le Mercredi 29 juillet 2026
le Mardi 28 juillet 2026 11:00 Actualités: Acadie et Francophonie

Le 28 juillet marque un moment déterminant dans l’histoire du peuple acadien

Pourquoi faire confiance à Le Courrier
  PHOTO: Archives
PHOTO: Archives

Le 28 juillet, la «Journée de commémoration du Grand Dérangement», est observée chaque année au Canada. Elle commémore la déportation du peuple acadien par les autorités britanniques en 1755. Elle reconnaît les événements tragiques et rend hommage à la résilience du peuple acadien.

Le 28 juillet marque un moment déterminant dans l’histoire du peuple acadien
00:00 00:00

Type de contenu: Récit

La première tentative recensée de nettoyage ethnique en Amérique du Nord, la déportation et l’expulsion des Acadiens, «Le Grand Dérangement». Cette année marque exactement 271 ans depuis la Déportation des Acadiens par les Britanniques, qui a commencé dans la vallée d’Annapolis, dans notre province. 

L’expulsion fut d’une ampleur épique, l’une des plus grandes déportations et l’un des plus grands exils perpétrés par les Anglais contre un peuple qui vivait ici depuis de nombreuses générations. Cet événement est largement considéré comme un crime contre l’humanité, voire, selon l’usage moderne du terme, un génocide.

Revenons en arrière et jetons un bref regard historique sur nos ancêtres acadiens. Vers la fin du XVIIᵉ siècle, à l’approche du début du XVIIIᵉ siècle, des colons venus de France émigrèrent vers ce que l’on connaît aujourd’hui sous les noms de la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick, et y fondèrent la première communauté acadienne. Dès lors, les Acadiens ont mené une vie véritablement mouvementée.

Les Acadiens vivaient paisiblement sur le territoire de la Nouvelle-Écosse depuis la fondation de Port-Royal en 1604. Ils établirent une petite colonie dynamique autour de la baie de Fundy, construisant des digues pour dompter les hautes marées et irriguer les riches champs de foin. Largement ignorés par la France, les Acadiens développèrent un esprit d’indépendance. Avec leurs amis et alliés mi’kmaq, ils se sentaient en sécurité, même lorsque la souveraineté sur leur territoire passa à la Grande-Bretagne après 1713.

En 1710, pendant la guerre de Succession d’Espagne, les Britanniques s’emparèrent de Port-Royal, la capitale de l’Acadie, à l’issue d’un siège. Le traité d’Utrecht de 1713, qui mit fin au conflit plus vaste, céda la colonie à la Grande-Bretagne tout en permettant aux Acadiens de conserver leurs terres. Toutefois, les Acadiens étaient réticents à signer un serment d’allégeance inconditionnelle à la Grande-Bretagne. 

Au cours des décennies suivantes, certains ont participé à des opérations militaires françaises contre les Britanniques et ont maintenu des lignes de ravitaillement vers les forteresses françaises de Louisbourg et de Fort Beauséjour. En conséquence, les Britanniques cherchèrent à éliminer toute menace militaire future que représentaient les Acadiens et à couper définitivement les lignes de ravitaillement qu’ils assuraient vers Louisbourg en les retirant de la région. 

À mesure que la population acadienne augmentait, les Britanniques devinrent de plus en plus inquiets de leur loyauté envers la France et, en 1755, le gouverneur Charles Lawrence ordonna à ses hommes de commencer à arrêter, dans le but de les déporter, tous les Acadiens de la Nouvelle-Écosse qui refusaient de déclarer leur allégeance à la Grande-Bretagne.

PHOTO: Archives

Le 28 juillet 1755, sans faire de distinction entre les Acadiens qui étaient demeurés neutres et ceux qui avaient résisté à l’occupation de l’Acadie, le gouverneur britannique Charles Lawrence et le Conseil de la Nouvelle-Écosse ordonnèrent leur expulsion. Lors de la première vague de l’expulsion, les Acadiens furent déportés vers d’autres colonies britanniques d’Amérique du Nord.

