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le Vendredi 26 septembre 2025 11:00 Rubrique - Au rythme de notre monde

L’Acadie en perspective mondiale

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La professeure Michelle Landry prend la parole lors du lancement à l’Université de Moncton, en compagnie de ses collègues Isabelle LeBlanc, Corina Crainic et Joel Belliveau.  — PHOTO: Clint Bruce
La professeure Michelle Landry prend la parole lors du lancement à l’Université de Moncton, en compagnie de ses collègues Isabelle LeBlanc, Corina Crainic et Joel Belliveau.
PHOTO: Clint Bruce

Les études acadiennes sont en plein essor. À la convergence de plusieurs disciplines, de l’histoire à la linguistique en passant par la sociologie, la science politique et celles de l’environnement, ce champ nous aide à mieux saisir la richesse, les spécificités ainsi que les défis de la collectivité acadienne et des communautés d’origine acadienne. Ce sont autant de repères essentiels dans le monde mouvementé que nous connaissons, même lorsqu’il

L’Acadie en perspective mondiale
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Au printemps dernier est paru un ouvrage dans cet esprit-là, Repenser l’Acadie dans le monde : études comparées, études transnationales, que j’ai eu le plaisir de codiriger avec mon ami et collègue Gregory M.W. Kennedy, ancien directeur de l’Institut d’études acadiennes (IÉA) de l’Université de Moncton et maintenant doyen à l’Université de Brandon. Publié aux Presses universitaires McGill-Queen’s. 

La préparation de ce livre, qui rassemble 17 chapitres, aura mobilisé plus d’une vingtaine de chercheur(e)s. Il s’agit de l’un des principaux projets de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT), que j’occupe depuis 2015, en collaboration avec l’IÉA.

Au moment d’écrire ces lignes, une série de lancements de cet ouvrage vient d’avoir lieu, à la faveur d’une visite du professeur Kennedy dans les provinces maritimes. Nous étions d’abord à la Pointe-de-l’Église, puis à Halifax et enfin à Moncton. Je me permets donc de donner un coup de pub pour Repenser l’Acadie dans le monde, moins pour essayer d’en vendre des exemplaires – mais pourquoi pas quand même ? – que pour attirer l’attention sur les nouvelles recherches en études acadiennes. 

Dès le début de cette initiative, nous avons posé aux membres de notre collectif le défi de «situer l’Acadie dans une double perspective, comparée et transnationale», pour citer notre introduction. C’est-à-dire, soit de comparer un aspect de l’expérience acadienne avec la situation d’une autre société, soit d’étudier une dimension «hors frontières» de l’Acadie… même si la définition de ces frontières n’a jamais été très claire. 

Au lieu d’isoler l’Acadie de son contexte mondial, par exemple, en insistant sur l’exceptionnalité du Grand Dérangement, nous avons voulu l’aborder comme «terrain d’enquête parmi d’autres et en relation avec d’autres».

Ainsi, notre projet rejoint le courant des réflexions et recherches inscrivant l’Acadie dans la mondialisation, en mettant l’accent sur l’ouverture et la diversité.

Les réponses à notre appel ont porté leurs fruits, cultivés par les membres de notre équipe, déjà engagés dans des recherches passionnantes, et muris à travers une série de rencontres et d’ateliers. 

Ces échanges avaient pour but de stimuler nos réflexions, de susciter la rétroaction et de jeter des ponts entre les travaux de tout le monde. C’était là l’un des aspects les plus agréables de notre direction de Repenser l’Acadie dans le monde. En outre, ces démarches ont été accompagnées d’activités pour le public.

Tout au long de ce processus, notre initiative aura bénéficié de l’appui de plusieurs institutions et partenaires, à commencer par l’Institut L.-R.-Wilson de l’Université McMaster, où Gregory et moi avons tous les deux le statut de chercheur invité. 

Nous avons bien sûr reçu le précieux soutien de nos universités respectives ainsi que de l’Institut de recherche Gorsebrook pour l’étude du Canada atlantique, où se trouve le renommé historien John Reid, qui signe l’épilogue du livre. 

Une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) a rendu possible notre premier atelier, tenu en 2019, tandis que la publication du livre chez McGill-Queen’s a été facilitée par la Fédération des sciences humaines, dans le cadre du Prix d’auteurs pour l’édition savante.

Excusez du peu!

Comment s’y prend-on donc pour «repenser l’Acadie» en perspective mondiale? Qu’est-ce que cela veut dire au juste?

