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Elle a élevé six enfants, perdu son mari dans un accident tragique, survenu quelques années avant ma naissance, puis laissé couler les années qui lui restaient jusqu’en 2010. Dotée d’une personnalité un peu particulière, elle aimait les potins et avait un sens de l’humour à toute épreuve.
Ma grand-mère me manque beaucoup, et plus que d’habitude en cette semaine qui lui aurait compté un siècle.
Plusieurs figures marquantes partagent son année de naissance. Ont également vu le jour en 1926, l’économiste Alan Greenspan (6 mars), feue Sa Majesté la reine Elizabeth II (21 avril), l’actrice et mannequin Marilyn Monroe (1er juin), et le révolutionnaire et chef d’État cubain Fidel Castro (13 aout), pour ne nommer que celles et ceux-là.
Parmi ces quatre personnalités, il n’y a que monsieur Greenspan, qui est toujours vivant et donc qui, espérons-le pour lui et sa famille, viendra grossir les rangs des quelque 700 000 centenaires qui nous aident à peupler la terre, dont plus de 12 000 Canadiennes et Canadiens.
Savez-vous ce qui se passait dans le monde quand vous êtes venu au monde? Il m’est déjà arrivé de jeter un coup d’œil sur l’édition du journal de ma ville natale qui sortait en même temps que… moi. Je ne vous en dirai pas davantage cette fois-ci, car ce qui m’intéresse véritablement, ce sont les grands évènements d’il y a un siècle, quand ma grand-mère, elle, était nouvelle-née, puis petite bébé.
Le physicien et inventeur Robert Goddard avec la fusée qu’il a lancée le 16 mars 1926.
La Grande Dépression de la décennie suivante ne se montrait pas encore à l’horizon. C’était les «années folles» de l’entre-deux-guerres, dites les «Roaring Twenties» en anglais, caractérisées par des changements majeurs sur le plan économique et social.
Je ne vous parlerai pas de l’incendie qui a emporté une partie du Château Frontenac ni de la sortie du premier film d’Alfred Hitchcock. Il ne s’agira pas non plus de l’exploit de Gertrude Ederle, première femme à traverser la Manche à la nage, ou même de la grève générale qui allait secouer le Royaume-Uni, du 4 au 12 mai, en appui aux mineurs menacés d’une diminution salariale, avant de s’achever par la capitulation des syndicats.
Je mentionnerai quand même l’ouragan dévastateur de l’été 1926, l’un des plus meurtriers de l’histoire de la Nouvelle-Écosse, qui couta la vie à une cinquantaine de marins et pêcheurs sur les hautsfonds de l’ile de Sable.
Et loin de moi de passer sous silence la création de l’Ordre de Jacques-Cartier, surnommée «la Patente». Comme l’a bien montré le documentaire de Phil Comeau, L’Ordre secret, cette société clandestine allait défendre et promouvoir les intérêts des Canadiens francophones, y compris en Acadie, pendant plus de 40 ans.
Mais retenons surtout trois faits déterminants pour l’avenir à l’échelle mondiale.
En 1926 s’annonçait une transformation profonde au sein de l’Empire britannique, à la suite de la Conférence impériale tenue à Londres. C’est pendant ce sommet qu’un comité, travaillant sous la direction de Lord Arthur J. Balfour, va recommander l’égalité de statut entre le Royaume-Uni et plusieurs de ses «dominions», à savoir le Canada, l’Afrique du Sud, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’État libre d’Irlande. (Il n’était pas encore question d’émanciper l’Inde ou les autres colonies d’Afrique.)
Le rapport de ce comité deviendra un document fondateur du Commonwealth moderne lorsque ses conclusions seront enchâssées dans le Statut de Westminster, adopté par le Parlement britannique en 1931.
Il s’agit donc d’un très grand pas vers l’indépendance réelle de notre pays, en ce qui concerne ses pouvoirs juridiques et sa politique étrangère.
À noter que la Conférence de 1926 avait été provoquée en partie par le refus du gouverneur général Julian Byng de dissoudre le parlement à la demande du premier ministre Mackenzie King. La crise politique qui en résulte allait soulever la question de l’autorité constitutionnelle, abordée de front dans le Rapport Balfour.
De l’autre côté du globe, la Chine d’alors se trouvait en proie à des divisions et des conflits depuis l’abolition de la dynastie Qing en 1911. C’est en 1926 que le général Tchang Kaï-chek allait consolider sa mainmise sur le principal parti nationaliste, le Kuomintang, sous la République de Chine. En entretenant une alliance fragile avec les communistes, il lançait au mois de juillet l’Expédition du Nord. Cette campagne brutale et audacieuse avait pour but de mettre fin au pouvoir des seigneurs de la guerre et, ce faisant, d’unifier le pays.
La réussite de l’Expédition du Nord va permettre au Kuomintang d’établir un gouvernement plus solide, mais de courte durée. L’année suivante, la répression des communistes, qui prend une tournure effroyable lors du massacre de Shanghai d’avril 1927, va déclencher une guerre civile ouverte entre nationalistes et communistes.
Plus de deux décennies plus tard, en 1949, ce conflit sera remporté par le Parti communiste chinois de Mao Tsé-toung. Tchang et ses partisans devront alors se replier sur l’ile de Taïwan, que la Chine considère toujours comme une province rebelle et souhaite toujours la récupérer.
Pour fermer notre tour d’horizon des faits saillants d’il y a un siècle, sortons du domaine géopolitique pour apprécier une avancée dans l’astronautique. C’est le 16 mars 1926, à Auburn, au Massachusetts, qu’eut lieu le premier vol réussi d’une fusée à propulsion liquide, lors d’une expérience effectuée par le scientifique américain Robert Goddard, physicien et ingénieur. Même si cet engin n’a atteint qu’une altitude de 12,5 mètres, en 2,5 secondes, avant de retomber sur le sol, l’exploit de Goddard a prouvé l’efficacité du mélange d’essence et d’oxygène liquide, et a ainsi validé la possibilité de voyager dans l’espace.
Les recherches de Goddard sur les technologies de propulsion allaient se poursuivre jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Avec le théoricien russe Konstantin Tsiolkovski et l’ingénieur allemand, puis américain, Wernher von Braun, il est reconnu comme l’un des grands pionniers de l’astronautique. En 1959, la NASA a nommé en son honneur le centre de vol spatial Goddard, situé à Greenbelt, dans le Maryland.
Décidément, l’année de naissance de ma grand-mère allait abonder en évènements significatifs, voire transformateurs. Au regard de l’actualité, 2026 s’annonce comme une année charnière dans l’histoire contemporaine – porteuse de progrès, de défis… ou des deux à la fois.
