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Sa récente victoire au concours Le Beau Sauvetage de la Fiducie nationale du Canada est de très bon augure pour la sauvegarde d’un joyau du patrimoine architectural en Acadie.
Il parait donc de plus en plus probable que le clocher de Sainte-Marie continuera de dominer, du haut de ses 56,5 mètres, le ciel de la Pointe-de-l’Église. La vue quotidienne de la grande dame de la Baie Sainte-Marie peut nous rappeler — toutes proportions gardées — les merveilles modernes de la construction, comme le Burj Khalifa à Dubaï, le plus grand gratte-ciel du monde, ou encore la tour CN de Toronto, sans oublier l’immeuble Ascent MKE, actuellement le plus haut édifice en bois massif.
Mais ces méditations sur notre monument à nous m’incitent également à m’interroger sur les exploits réalisés dans l’autre sens, c’est-à-dire en creusant dans la terre. Étant originaire de la Louisiane, où la nappe phréatique est trop élevée pour nous permettre de doter nos maisons de caves, les structures souterraines, naturelles ou d’origine humaine m’ont toujours fasciné.
Je garde un souvenir des plus vifs d’un voyage familial au parc national des grottes de Carlsbad, au Nouveau-Mexique, quand j’avais huit ou neuf ans. Quand notre guide a éteint toutes les lumières et qu’on ne voyait plus rien au fond de la caverne, je me suis demandé comment on allait en sortir si l’éclairage tombait en panne!
Qu’en est-il alors des constructions humaines en profondeur? Jusqu’où sommes-nous allés en nous enfonçant dans la croute terrestre ? Explorons un peu.
Il se trouve que la distance la plus extrême que l’on peut atteindre sous la surface terrestre se trouve dans une mine d’or en Afrique du Sud. Exploitée par la société Harmony Gold, la mine de Mponeng descend par endroits jusqu’à quatre kilomètres de profondeur.
Boutiques et espaces publics au cœur du PATH, le centre commercial souterrain de Toronto.
Mais il y a des sites bien plus accessibles à fréquenter, comme les centres commerciaux souterrains, où, parmi d’autres types de boutiques, des bijouteries vendent des pierres et des métaux précieux issus de mines, comme celles de Mponeng.
Avez-vous déjà visité le PATH à Toronto? C’est le plus vaste complexe commercial enfoui au monde : plus de 30 km de galeries relient plus de 75 bâtiments, abritant environ 1 200 commerces sur 371 600 m² de surface. Chaque jour, près de 200 000 personnes y circulent sous le centre-ville.
Toronto n’est pas la seule métropole canadienne disposant d’une telle infrastructure. Montréal a son réseau piétonnier souterrain (le RÉSO), tandis que Halifax possède son Downtown Link, soit le système de passages piétonniers reliant divers immeubles et lieux de divertissement.
En contemplant ces cités sous la terre, on peut présumer qu’il s’agit d’un phénomène moderne, redevable aux progrès technologiques de l’ère industrielle. Ce n’est pas tout à fait vrai. En témoigne la ville souterraine de Derinkuyu, située dans le centre de la Turquie.
Creusée il y a plus de 15 siècles dans la roche volcanique de la Cappadoce, Derinkuyu s’enfonce sur près de 60 mètres et déploie un dédale vertigineux de 8 niveaux, pour une profondeur maximale de 85 mètres, abritant habitations, étables, chapelles et écoles. Ses systèmes de ventilation sophistiqués assuraient la survie dans ce refuge, capable d’accueillir des milliers de personnes.
Développée pleinement sous l’Empire byzantin, Derinkuyu permettait aux populations locales de se dissimuler durant les invasions, grâce à ses entrées dissimulées et à ses lourdes portes de pierre scellant les galeries.
À l’inverse de Derinkuyu, conçue comme un refuge collectif, les tunnels creusés par le Hamas à Gaza relèvent essentiellement d’une infrastructure militaire contemporaine, conçue pour la mobilité stratégique et le combat asymétrique.
Les estimations situent la longueur totale du réseau entre 560 et 725 km, ce qui en ferait l’un des systèmes souterrains militaires les plus étendus jamais construits dans une zone urbaine aussi restreinte. Cela étant dit, sa profondeur ne dépasse pas celle de Derinkuyu.
Aux objectifs miniers, commerciaux et militaires s’ajoutent aussi les impératifs de la recherche scientifique. C’est dans la province du Sichuan, en Chine, région connue pour ses pandas et pour sa cuisine épicée, que se trouve le laboratoire le plus éloigné de la surface de la Terre, à savoir le China Jinping Underground Laboratory.
Creusé à plus de 2 400 mètres sous la montagne Jinping, dans un massif de marbre, ce sanctuaire scientifique bénéficie du meilleur blindage naturel au monde contre les rayons cosmiques. Depuis son inauguration en 2010, le laboratoire accueille des expériences de pointe sur la matière noire, les neutrinos et la physique des particules, exploitant le silence presque absolu d’un environnement soustrait au bruit de l’univers de surface.
Enfin, il serait incomplet de ne pas évoquer le puits artificiel le plus profond de l’histoire, c’est-à-dire le forage profond de Kola, dans l’Arctique russe. Achevé en 1989 après près de 20 ans de travaux, ce trou tout rond atteint une profondeur record de 12 262 mètres — l’équivalent de 217 églises Sainte-Marie!
Conçu pour explorer la croute terrestre plutôt que pour l’extraction, il a révélé des conditions extrêmes — notamment des températures bien supérieures aux prévisions — qui ont finalement mis fin à l’expérience.
Évoqués ici par un simple caprice de ma part, tous ces sites témoignent de l’ingéniosité de l’être humain ainsi que de la richesse de notre planète, si mystérieuse et si fragile en même temps.
