«Cette courte histoire est une adaptation d’un scénario plus long que j’ai écrit en 2019 […] je me suis toujours demandé ce qui pourrait être possible avec le temps et l’évolution des technologies, notamment pour les évènements et installations. J’ai donc combiné cette curiosité avec ma passion pour l’anthropologie et je me suis plongé dans toutes les possibilités.»
Dans son récit, les personnages, qui ont «été conçu[s] de A à Z avec [leur] propre fiche descriptive», sont des clones, des robots, des animaux parlants, des artistes qui ont survécu à la destruction de notre planète.
«L’histoire imagine un futur où la créativité est essentielle pour prospérer dans des galaxies inconnues. […] Chaque vignette introduit des personnages et des moments qui construisent l’univers tout en laissant une place à l’imagination du public.» Un univers futuriste, qui donne libre cours à l’art et à la créativité, et qui ne manquera surement pas de plaire aux amateurs et amatrices du genre.
D’autant que, pour concevoir ce roman graphique, l’artiste s’est véritablement livré à un très beau et long travail d’animation. «Ce projet était une tentative de créer des ombrages et des contours stylisés inspirés des bandes dessinées, mais dans un univers 3D.»
Jonah Haché, auteur de Aberdeen 5055 et artiste médiatique originaire de Moncton.
Ici, les effets visuels, réalisés avec des techniques de toon shading et des shaders stylisés, se révèlent particulièrement impressionnants et vraiment innovants. «Je voulais absolument des plans animés. Je voulais expérimenter un médium qui se situe entre le roman graphique traditionnel et l’animation, en proposant une expérience narrative unique. Les éléments animés donnent vie à l’histoire d’une manière que les images statiques ne peuvent pas. L’animation ajoute du mouvement, parfois du son et une énergie qui créent une expérience plus immersive. Cela offre un juste milieu entre la lecture et le visionnage, rendant le format plus captivant.»
Quant à la palette de couleurs, où des néons éclatants se mélangent à des aplats beaucoup plus sombres, et l’esthétique graphique des lieux et personnages, ils nous transportent bel et bien dans un avenir lointain et très dépaysant. Sans oublier les courts morceaux musicaux accompagnant certaines des animations pour nous immerger encore plus dans le monde imaginé par Jonah Haché.
«J’ai été musicien pendant plus de 10 ans avant de me lancer dans les arts visuels, donc ma façon d’aborder la narration est profondément liée au son. La musique ajoute de la profondeur et de l’émotion que les visuels seuls ne peuvent pas transmettre, ce qui crée une expérience plus immersive […] renforce l’ambiance et complète la narration. [Elle] crée un lien instinctif avec le public, générant des moments de tension, de joie ou d’émerveillement. Elle enrichit l’histoire et en définit le ton, au sens figuré comme au sens littéral.»
Mais, ce qui fait toute l’originalité de cette œuvre, c’est qu’elle a été entièrement écrite en chiac, un patois acadien parlé dans le sud-est du Nouveau-Brunswick. Un parti-pris très peu commun et qui apporte une dimension supplémentaire au récit, une certaine symbolique, et un bel hommage à son patrimoine culturel.
«La culture acadienne a eu un énorme impact sur mon travail […] Ayant grandi en anglais, le chiac a été ma porte d’entrée. Pour moi, c’est le mariage de deux cultures. C’est aussi la langue que j’ai le plus entendue à Aberdeen, l’endroit où j’ai passé le plus de temps à travailler à Moncton.»
Bien que, de ce fait, l’histoire puisse paraitre confuse et pas toujours facile à comprendre pour ceux et celles qui ne sont pas habitués à l’emploi de ce dialecte, pour l’artiste, le choix de cette écriture et de ce langage est, au contraire, un encouragement à aborder cette culture «avec curiosité, et à le voir comme une fenêtre sur l’identité d’une autre région».
Il lui tenait ainsi à cœur d’écrire ce roman graphique en chiac. «Je voulais mettre en valeur la résilience de la culture acadienne et l’importance des espaces artistiques dans la communauté et la survie.»
Un projet riche et des plus originaux que l’auteur espère un jour pouvoir développer en film, motivé à continuer à porter son attachement à la culture acadienne et à embrasser son identité à travers son œuvre artistique.