Au cours de la deuxième vague, ils furent déportés en Grande-Bretagne et en France, et de là, un nombre important migra vers la Louisiane espagnole, alors colonie de l’Espagne, mais les Acadiens réussirent à conserver leur culture française. Ces «Acadiens» finirent par être connus sous le nom de «Cajuns». 

Les Acadiens s’enfuirent d’abord vers des colonies francophones, comme le Canada, la partie nord non colonisée de l’Acadie, l’Île Saint-Jean, aujourd’hui l’Île-du-Prince-Édouard, et l’Île Royale, aujourd’hui l’île du Cap-Breton. Au cours de la deuxième vague de l’expulsion, ces Acadiens furent soit emprisonnés, soit déportés.

Le vendredi 5 septembre 1755, le colonel John Winslow ordonna que tous les hommes âgés de 10 ans et plus de la région se rassemblent dans l’église de Grand-Pré afin d’entendre un important message de Son Excellence Charles Lawrence, lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse. Le décret qui fut lu aux personnes rassemblées déclarait notamment :

«Que vos terres et vos biens-fonds, votre bétail de toute espèce et tous vos autres animaux d’élevage sont confisqués au profit de la Couronne, avec tous vos autres effets, à l’exception de votre argent et de vos biens ménagers, et que vous-mêmes serez retirés de cette province.»

C’est un Néo-Anglais, Charles Morris, qui conçut le plan consistant à encercler les Acadiens dans leur église un dimanche matin, à capturer le plus grand nombre possible d’hommes, à percer les digues et à incendier les maisons ainsi que les récoltes. Lorsque les hommes refusèrent d’y aller, les soldats menacèrent leurs familles avec leurs baïonnettes. Ils s’y rendirent à contrecœur, priant, chantant et pleurant.

À l’automne de 1755, quelque 1 100 Acadiens se trouvaient à bord de navires de transport à destination de la Caroline du Sud, de la Géorgie et de la Pennsylvanie.

L’Expulsion des Acadiens fut le déplacement forcé, par les Britanniques, du peuple acadien des actuelles provinces maritimes canadiennes de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, de l’Île-du-Prince-Édouard et du nord du Maine — parties d’une région historiquement connue sous le nom d’Acadie — causant la mort de milliers de personnes. 

L’Expulsion (1755-1764) a eu lieu pendant la guerre de la Conquête (guerre de Sept Ans) et faisait partie de la campagne militaire britannique contre la Nouvelle-France. Les Britanniques ont déporté d’abord les Acadiens vers les Treize Colonies, puis, après 1758, ont transporté d’autres Acadiens vers la Grande-Bretagne et la France. 

Au total, sur les 14 100 Acadiens vivant dans la région, environ 11 500 ont été déportés. Un recensement de 1764 indique que 2 600 Acadiens ont demeuré encore dans la colonie, ayant échappé à la capture. 

En plus d’avoir atteint leurs objectifs militaires en prenant Louisbourg et en affaiblissant les milices mi’kmaq et acadiennes, le résultat de l’Expulsion fut la dévastation d’une population principalement civile ainsi que de l’économie de la région. Les familles ont été séparées; des milliers de personnes ont perdu la vie durant le transport, succombant aux maladies dans les conditions insalubres des navires et se noyant lorsque des navires ont fait naufrage. Ceux qui ont atteint leur destination sont devenus des réfugiés, souvent mal accueillis, contraints d’errer à la recherche d’un foyer.

