le Vendredi 5 juin 2026
le Vendredi 24 octobre 2025 9:00 Rubrique - Au rythme de notre monde

La course à la mairie de New York: l’âme du Parti démocrate en jeu?

Pourquoi faire confiance à Le Courrier
Zohran Mamdani lors du rassemblement « Resist Fascism » (Résistez au fascisme) à Bryant Park, le 27 octobre 2024.  — PHOTO: Bingjiefu He - Wikimedia Commons
Zohran Mamdani lors du rassemblement « Resist Fascism » (Résistez au fascisme) à Bryant Park, le 27 octobre 2024.
PHOTO: Bingjiefu He - Wikimedia Commons

Depuis sa cuisante défaite électorale en novembre dernier, le Parti démocrate des États-Unis se trouve coincé entre désespoir et introspection. Plusieurs jugent que les questions identitaires auraient pris trop de place parmi ses priorités, au détriment des soucis financiers de la classe moyenne.

La course à la mairie de New York: l’âme du Parti démocrate en jeu?
00:00 00:00

Type de contenu: Rubrique

D’autres analystes déplorent l’absence d’une relève forte pour résister aux dérives autoritaires du président Donald Trump. Il y a consensus, toutefois, sur l’absence d’une vision claire et inspirante pour rallier le peuple américain.

Quel avenir se dessine donc pour les démocrates? À qui appartiendra l’âme de ce parti – le plus vieux au monde et celui de Roosevelt, Kennedy et Obama? Ces enjeux sont en train de s’imposer dans la course à la mairie de New York, où les attentes ont été bousculées par la montée fulgurante d’un jeune et charismatique progressiste du nom de Zohran Mamdani.

Pour devenir numéro un de la Grosse Pomme, il devra vaincre Andrew Cuomo, ancien gouverneur (2011-21) et secrétaire au Logement et au Développement urbain sous Bill Clinton, tombé en disgrâce pour cause d’allégations de harcèlement sexuel, et Curtis Sliwa, le candidat républicain. Depuis la victoire surprise de Mamdani aux primaires de juin dernier, une telle issue semble de plus en plus probable.

Taxis près du Madison Square Garden à New York. 

PHOTO: Mario Roberto Durán Ortiz, Wikimedia Commons

Âgé de 34 ans, Mamdani siège actuellement à l’Assemblée législative de l’État de New York en tant que délégué d’une circonscription de Queens. Depuis son élection en 2021, il s’est fait connaitre comme l’un des porte-flambeaux de l’aile gauche du Parti démocratique, à l’instar d’Alexandria Ocasio-Cortez, représentante au Congrès. 

En effet, l’un et l’autre de ces hérauts de la nouvelle garde du progressisme américain appartiennent aux socialistes démocrates d’Amérique. Petite, mais influente, cette organisation, qui compte également parmi ses membres le sénateur indépendant Bernie Sanders, milite pour la justice économique et sociale, et contre les excès du capitalisme.

L’adhésion de Mamdani à ce groupe lui a attiré les foudres du président Trump, qui a traité le candidat de «communiste». Fidèle aux tactiques qu’il préconise ailleurs, l’occupant de la Maison-Blanche a même menacé de créer «des problèmes» pour la ville de New York en retirant des fonds fédéraux, si Mamdani est élu. 

Or, les sondages lui attribuent une longueur d’avance écrasante par rapport à ses rivaux. Même si son programme est qualifié d’irréaliste par ses détracteurs, ses propositions résonnent chez grand nombre de ses concitoyens qui étouffent sous le poids du cout de la vie: gel des loyers, garderie publique gratuite, lignes d’autobus exemptées de tarifs et plusieurs autres mesures visant la crise de l’abordabilité.

Alors que la campagne de Mamdani a suscité une mobilisation massive chez la génération Z, qui raffole de ses prestations dans les médias sociaux, son profil a également fait froncer quelques sourcils. 

Fils du professeur Mahmood Mamdani de l’Université Columbia, spécialiste d’études africaines et du postcolonialisme, et de la cinéaste Mira Nair, connue pour la comédie dramatique Le Mariage des moussons (ou Monsoon Wedding, 2001), entre autres, il est devenu citoyen américain en 2018, après ses études universitaires. Tant son origine étrangère que sa religion musulmane, de confession chiite, font de Mamdani à la fois une figure pionnière et une cible d’attaques xénophobes.

Y a contribué son soutien robuste, indéfectible et de longue date à la cause palestinienne, assorti de dénonciations stridentes des atrocités commises par l’État d’Israël. Cet engagement lui a valu une méfiance initiale chez une partie de la communauté juive, très nombreuse. 

Non contente de déplorer ces prises de position, l’administration Trump a soulevé la possibilité de retirer la citoyenneté de Mamdani. Ce serait un grave manquement aux normes démocratiques, pourtant conforme aux agissements qu’on lui connait. Mais Cuomo, qui vante sa capacité à tenir tête au président, n’hésite pas à jouer sur le même tableau. 

Tout récemment, l’ancien gouverneur, qui est aussi le fils d’un des politiciens les plus admirés de l’histoire de l’État, a essayé de ternir la réputation de son jeune adversaire en l’accusant d’homophobie après que Mamdani s’est fait photographier avec un imam très populaire, mais aussi connu pour certains points de vue conservateurs. Toujours est-il que le candidat s’est toujours affirmé comme un allié de la communauté LGBTQIA+.

Jusqu’ici, le favori des sondages a évité les pièges qu’on a voulu lui tendre. Il s’est plutôt appuyé sur ses succès en faveur des classes moyennes et populaires. Parmi ceux-ci, on peut citer la grève de la faim qu’il a menée en 2021, afin d’obtenir un allègement des dettes qui accablaient beaucoup de chauffeurs de taxi, des dettes encourues pour l’octroi de licences aux prix exorbitants. 

Il faut donc y voir une tactique désespérée de la part de Cuomo qui représente, lui, l’élite vieillissante – et chancelante – du Parti démocrate. Il en va de même pour le maire sortant, Eric Adams, entaché de scandales de corruption, et du puissant sénateur Chuck Schumer, qui a refusé jusqu’ici d’appuyer Mamdani.

C’est dire à quel point la vague d’enthousiasme pour ce dernier fait peur à cette élite-là.

Les élections municipales auront lieu le 4 novembre prochain. Nous devrions nous y intéresser pour trois raisons.

Tout d’abord, comme je l’ai déjà suggéré, une victoire de Mamdani pourrait envoyer un signal au Parti démocrate au niveau national, quant à son style et à sa substance.

Deuxièmement, les réussites éventuelles d’une administration Mamdani viendraient apporter un démenti à la perception négative à l’égard des villes gérées par des maires démocrates. C’est justement en pointant du doigt la criminalité, l’incompétence politique et le laxisme envers l’immigration clandestine que Trump justifie le déploiement de troupes fédérales dans plusieurs de ces villes.

Et finalement, les politiques des grandes métropoles ont toujours un impact bien au-delà des limites de celles-ci. Si New York peut mettre en œuvre des mesures progressistes en matière de logement et de transport, pourquoi pas Vancouver ou même Halifax, aux prises avec des défis similaires?

L’avenir nous le dira – et c’est un avenir proche.

Type: Rubrique

Rubrique: Une rubrique est un article journalistique publié périodiquement portant sur un sujet particulier et rédigé par un journaliste spécialisé dans ce domaine.

Pour consulter nos pratiques exemplaires et politiques journalistiques, cliquez ici.

Contactez la rédaction - Proposer une correction - Faire une suggestion - Contactez l'équipe