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Mois du patrimoine africain: tant de contributions scientifiques, envers et contre tout

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Gladys West et son collègue Sam Smith examinent des données issues du système de positionnement global (GPS), 1985. — PHOTO: Image dans le domaine public
Gladys West et son collègue Sam Smith examinent des données issues du système de positionnement global (GPS), 1985.
PHOTO: Image dans le domaine public

Quand nous pensons aux réalisations des grandes personnalités issues de la diaspora africaine, ici au Canada ainsi qu’aux États-Unis, notre esprit se tourne spontanément, j’ose croire, vers les arts et les sports. Et, lorsqu’est invoqué le problème historique et persistant du racisme, les hommages se portent vers les pionniers des droits civiques, comme Martin Luther King Jr. et Viola Desmond.

Mois du patrimoine africain: tant de contributions scientifiques, envers et contre tout
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N’en déplaise aux admirateurs d’Oscar Peterson – car j’en suis! – ou des sœurs Williams, reines du tennis, cette chronique se propose plutôt de mettre en lumière les contributions de plusieurs figures issues des communautés noires d’Amérique du Nord dans les domaines scientifiques. Car non seulement il y en a beaucoup, mais leurs trajectoires ont souvent été semées d’embuches, entre obstacles institutionnels, invisibilisation et reconnaissance tardive.

Ce thème m’est venu à l’idée en apprenant, il y a quelques jours de cela, le décès de Gladys West, mathématicienne américaine sans qui le monde moderne ne fonctionnerait tout simplement pas. Pendant des décennies, son nom est resté inconnu du grand public, alors même que ses calculs guidaient déjà des avions, des navires et, plus tard, des milliards de téléphones intelligents. 

Née en 1930 dans une Virginie rurale marquée par la ségrégation, elle grandit dans une famille agricole, où le travail était dur et les perspectives limitées. Très tôt, l’école s’impose pour elle comme une échappatoire.

Élève brillante, elle obtient une bourse qui lui permet d’étudier les mathématiques à la Virginia State University. En 1956, elle est embauchée au centre de recherche naval de Dahlgren, un environnement alors dominé par les hommes blancs, où elle devient l’une des rares femmes noires mathématiciennes.

C’est là que Gladys West consacre sa carrière à un défi scientifique colossal: décrire avec une précision extrême la forme réelle de la Terre à partir de données satellitaires. Ses modèles mathématiques, élaborés à l’aide des premiers ordinateurs de grande puissance, constituent une pierre angulaire du système GPS.

Longtemps ignorée, sa contribution ne sera pleinement reconnue qu’à la fin de sa vie. Elle laisse aujourd’hui l’image d’une scientifique rigoureuse, patiente et essentielle, dont l’héritage se lit chaque fois que nous cherchons notre chemin.

Malgré le traitement minimal que recevait l’histoire afro-américaine dans les manuels scolaires de mon enfance, un nom était régulièrement évoqué, avec un très grand respect: celui de George Washington Carver (v. 1864-1943).

Né dans le Missouri en pleine guerre de Sécession, ce jeune noir prénommé pour le Père de la nation américaine allait devenir l’un des scientifiques les plus influents des États-Unis. Orphelin très jeune, il fit de l’éducation, lui aussi, sa voie d’émancipation, étudiant l’agriculture et la botanique jusqu’à obtenir un diplôme universitaire, à une époque où de telles opportunités restaient rares pour les Afro-Américains. 

Sa carrière prend un tournant décisif lorsqu’il rejoint l’Institut Tuskegee, en Alabama. Pendant plus de 40 ans, Carver y travaillera à transformer l’agriculture du Sud, alors appauvrie par la monoculture du coton. Convaincu que la science devait servir directement les populations rurales, il encourage la rotation des cultures et introduit des plantes enrichissant les sols, comme la patate douce, le soja et surtout l’arachide.

