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Après avoir participé au festival de bande dessinée de Montréal en mai dernier, où la Suisse était invitée d’honneur, elle revient aujourd’hui pour parler de son métier, de ce qui l’anime et de ce qui l’inspire.
«J’ai publié une première bande dessinée en 2015, et puis une deuxième en 2023, relate la dessinatrice. Entre les deux, je suis beaucoup retournée à la microédition et à la coordination de collectifs, notamment avec le fanzine La bûche, qui réunit les dessinatrices de la Suisse francophone et qui a pour objectif de visibiliser leur travail et leur permettre de se rencontrer.»
Mme Ackermann raconte qu’à l’époque, le monde de la bande dessinée était encore très majoritairement masculin. La création de La bûche avait alors joué un rôle important pour faciliter la mise en réseau. Un enjeu essentiel dans les milieux artistiques.
Depuis, grâce à des initiatives comme celle-ci, les femmes ont su petit à petit y imposer leur place. «Il y a eu énormément de luttes, ça ne s’est pas fait tout seul. Mais les lignes ont bougé et maintenant, je pense qu’on pourrait presque dire qu’on atteint la parité. En tout cas, en Suisse, en France, peut-être pas encore. À voir, on aura sans doute des chiffres prochainement.»
Dans le cadre de son activité au sein de la Swiss Comics Artists Association (SCAA), Mme Ackerman est souvent amenée à comparer les différentes enquêtes menées dans les pays limitrophes, comme l’Allemagne, l’Italie ou la France. Des enquêtes qui peuvent porter sur ce genre de sujet ou la situation de la bande dessinée de manière plus générale.
Elle soutient, par exemple, qu’en France et en Belgique, la bande dessinée est beaucoup plus professionnalisée. «On en vit mal, mais on en vit quand même mieux qu’ailleurs», admet-elle, regrettant que les artistes suisses dépendent encore beaucoup des subventions.
On a un gros travail à faire, une forme de lobbying, de la part de notre association, pour que la bande dessinée soit reconnue comme un domaine artistique comme un autre, au même titre que la littérature ou les arts visuels, au niveau fédéral surtout.
En effet, malgré la dynamique soutenue par les maisons d’édition suisses, en comparaison aux grandes maisons d’édition françaises ou belges, la rémunération des auteurs reste encore trop faible, ce qui pousse souvent ces derniers à s’exporter dans un autre pays. Mme Ackermann, elle-même, confie publier ses ouvrages au sein d’une maison d’édition française.
En outre, cette situation amène aussi nombreux d’entre eux à consacrer une bonne partie de leur temps à l’illustration, au graphisme ou à une autre activité professionnelle pour subvenir à leurs besoins.
Mais, en dehors de ces disparités remarquées entre les différents pays, il n’existe, selon elle, aucune caractéristique spécifique à la bande dessinée suisse. «Il n’y a pas de trait féminin pas plus que de trait suisse, affirme-t-elle. Ça peut être un mélange de tout ça, un mélange de contextes, mais il n’y a rien qui puisse définir la bande dessinée suisse en elle-même.»
Mis à part certains aspects qui peuvent être plus valorisés dans un pays que dans un autre, comme l’attrait pour la bande dessinée documentaire au Québec, ou le gout pour des projets plus intimes et artistiques en Suisse, elle soutient qu’on ne peut pas faire de généralités.
Revenant à son histoire personnelle, elle raconte que sa vocation à devenir autrice de bande dessinée lui est venue naturellement. Elle dessinait depuis l’enfance et, contrairement à d’autres, ne s’est jamais arrêtée.
De surcroit, un environnement familial bienveillant a aussi joué un rôle important dans la concrétisation de ses rêves. «J’ai eu un bel encouragement de mes parents. Ils m’ont toujours soutenue. Simplement, j’avais la chance de pouvoir faire ce que je voulais. Donc ça, c’était précieux.»
En outre, ce sont des auteurs, comme Peeters Frederik, Posy Simmonds ou encore Chris Ware, qui l’ont beaucoup inspirée.
Aujourd’hui, particulièrement sensible au travail de la narration et aux thématiques abordées à travers des traits singuliers, ces derniers restent pour elle des références.
Dans son propre processus artistique, c’est le storyboard (scénarimage) qui demeure l’étape qu’elle préfère dans la fabrication d’une bande dessinée. «C’est le moment où on décide comment une histoire va être mise en images. Après, on se force un peu à rendre ça joli et visible pour tout le monde, mais c’est cet aspect de gymnastique mental qui m’est le plus cher.»
En outre, elle révèle un certain attrait pour la création d’œuvres, si ce n’est à thématique politique, du moins à portée sociologique. «J’aime beaucoup m’attaquer à des sujets dont je ne connais rien. Donc la culture juive pour la première bande dessinée, l’optimisation fiscale pour la deuxième, parce que, comme dessiner une bande dessinée, ça prend vraiment beaucoup de temps, pour moi. C’est aussi l’occasion d’apprendre des choses.»
Ainsi, naturellement, elle apprécie le fait qu’elle peut choisir les scénarios et les projets qu’on lui propose de dessiner.
D’autant qu’il lui semble de plus en plus important de travailler avec des scénaristes professionnels, souvent gage d’une meilleure collaboration. «Il y a plein d’étapes où on est deux à travailler dessus, tout ce qui est de la mise en scène. Et, pour la dernière bande dessinée, j’ai eu la chance de travailler avec un scénariste qui était très ouvert sur les propositions de modifications que je pouvais faire.»
Mais ce qui va l’amener à choisir un projet plutôt qu’un autre, c’est surtout la thématique proposée, ayant à cœur de raconter des sujets qui lui semblent importants, comme ce fut le cas dans le cadre de sa dernière œuvre, Fronde Fiscale, réalisée avec Ferenc. «Au-delà du thème qui était très aride, du moment qu’on racontait le parcours d’un lanceur d’alerte, on avait quand même un ancrage bien humain et un récit qui pouvait être touchant à travers ce personnage.»
Toujours aussi passionnée et inspirée, l’autrice partage finalement un avant-gout de ses prochains projets: une collaboration avec une maison d’édition, une création nourrie de son récent voyage à Halifax, et une idée encore en gestation autour de la thématique du textile. «C’est un thème qui me permettait d’en aborder plein d’autres. Parce que, à travers le textile, je peux parler de la symbolique, de l’évolution des techniques, du travail domestique, évidemment du rôle des femmes dans la société, de l’industrie, d’écologie, plein de choses.»
