«Quand on grandit au milieu de nulle part, où il n’y a pas grand-chose à faire, l’art est une façon de trouver quelque chose de quoi être heureux, de quoi s’amuser, une échappatoire», dit-il.
Avide de voyages et de découvertes, il est parti, dès la fin du secondaire, explorer le monde, parcourant l’Amérique du Nord, puis l’Europe, où il a poursuivi ses études. Ne s’éloignant jamais de ses aspirations artistiques, il a toujours continué à écrire, s’exerçant aussi bien dans la prose que dans la poésie, en français et en anglais.
«Malheureusement, en français, peu d’éditeurs veulent de mes textes. En anglais, ça marche mieux, ce qui est dommage parce que je m’étais consacré à créer en français.»
De retour en Nouvelle-Écosse, il a travaillé à la radio, et a recommencé à faire de la musique et du théâtre. Après la période de la COVID, il est reparti en Europe, où il a écrit une pièce de théâtre qui a été jouée à Moncton, avant d’être appelé en tant que scénariste pour du téléroman.
Le scénariste et poète Thibault Jacquot-Paratte sur scène.
Un long parcours éclectique qui l’a finalement amené à son dernier projet: la participation à la création d’une anthologie de cinq films d’horreur, intitulée Nightmare Fuel, réalisée par Algina Bedulske, avec la compagnie Easy House, basée en Lituanie. Une équipe internationale, avec aussi bien des Lituaniens que des Américains, des Australiens, des Canadiens et des Ukrainiens.
M. Paratte est l’auteur de deux des scénarios de l’anthologie: Where does all the passion go? et Crazier about each other. «Mes films portent sur la conception de la masculinité toxique et comment les hommes ne veulent pas se raccrocher à ça. Beaucoup d’hommes ont des problèmes avec ce qu’est la masculinité. Si on ne s’y identifie pas, on est considéré comme des lavettes. Mais, c’est pas parce qu’on ne s’y identifie pas qu’on ne s’identifie pas en homme.»
«Ma première histoire parle donc d’un homme qui tombe amoureux d’une femme harcelée sexuellement par un autre homme. Mais comment lui exprimer ses sentiments sans ressembler à cette masculinité? Mon autre projet se passe dans un institut de criminels avec des troubles psychiatriques. On y suit deux individus tombés amoureux. Les deux sont fous et ont tué des hommes, alors que faire de cet amour? L’aspect horreur ici vient plus des circonstances, de ce qu’ils ont fait.»
Dans tous les métiers, c’est toujours commencer qui est difficile.
Il a aussi joué dans deux des films de l’anthologie, dont l’un des siens. Tous les films ont été tournés au printemps dernier et en très peu de temps. «C’est le premier projet de cette compagnie. Tout de suite, il y a eu une bonne entente dans le groupe. [Mais], c’est le tournage qui a commencé à avoir des problèmes… On a les images, on a le son, mais il reste beaucoup de travail en postproduction et on manque de budget pour le faire. Une fois que ce sera fait, on pourra l’envoyer à un festival et trouver un distributeur.»
Il aimerait que ce projet lui serve de tremplin pour faire d’autres choses. «Dans tous les métiers, c’est toujours commencer qui est difficile», confie-t-il.
Quand on lui demande quelle différence il fait entre son rôle de scénariste et celui d’auteur, il répond: «Un scénario, c’est technique. Son but, c’est de dire aussi clairement que possible à la réalisatrice, aux acteurs, aux opérateurs, de quoi ça devrait avoir l’air, le sentiment que ça devrait donner. Écrire un scénario, c’est moins exigeant [mais], ça se rejoint dans le côté dynamique de l’histoire.»
Alrex Jeremih, Gintas Reisgys, Jared Anthony Smith et Thibault Jacquot-Paratte devant le château à Rauonė, où Crazier about each other a été tourné.
«Il faut des scènes qui servent à rien, des scènes qui changent de décor, donner l’impression du passage du temps, des réflexions des personnages, montrer le cheminement de l’histoire. Certaines choses peuvent être plus intéressantes avec la prose, avec l’usage des adjectifs, de la ponctuation… La différence c’est que, dans un texte, la question c’est plus, «Qu’est-ce qu’on veut dire?», alors que dans un scénario, c’est «Qu’est-ce qu’on peut voir?». Mais, y’a une façon de conceptualiser l’histoire qui reste au centre. Dans l’un ou l’autre, au cœur, il faut raconter ou montrer quelque chose.»
Concernant son affection au genre horrifique, il précise que l’idée vient de la réalisatrice qui avait étudié que la société avait beaucoup d’attrait pour le genre, le Canada faisant partie des pays qui en regardent le plus.
Mais, pour lui, tous les genres sont intéressants. «J’aime tremper mon stylo dans tous les genres parce que tous permettent de dire quelque chose de différent. J’aime l’horreur si ça me permet de dire quelque chose que j’ai envie de dire. Si j’écris, je veux écrire quelque chose qui va avoir de l’intérêt pour d’autres personnes, qui va faire réfléchir, qui va toucher les gens. J’ai toujours été très porté dans l’art engagé. En tant qu’artiste, je veux réussir à faire passer des messages.»
