seules adultes qui avait su lui montrer de l’affection. Des souvenirs qui allègent quelque peu la lecture et inspirent un souffle d’espoir là où il ne semble plus en avoir.
Car, malgré tout ce qu’elle a vécu, l’autrice reste convaincue qu’il est toujours possible d’aller de l’avant.
En l’écoutant témoigner, Maria José Bicuma paraît en effet être le genre de femme capable de s’adapter à toute situation. Aujourd’hui mère aidante à plein temps pour son enfant malade, on retrouve son caractère résilient dans la petite fille qu’elle a été, admirative de force et de courage.
«La lumière que nous cherchons chez les autres ou dehors, ça peut simplement se trouver à l’intérieur de nous, assure-t-elle. Il suffit de nous écouter. Il suffit de nous donner un petit peu d’attention pour qu’on retrouve notre chemin. C’est possible.»
Car si Maria José Bicuma a souhaité partager son histoire, c’est aussi pour tendre la main à toutes les personnes qui ont traversé des épreuves similaires et leur montrer qu’elles ne sont pas seules.
«Des fois, c’est nécessaire de relever les yeux et essayer de voir plus loin», encourage-t-elle.
Car des enfances comme celles de Maria José Bicuma sont loin d’être des cas isolés. Parmi ses lectrices, certaines lui ont d’ailleurs témoigné s’être beaucoup retrouvées dans les faits racontés.
«On est nombreuses», affirme-t-elle, espérant que le partage de son récit pourra en inspirer d’autres à parler, bien qu’elle en reconnaisse les difficultés.
«On a honte à raconter notre histoire parce que, malheureusement, ce n’est pas tout le monde qui a cette capacité-là d’accueillir, d’écouter, d’essayer de comprendre c’est quoi qu’il y a derrière toute cette souffrance et qui, des fois, on fait notre possible pour camoufler tous les jours. On sourit, mais à l’intérieur de nous, on transporte des fois une douleur qu’on n’est pas capable d’exprimer comme on voudrait.»
Aujourd’hui pour autant, elle reste convaincue qu’écrire l’a profondément libérée.
«Ça m’a enlevé une couche de trop sur moi en fait. J’ai ressenti comme si j’ai enlevé un poids.»
C’est pourquoi, malgré ses peurs et ses doutes, elle se dit fière d’être arrivée au bout de ce projet, et d’avoir redonné la voix à la petite fille qu’on n’écoutait pas.
