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Certains enjeux d’avenir ne peuvent pas être traités en travaillant en silo. Il en est de la pérennité de la langue française dans nos milieux, par exemple, tout comme il en va pour la préservation et la valorisation de notre patrimoine culturel. Tandis que les uns s’inquiètent de la négligence de nos édifices historiques, dont la sauvegarde requiert sensibilisation et mobilisation, les autres s’activent pour favoriser les arts, la culture et les savoir-faire qui nous sont propres. Ces éléments de la culture acadienne représentent autant de moteurs du développement de nos communautés, à travers le tourisme, les festivals et j’en passe.
Pour y arriver, le dialogue, la coopération et la mise en commun des ressources sont de première nécessité. Que pouvons-nous faire ensemble, comme citoyennes et citoyens? Quelles stratégies les organismes à vocation culturelle peuvent-ils adopter à cet égard?
Voilà quelques questions qui me trottaient dans la tête depuis le Congrès mondial acadien de 2024. Et je suis loin d’être le seul à y penser…
De gauche à droite: Laurier Turgeon, Natalie Robichaud, Daniel Robichaud et Carmen d’Entremont, aux côtés de Denise Comeau-Desautels, Stéphanie St-Pierre et Stéphanie Maillet.
En parlant avec quelques amis et collaborateurs ici, à la Baie Sainte-Marie, nous avons décidé qu’il serait utile et agréable de faire intervenir un expert dans le domaine du patrimoine. Le nom du professeur Laurier Turgeon m’a été suggéré par Carmen d’Entremont.
Qui est-il? Professeur d’histoire et d’ethnologie à l’Université Laval, M. Turgeon est un éminent spécialiste du patrimoine immatériel et matériel dans les contextes coloniaux et postcoloniaux. Originaire de l’Alberta, il a été titulaire d’une Chaire de recherche du Canada en patrimoine immatériel, de 2003 à 2017, et de la Chaire William MacKenzie King en études canadiennes à l’Université Harvard, de 2006 à 2007.
Il dirige le Laboratoire d’enquête ethnologique et multimédia (LEEM) depuis 2004 et le programme de Baccalauréat en sciences historiques et études patrimoniales (BISHEP) depuis 2016. Auteur de plusieurs ouvrages et de nombreux articles, il a œuvré auprès de l’UNESCO et de plusieurs autres institutions.
Et je m’empresse d’ajouter: c’est quelqu’un de très sympathique qui se veut solidaire de la communauté acadienne de la Nouvelle-Écosse.
M. Turgeon s’est donc rendu dans notre région en mi-novembre pour rencontrer des actrices et acteurs du milieu du patrimoine, pour discuter de nos défis et réfléchir ensemble à des solutions. C’était inspirant et stimulant – c’est le moins que l’on puisse dire!
Avant d’aller plus loin, je tiens à souligner que la visite du professeur Turgeon a été rendue possible grâce à une subvention du Secrétariat du Québec aux relations canadiennes, dans le cadre du Programme d’appui à la francophonie canadienne et en coopération avec l’Office des affaires acadiennes et de la francophonie. Et nous pouvons en être très reconnaissants.
Le but de son intervention, c’était d’organiser un forum public sur le patrimoine culturel acadien, afin de brasser les idées et en tirer des pistes de solution. Porté par l’Observatoire Nord/Sud, le projet a rallié plusieurs organismes partenaires et participants, dont la Société acadienne de Clare, La Vieille Maison, la Société historique acadienne de la Baie Sainte-Marie, la Commission de développement de Bangor, l’Association Sainte-Marie héritage et développement et la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse, à travers son initiative Patrimoine acadien de la Nouvelle-Écosse (PANÉ).
Ce forum a eu lieu dans la matinée du samedi 15 novembre dernier, au Richelieu, à la Butte, en marge de l’assemblée générale annuelle de la Société acadienne de Clare. La veille, le professeur Turgeon avait eu la chance de découvrir quelques sites, comme La Vieille Maison et le lieu du moulin de Bangor, tout en appréciant nos paysages côtiers.
Devant un feu crépitant et en présence d’un public enthousiaste, il s’est entretenu avec plusieurs membres du secteur patrimonial, en l’occurrence Daniel Robichaud, Natalie Robichaud, Carmen d’Entremont, Denise Comeau-Desautels, Stéphanie St-Pierre et Stéphanie Maillet.
En guise de mot d’ouverture, M. Turgeon a expliqué plusieurs notions liées au patrimoine. Par exemple, nous distinguons entre le patrimoine matériel – les objets, les édifices, les monuments, les œuvres d’art, etc. – et immatériel – les arts, comme la musique et le conte, les pratiques, les traditions et les savoir-faire.
Il a également insisté sur l’importance de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, adoptée par l’UNESCO en 2003. Malheureusement, le Canada n’a jamais ratifié ce document, ce qui nous empêche de solliciter l’UNESCO en faveur du patrimoine vivant acadien.
Le professeur Turgeon nous a suggéré de faire pression sur nos élus pour encourager le gouvernement fédéral à signer cette convention. Serait-ce peut-être un dossier pour notre député fédéral, Chris d’Entremont?
Ensuite, les représentantes et les représentants des organismes acadiens ont pris la parole. La passion du patrimoine, la résilience communautaire et la volonté d’échange étaient au rendez-vous. Dans le sillage de leurs remarques, les bonnes idées ont coulé à flots lors d’une discussion ouverte.
Ma collègue Stéphanie St-Pierre, professeure d’histoire à Sainte-Anne et cofondatrice du comité de sauvegarde de l’église Sainte-Marie, revenait tout juste du congrès national de la Fiducie nationale du Canada, où les efforts de son association étaient à l’honneur. Vers la fin du forum, elle a exprimé son impression qu’un véritable mouvement pour le patrimoine acadien était en train de naitre.
C’est ce que nous pouvons souhaiter. Il n’y a pas de place ici, dans cette modeste chronique, pour présenter toutes les questions et tous les propos formulés lors de ce forum. Cependant, l’enregistrement de cette activité sera diffusé plus tard sous forme de balado. Tout le monde aura donc la chance de revivre cette occasion et de poursuivre le dialogue.
Pour ma part, il me semble que nous assistons, depuis quelque temps, à une effervescence d’initiatives particulières sur des projets spécifiques. Il y a beaucoup d’énergie et de dynamisme. Le prochain pas consistera à fédérer ces efforts. Le PANÉ va dans ce sens-là et nous verrons ce qui pourra en sortir. L’union fait la force: ne l’oublions pas!