Inventeur prolifique, il développe des usages industriels, alimentaires et domestiques à partir de plantes communes, afin d’offrir de nouvelles sources de revenus aux agriculteurs. Ainsi en est-il de l’arachide, pour laquelle Carver proposa des centaines d’utilisations, couvrant l’alimentation humaine et animale, les produits industriels, les cosmétiques et produits d’hygiène, les usages médicinaux ainsi que les amendements agricoles, démontrant la polyvalence économique et scientifique complète de la plante.

Plus qu’un inventeur, Carver fut un passeur de savoir, mettant la recherche scientifique au service de l’autonomie économique, de l’innovation durable et de la dignité humaine.

Mais n’ayons pas l’impression que l’ingéniosité ne se situe que de l’autre côté de la frontière – loin de là!

L’ingénieur et inventeur afro-canadien Elijah West vers 1895. 

PHOTO: Image dans le domaine public

Quand on parle du «vrai McCoy» pour désigner ce qui est authentique et fiable, peu de gens savent que cette expression renvoie à un inventeur bien réel: Elijah McCoy. Né en 1844 à Colchester, en Ontario, cet Afro-Canadien se fera connaitre comme l’un des ingénieurs les plus productifs de l’ère industrielle, malgré une vie jalonnée d’obstacles.

Fils de parents ayant fui l’esclavage aux États-Unis, McCoy grandit dans un Canada qui offrait la liberté, mais pas nécessairement l’égalité des chances. Formé en ingénierie mécanique en Écosse, il revient en Amérique du Nord avec une expertise rare, qu’il peine pourtant à faire reconnaitre. Cantonné à des emplois modestes dans le secteur ferroviaire, il transforme cette situation en terrain d’innovation.

C’est au contact quotidien des machines à vapeur qu’Elijah McCoy met au point un système de lubrification automatique permettant aux locomotives de fonctionner sans interruption prolongée. L’invention révolutionne l’industrie, améliore la sécurité et la productivité, et devient rapidement une référence. Face aux nombreuses copies en circulation, les acheteurs exigent alors «le vrai McCoy».

Avec des dizaines de brevets à son nom, Elijah McCoy laisse un héritage durable, symbole d’une créativité née de la persévérance et d’un génie sous-estimé au départ.

Ici en Nouvelle-Écosse, plusieurs Afro-Canadiens ont marqué durablement le secteur de la santé. Il suffit de rappeler le rôle pionnier de Clotilda Douglas-Yakimchuk (1932-2021), première diplômée noire de la Nova Scotia Hospital School of Nursing. Cette tradition se poursuit grâce aux activités de plusieurs chercheuses, dont la professeure Rita Orji de l’Université Dalhousie.

Informaticienne nigériano-canadienne, Rita Orji incarne une trajectoire scientifique forgée à la croisée de l’excellence académique et de l’engagement social. Elle est aujourd’hui titulaire d’une chaire de recherche du Canada en technologie de persuasion et directrice du laboratoire d’informatique persuasive. 

Son parcours débute loin des environnements numériques, dans le sud-est du Nigeria, avant de la mener vers une formation en informatique marquée par des résultats académiques exceptionnels et une spécialisation progressive en interaction humain-machine.

Installée au Canada pour ses études doctorales, Rita Orji s’est rapidement démarquée dans la recherche sur les systèmes interactifs capables d’influencer positivement les comportements humains. Ses travaux explorent la manière dont les technologies numériques, les jeux sérieux et l’intelligence artificielle peuvent promouvoir la santé, le bienêtre et l’autonomie, en particulier auprès de populations sous-représentées ou vulnérables.

Au-delà de la recherche, elle joue un rôle structurant dans l’écosystème scientifique canadien, en formant la relève, en dirigeant des projets interdisciplinaires et en défendant une vision éthique et inclusive de l’innovation technologique. Ainsi, la professeure Orji contribue à redéfinir le rôle social de l’informatique, comme levier de changement individuel et collectif.

West. Carver. McCoy. Orji. C’est une courte liste à laquelle tant d’autres noms pourraient s’ajouter. Mais il y a déjà, dans ces brèves esquisses biographiques, ample matière à réflexion pour ouvrir le Mois du patrimoine africain.

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