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le Mardi 1 juillet 2025 11:00 Rubrique - La rubrique de la bouquineuse

Pour Lola Miesseroff, «on ne se définit pas par qui on aime»

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Lola Miesseroff. — PHOTO: Richard S
Lola Miesseroff.
PHOTO: Richard S

Lola Miesseroff est une autrice française, engagée dans le mouvement social depuis mai 1968, et qui partage aujourd’hui son parcours, ses combats et sa vision du monde à travers ses livres. Dans Fille à pédés, elle revient sur ses jeunes années qui ont façonné son esprit politique et ouvre le débat sur la «question homosexuelle», d’un point de vue non communautaire, autrement dit de l’émancipation de tous.

Pour Lola Miesseroff, «on ne se définit pas par qui on aime»
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«Fille à pédés est né d’un travail que faisait Gilles Dauvé», relate Lola Miesseroff. À l’époque, l’écrivain français interrogeait déjà la question sexuelle en miroir avec la question sociale dans son ouvrage Homo.

Dans ce cadre-là, il avait proposé à Mme Miesseroff une interview. Cette dernière, qui fut lue et relayée par un certain nombre de gens, lança alors les prémices de ce que deviendrait son deuxième livre.

«Mon idée, c’est quand même à la fois de raconter ce qu’ont été notre vie, notre lutte, etc., et de me battre contre l’idée que votre orientation sexuelle d’abord elle est fixe et ensuite elle vous définit. Non. On ne se définit pas par qui on aime et avec qui on couche. En plus, ça peut changer à chaque instant.» 

Ce qui est important, c’est qui il est socialement et quel individu il est.

— Lola Miesseroff

«Et j’ai beaucoup tenu à parler de ça, c’est-à-dire que décrire quelqu’un parce qu’il est blanc, noir, homosexuel, ou je ne sais quoi d’autre, ce n’est pas ça qui est important. Ce qui est important, c’est qui il est socialement et quel individu il est.»

En effet, pour l’autrice, qui a participé à de nombreux combats tout au long de sa vie, et soutient être de «lutte de classe jusqu’au bout et quoiqu’il arrive», se battre contre «l’intersectionnalité, ce qui est mettre à égalité la classe, la race, et tout ce qui est autre genre, homosexuel et compagnie», est toujours une priorité. 

«Ce qui ne veut pas dire pour autant que je néglige les combats de résistance qu’on doit mener, précise-t-elle. Ça n’empêche pas de lutter pour l’émancipation de tous. Ça comprend aussi les luttes pour l’émancipation des minorités. Et ces luttes-là, elles ne doivent pas être portées seulement par les gens dits concernés. C’est le combat de tous.»

Ainsi, elle soutient que mettre de l’avant la question de l’oppression, comme elle le fait dans Fille à pédés, fait également partie de la lutte et permet de faire avancer la cause. «Plus il y a de gens qui vont exprimer leur réaction face à l’oppression et la répression en général, que ça soit sous tel ou tel critère de discrimination, plus, effectivement, ces gens-là vont se sentir mieux.» 

«C’est quand c’est l’affaire de tous que les individus les plus concernés vont se sentir portés et aidés. Et c’est ça qui est important.»

Le combat contre le capitalisme reste donc sa priorité parce que «c’est un combat global», et qu’en cela, tous les combats parcellaires ne doivent pas être séparés. Changer le monde ne pourra se faire sans solidarité.

«Je ne me définis pas comme femme, bisexuelle, juive. J’en ai rien à foutre, affirme-t-elle. Par contre, si un antisémite m’emmerde, je suis obligée de me sentir juive. Si un sexiste m’emmerde, je suis obligée de me sentir femme. Ça fait partie d’un combat général pour l’émancipation.»

Un combat général, mais politique et de classe, puisque les luttes et les oppressions ne se vivent pas de la même manière, selon le milieu d’où l’on vient. «C’est pas la même chose d’être homosexuel quand vous venez d’une banlieue pourrie et quand vous êtes dans la haute couture.»

Le combat de classe reste la clé, selon elle, de l’efficacité des luttes contre les oppressions dites identitaires. C’est pourquoi elle soutient qu’on ne peut défendre une cause seulement en se battant entre femmes ou entre noirs, avec nos pairs. «Ça n’a pas de sens, je veux dire, en se battant en plus avec nos ennemis de classe, aux côtés de nos ennemis de classe.»

Tous les combats demeurent donc d’ordre politique, qu’ils le soient ou non revendiqués, car, à partir du moment où on défend «une cause qui remet en cause la société», c’est finalement contre cette société que l’on se bat.

«Personne ne vous demande de l’identifier comme tel, ça n’a aucune importance. Le principal, c’est que vous soyez combattant et solidaire. Ça vous définit déjà comme politique», affirme-t-elle.

Si elle ne croit pas au destin et revendique que le milieu d’où l’on vient ne détermine pas la personne que l’on devient, elle regrette toutefois qu’il puisse arriver que l’on demeure prisonnier de sa classe. «Il suffit de pas grand-chose pour changer complètement une destinée, une vie. Une mauvaise ou une belle rencontre, ça peut aussi être gâché par les trucs de la vie.» 

«On se prend les libertés qu’on peut se prendre et on fait les découvertes qu’on peut faire. Parfois, on a de la chance, parfois non. Il y a des filles qui se retrouvent enceintes toutes jeunes, qu’on oblige à se marier. Il y a aussi de libres choses qui arrivent parce qu’on est prisonnier. On ne peut pas toujours s’en libérer. On n’a pas comme ça le libre choix. Il y a des époques qui favorisent ça aussi, et des époques qui nous libèrent.»

Pour sa part, elle s’estime chanceuse. Si son chemin n’était pas tout tracé, le milieu dans lequel elle a grandi, ainsi que les nombreuses rencontres marquantes de sa vie, ont joué un rôle déterminant pour la mener là où elle est aujourd’hui. 

Elle affirme être restée la même depuis mai 1968, bien que plus riche de ses expériences, et peut-être même un peu adoucie. 

Mais s’il y a bien une chose qui n’a jamais changé, c’est ce surnom qu’on lui a donné alors qu’elle n’était qu’une jeune fille, un surnom qu’elle assume encore aujourd’hui, toujours avec autant d’amusement. 

«Vous savez, on ne change pas. En réalité, on est toujours les mêmes. Je me fais encore choper par des pédés partout où je vais. Je reste toujours une femme à pédés. Je suis toujours entourée de pédés.»

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Corrections:

le Mercredi 2 juillet 2025 9:14:

Gilles Dauvé est un écrivain français, non tunisien.