Certains Acadiens résistèrent, notamment Joseph Beausoleil Brossard, qui lança plusieurs raids de représailles contre les troupes britanniques. Beaucoup s’enfuirent dans les forêts, où les Britanniques continuèrent à les traquer pendant les cinq années suivantes. Un groupe de 1 500 personnes gagna la Nouvelle-France, d’autres le Cap-Breton et les hautes terres de la rivière Petitcodiac. Sur quelque 3 100 Acadiens déportés après la chute de Louisbourg en 1758, on estime que 1 649 moururent par noyade ou de maladie, soit un taux de mortalité de 53 %. Entre 1755 et 1763, environ 10 000 Acadiens furent déportés. Ils furent transportés vers de nombreux endroits autour de l’Atlantique. Un grand nombre fut débarqué dans les colonies anglaises, d’autres en France ou dans les Antilles. Des milliers moururent de maladie ou de faim dans les conditions misérables qui régnaient à bord des navires. Pour aggraver encore leur sort, les habitants des colonies anglaises, qui n’avaient pas été informés de l’arrivée imminente de réfugiés porteurs de maladies, furent indignés. De nombreux Acadiens furent contraints, comme la légendaire Évangéline du poème de Longfellow, d’errer sans fin à la recherche de leurs proches ou d’un foyer.

Réfléchissez à ceci : au moins 10 000 Acadiens furent rassemblés de force et entassés dans des navires britanniques afin d’être dispersés parmi les Treize Colonies situées au sud. Les Britanniques ne voulaient pas qu’ils puissent s’échapper vers le Canada ou Louisbourg pour grossir les rangs de l’ennemi. 

Beaucoup périrent en mer. Les autres furent abandonnés, sans aucun moyen de subsistance, en divers points du littoral, choisis arbitrairement. Les familles furent séparées. Certains furent absorbés dans ce qui allait devenir le creuset de la future nation américaine. D’autres atteignirent la colonie catholique espagnole de la Louisiane, où ils donnèrent naissance à la culture cadienne. Ceux qui s’étaient réfugiés au Cap-Breton et à l’Île-du-Prince-Édouard subirent une deuxième expulsion en 1758, lorsque les Britanniques s’emparèrent de ces possessions françaises.

Le 11 juillet 1764, le gouvernement britannique adopta un décret du Conseil privé autorisant les Acadiens à revenir sur les territoires britanniques en petits groupes isolés, à condition qu’ils prêtent un serment d’allégeance sans réserve. 

Au fil des années, de nombreux Acadiens ont retrouvé le chemin de leur pays, cherchant à réunir leurs familles. Un groupe passa sept années dans des camps d’internement en Angleterre, et a été ensuite envoyé en France, où il n’a pas pu s’adapter au système européen rigide, puis, après 20 années d’exil, il retourne enfin dans sa patrie. 

En Nouvelle-Écosse, les terres acadiennes abandonnées ont été rapidement occupées par des colons venus de la Nouvelle-Angleterre. Lorsque les Acadiens ont finalement été autorisés à revenir après 1764, ils se sont établis loin de leurs anciennes demeures, dans la baie Sainte-Marie, à Chéticamp, au Cap-Breton, à l’Île-du-Prince-Édouard ainsi que dans le nord et l’est de l’actuel Nouveau-Brunswick. 

Les migrations des Acadiens vers une nouvelle Acadie se sont poursuivies jusque dans les années 1820. Tout au long de cette terrible épreuve, ils ont conservé leur identité, comme ils le font encore aujourd’hui — une démonstration remarquable de la volonté humaine face à la cruauté.

Alors que nous nous préparons à célébrer le Festival de l’Escaouette à Chéticamp, plusieurs personnes peuvent se demander pourquoi nous organisons de telles festivités. Nous célébrons les festivals acadiens afin d’honorer la survie, la riche histoire et la culture vibrante du peuple acadien.

Ces rassemblements réunissent les communautés dans un esprit de solidarité, permettent de partager la musique traditionnelle, la gastronomie et la langue française, tout en exprimant la fierté d’un héritage résilient qui a surmonté des épreuves historiques, comme le Grand Dérangement. 

Le Festival de l’Escaouette aura lieu cette année du 30 juillet au 2 août dans la région acadienne de notre comté.

Bon Festival — Vive l’Acadie!

Type: Récit

Récit: Contenu journalistique contenant des informations, des opinions et des analyses, toutes basées sur des faits.

Pour consulter nos pratiques exemplaires et politiques journalistiques, cliquez ici.

Contactez la rédaction - Proposer une correction - Faire une suggestion - Contactez l'équipe