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La diplomatie du panda, ou la grande séduction chinoise

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Visite de la première dame des États-Unis au zoo de Beijing, février 1972. — PHOTO : Fondation Nixon (Image dans le domaine public)
Visite de la première dame des États-Unis au zoo de Beijing, février 1972.
PHOTO : Fondation Nixon (Image dans le domaine public)

C’était un geste fort pour marquer un tournant historique dans les relations entre deux pays jusque-là antagonistes. En avril 1972, la première dame des États-Unis, Pat Nixon, épouse du président Richard Nixon, accueillait une délégation venue de la République populaire de Chine, où elle avait accompagné son mari deux mois plus tôt.

La diplomatie du panda, ou la grande séduction chinoise
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Les invités venaient pour tenir une promesse faite à madame Nixon par le premier ministre chinois Zhou Enlai: offrir deux pandas géants au Zoo national à Washington DC. 

Ces deux ours, Ling-Ling et Hsing-Hsing, devaient servir d’ambassadeurs en incarnant le renouveau de l’amitié sino-américaine après plusieurs décennies d’hostilités dans le contexte de la guerre froide. Symbole de culture chinoise et «trésor national», le panda géant, ou Ailuropoda melanoleuca, est l’un des animaux les plus aimés et les plus reconnaissables de toutes les espèces. En témoigne la série de films animés Kung Fu Panda, hommage américain à l’emblème chinois.

Par don ou par prêt aux pays étrangers, la «diplomatie du panda» est devenue l’une des stratégies de la Chine depuis sa politique d’ouverture sur le monde extérieur, après la période révolutionnaire sous l’autorité de Mao Zedong. De nos jours, on le sait bien, les rapports avec les États-Unis sont mis à mal par l’approche protectionniste de Donald Trump. D’adorables ours au pelage noir et blanc pourront-ils contribuer au dialogue entre les peuples, malgré les conditions politiques de plus en plus corsées?

De nos jours, il y aurait moins de 2000 pandas géants vivant encore dans leur habitat naturel, c’est-à-dire dans les forêts denses des provinces du Sichuan et du Shaanxi, dans le centre de la Chine. De plus, environ 600 individus évoluent en captivité, soit dans des zoos, soit, pour la majorité, dans des centres de recherche et d’élevage. Grâce aux efforts de conservation, ils ne sont plus considérés parmi les espèces menacées, mais demeurent vulnérables, selon le Fonds mondial pour la nature (World Wide Fund for Nature ou WWF).

L’un des pandas qui séjournaient au Zoo de Toronto en 2016.

PHOTO : Mehran Karimzadeh (Wikimedia Commons)

Si la diplomatie animalière est attestée dès l’Antiquité, aussi bien en Occident qu’en Asie, c’est au milieu du vingtième siècle que la Chine commence à jouer la carte du panda. Depuis 1984, il ne s’agit plus de dons, mais de prêts sous bail de 10 ans. 

Par exemple, en 2013, le Zoo de Toronto accueillait Er Shun, une femelle, et Da Mao, un mâle, qui devaient passer la moitié de leur séjour dans cet établissement avant d’être transférés à Calgary. Devenue enceinte par insémination artificielle, Er Shun donnait naissance deux ans plus tard à des jumeaux, Jia Panpan, un mâle, et Jia Yueyue, une femelle. 

Les quatre ours ont déménagé à Calgary en 2018. Malheureusement pour les résidents humains de Cowtown, ce zoo a retourné ses invités en Chine pendant la pandémie de COVID-19, en raison de la difficulté d’obtenir du bambou, principale nourriture du panda.

Cet incident soulève l’un des enjeux majeurs de la diplomatie du panda: le principe de réciprocité. Lorsque la Chine accepte d’envoyer une paire de pandas dans un pays étranger, c’est l’expression d’une marque de confiance, certes. 

De l’autre côté, il doit y avoir un engagement important de la part du pays hôte. La location des pandas coute environ 1 million de dollars par année. L’entretien de ces impressionnants mammifères implique des couts et des ressources considérables, ainsi que des expertises sur l’espèce pour assurer leur épanouissement. C’est donc donnant donnant.

Le prêt des pandas ne se résume jamais à un simple geste d’amitié entre la Chine et une autre nation. Des questions politiques, souvent délicates, en font toujours partie. Cette réalité est ressortie de manière frappante lorsqu’il a été question d’envoyer des pandas à Taïwan, en 1998. 

Pour la République populaire de Chine, l’ile de Taïwan constitue une province rebelle, tandis que cette dernière, appelée la République de Chine, résiste à l’intégration au sein d’un pays communiste. 

Il fallait donc déterminer, pour diverses raisons liées à la gestion des espèces menacées, s’il s’agissait d’un transfert interne des ours ou d’un prêt à l’étranger. Un compromis a été atteint après l’élection d’un gouvernement moins hostile à Beijing.

Un reportage de l’Institut Lowy, en Australie, souligne que les récents gouvernements chinois utilisent les pandas pour récompenser les politiques alignées sur les intérêts de la Chine: « Par exemple, Adélaïde, en Australie-Méridionale, a reçu des pandas en 2009, peu après que l’Australie a accepté de vendre de l’uranium à la Chine.»

Cette approche s’est poursuivie sous la présidence de Xi Jinping: «Au cours de la dernière décennie, la diplomatie du panda a joué un rôle plus important dans les efforts plus larges de la Chine pour renforcer ses liens avec ses principaux partenaires. Les prêts de pandas à la France (2012), à la Malaisie (2014), à l’Indonésie (2017), à la Russie (2019) et à la Thaïlande (2025) ont célébré les anniversaires des relations diplomatiques entre la Chine et ces pays.»

Il est toutefois loin d’être certain que cette stratégie ait un impact réel sur la qualité des relations extérieures de la Chine, c’est-à-dire en exerçant un effet de persuasion ou de dissuasion. 

On peut donc douter que la présence de Yun Chuan et Xin Bao, deux pandas de cinq ans et de quatre ans, arrivés l’été dernier au Zoo de San Diego, en Californie, ait la moindre influence sur la mise en œuvre des tarifs douaniers que le président Trump est en train d’infliger à la Chine.

Mais au moins, en leur rendant visite, il est possible d’oublier pendant quelques minutes les folies actuelles du monde politique en admirant la beauté de ces merveilles du règne animal. Ce qui est déjà une victoire, peut-être.

Type: Rubrique

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