Hormis les deux orientations indiquées dans le titre, nous n’avons pas imposé de thèmes spécifiques aux auteurs(trices). C’était plutôt à ces derniers(nières) de proposer des sujets pour leurs contributions respectives, ce qui allait donner des résultats originaux et impressionnants. Les chapitres de l’ouvrage couvrent toutes les périodes, de l’époque coloniale jusqu’au 21e siècle.

En revanche, nous avons demandé à tous les membres de l’équipe d’expliquer, en début de chapitre, de quelle conception de l’Acadie ils se servent – celle de la communauté linguistique du Canada atlantique, par exemple, ou bien celle issue de la diaspora et éparpillée sur plusieurs continents – puis de préciser en quoi ils avaient l’intention de repenser cette Acadie-là.

Dans son chapitre intitulé «“Notre lutte est aussi votre lutte” : mouvements de jeunes, tiers-mondisme et petite société acadienne des années 1970», Philippe Volpé s’intéresse à la coopération et à la solidarité internationale. En étudiant les expériences de quelques militant(e)s, il démontre comment «ces itinéraires d’Acadiennes et d’Acadiens ont eu une incidence sur les idées qu’ils ont défendues et les projets qu’ils ont dirigés en Acadie» par la suite, surtout au Nouveau-Brunswick.

Pour Carmen d’Entremont, qui a donné un aperçu de son chapitre lors du lancement du jeudi 18 septembre, à l’Université Sainte-Anne, ce n’est pas tout à fait la même Acadie, ni donc la même façon de la repenser. Il s’agit plutôt de l’univers socioculturel des Acadien(ne)s du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, et de leurs descendants, qui ont émigré en Nouvelle-Angleterre entre la fin du 19e siècle et le milieu du 20e siècle. Ce que sa contribution nous aide à repenser, c’est l’idée reçue selon laquelle ces Américain(e)s d’origine acadienne n’auraient plus de lien avec leur terre d’origine.

Bien évidemment, l’ampleur du livre m’empêche de donner un aperçu de chacun des chapitres, qui sont d’ailleurs très variés. Malgré cela, nous avons pu dégager quelques fils conducteurs très forts, qui s’expriment à travers trois grandes questions. 

La première est: «Qui parle pour l’Acadie?» Autrement dit, quel discours tente de représenter le peuple acadien et qui peut s’estimer capable de porter ce discours, et ce, à différentes époques?

Nous nous efforçons également de remettre en question ce que nous appelons «la fausse coupure de l’Acadie coloniale et contemporaine». Oui, la Déportation constitue une indéniable rupture, mais celle-ci est parfois exagérée. Il y a aussi des continuités que plusieurs chapitres examinent avec brio.

Enfin, nous essayons d’élucider la convergence ou la divergence des objectifs du peuple acadien et de sa diaspora. Y a-t-il consensus sur l’orientation des grands projets collectifs? Sinon, quels intérêts entrent en tension? Cet angle est exploré notamment par la sociologue Michelle Landry dans son étude de la place de l’Acadie aux sommets de la Francophonie internationale.

Je ne vous le cacherai pas: Repenser l’Acadie dans le monde est un livre costaud, tant et si bien que ce n’est pas tout le monde qui voudra le lire du début à la fin. Toujours est-il que toutes les personnes s’intéressant aux études acadiennes y trouveront leur compte d’une manière ou d’une autre.

Toutefois, il y a une autre parution récente que bon nombre de lecteurs pourront dévorer sans hésitation, à savoir le nouvel ouvrage signé par mon collaborateur Gregory Kennedy, Lost in the Crowd: Acadian Soldiers of Canada’s First World War (MQUP, 2024). Ce livre reconstitue l’expérience des Acadiens des Maritimes qui ont participé à la Première Guerre mondiale, dans une approche rigoureuse et dans un style accessible. L’étude est centrée sur le 165e Bataillon, dit le «Bataillon acadien», dont faisaient partie plusieurs soldats originaires du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. 

À côté des lancements qui ont eu lieu les 18, 19 et 22 septembre, Gregory a également eu la chance de parler de Lost in the Crowd, livre qui contribue, lui aussi, à repenser l’expérience acadienne dans un moment crucial de l’histoire moderne. 

D’autres activités sont prévues pour le mois d’octobre. Ce seront autant d’occasions de mieux comprendre l’Acadie en perspective mondiale et aussi le monde à travers l’Acadie. 

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