le Lundi 25 septembre 2023
le Mardi 13 juin 2023 9:00 Rubrique - Au rythme de notre monde

Perspectives croisées sur la francophonie des Amériques

Une table ronde avec Anika Lirette, artiste de théâtre et de cinéma, Kettly Mars, romancière, et Jourdan Thibodeaux, auteur-compositeur-interprète cadien.  — PHOTO - Centre de la Francophonie des Amériques
Une table ronde avec Anika Lirette, artiste de théâtre et de cinéma, Kettly Mars, romancière, et Jourdan Thibodeaux, auteur-compositeur-interprète cadien.
PHOTO - Centre de la Francophonie des Amériques
Il y a de ces initiatives qui n’ont que du bon et qui ne font que du bien. Dans cette catégorie privilégiée se range l’Université d’été du Centre de la francophonie des Amériques dont la sixième édition s’est déroulée du 22 au 27 mai dernier à l’Université de Louisiane à Lafayette. Ce fut une superbe réussite qu’il vaut la peine de souligner.
Perspectives croisées sur la francophonie des Amériques
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L’Université d’été constitue l’un des programmes phares du Centre de la francophonie des Amériques (CFA), fondé en 2006 à l’initiative du gouvernement québécois afin d’apporter un appui fort aux communautés francophones du Canada et de susciter des échanges à l’échelle des Amériques. 

Il s’agit d’une formation intensive d’une semaine, destinée surtout aux étudiantes et étudiants de maîtrise et de doctorat. Selon le site web du Centre, le but de l’Université d’été consiste à « porter un regard scientifique renouvelé sur la francophonie des Amériques et ainsi contribuer à l’émergence de ce domaine d’étude ». C’est aussi un lieu d’interaction entre des experts et des étudiantes et étudiants provenant de plusieurs pays, y compris des Antilles et de l’Amérique latine.

Initialement prévue en 2020 et reportée en raison de la pandémie, cette édition marquait la première fois où l’Université d’été allait se donner à l’extérieur du Canada. Son thème : « Pérennité et développements de la francophonie des Amériques : pluralité, économie et politique ». Ces trois axes ont fait l’objet de conférences, d’ateliers et d’activités culturelles s’adressant à une cinquantaine de participantes et participants qui ont eu la chance de passer quelques jours sur le campus de l’Université de Louisiane (UL) à Lafayette. 

L’Université d’été a attiré des invités de marque, riches d’expertises dans plusieurs domaines. Le directeur régional de l’Agence universitaire de la Francophonie, Saulo Neiva, a participé à la cérémonie d’ouverture aux côtés d’un doyen de l’UL à Lafayette, Jordan Kellman, et du président du conseil d’administration du CFA, Michel Robitaille. 

La première conférence d’honneur a été prononcée par Zahra Kamil Ali, représentante permanente de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) pour les Amériques. Le lendemain, la romancière haïtienne Kettly Mars a contribué à une table ronde sur le thème de « Choisir de créer en français : apparaître et exister ». 

Le corps professoral était formé de plusieurs spécialistes de plusieurs domaines, dont la linguistique, l’économie et la science politique.

Quelques personnalités du milieu franco-louisianais ont prêté main-forte, comme le musicien et militant culturel Zachary Richard, l’ethnologue et écrivain Barry Jean Ancelet, l’animatrice culturelle Mavis Frugé, la linguiste Amanda Lafleur ou encore les entrepreneurs touristiques et consultants culturels Joseph Dunn et Lawson Ota, pour ne nommer que ceux-là. 

Bref, toutes les conditions se sont réunies pour assurer aux participantes et participants une formation pertinente et passionnante doublée d’une expérience de vie mémorable. C’est une initiative que j’ai suivie de près, tout en étant loin. Pour mieux comprendre comment s’est déroulée l’Université d’été, je me suis entretenu avec trois personnes de ma connaissance qui étaient de la partie.

Flavie Hade est directrice générale adjointe du CFA ainsi que directrice de la programmation. L’Université d’été relève d’elle, en grande partie, et, après l’incertitude de ces dernières années, la tenue de l’activité en Louisiane représente à ses yeux « un rêve qui se réalise ».

Ce que Flavie voulait me faire comprendre, c’est que la Louisiane exerce un pouvoir d’attraction indéniable sur les francophones d’ailleurs. Pour cette édition de l’Université d’été, le Centre a reçu plus de candidatures qu’auparavant et plus de personnes ont été retenues. 

À ce propos, elle se dit marquée par une observation de Barry Ancelet : « Les gens ne viennent pas en Louisiane pour voir nos belles plages : nous n’en avons pas. Ils ne viennent pas non plus pour voir nos montagnes : nous n’en avons pas. C’est nous qu’ils viennent voir. »

Autrement dit, ce qui attire les visiteurs, c’est l’héritage francophone, la culture franco-louisianaise et les communautés qui les font vivre.

Ce qui a frappé Flavie en ce qui concerne les profils des participantes et participants, c’était le nombre de professionnels qui ont voulu bénéficier de la formation. Parmi les étudiantes et étudiants, il y avait des gens issus des secteurs gouvernementaux, médiatiques et associatifs. Les connaissances qu’elles et ils auront acquises feront désormais partie de leurs perspectives dans leurs milieux respectifs. Et tant mieux.

C’est au professeur Nathan Rabalais qu’il est revenu d’élaborer la programmation – certes, en concertation avec le Centre et en collaboration avec un comité scientifique – afin d’offrir une expérience aussi enrichissante que diversifiée. Il était tout désigné pour relever le défi. Connu pour son expertise sur la culture vernaculaire en Louisiane francophone, Nathan est également poète et cinéaste. C’est depuis 2020 qu’il enseigne à l’UL à Lafayette où il coordonne le programme de doctorat en études francophones, le premier de ce genre aux États-Unis.  

Pour Nathan (qui est l’un de mes amis et un proche collaborateur), le choix de la Louisiane pour l’Université d’été vient renforcer la place de l’État auprès de la Francophonie institutionnelle à l’échelle internationale. Si la Louisiane fait partie de l’OIF depuis 2018, de nombreux échanges et initiatives liaient déjà cette région aux pays francophones, grâce notamment au Conseil pour le développement du français en Louisiane, ou CODOFIL, une agence gouvernementale. 

L’Université d’été s’inscrit dans cette dynamique-là. En même temps, pour le Centre, sa présence dans ce coin du Sud américain permet de mieux concrétiser la dimension continentale de sa mission.

Justin LeBlanc occupe le poste de directeur du développement économique et du tourisme au sein de la Ville régionale de Cap-Acadie (Cap-Pelé et Beaubassin-Est), au Nouveau-Brunswick. Responsable du jumelage avec Broussard, près de Lafayette, Justin s’est inscrit à l’Université d’été afin de se renseigner davantage sur la situation linguistique dans la région de la ville-sœur de Cap-Acadie. Il va sans dire que, sur ce plan-là, il a été servi. 

Mais ce n’est pas tout. « J’ai découvert toutes sortes de francophonies dont je ne savais même pas qu’elles existaient », m’a-t-il expliqué. Justin a particulièrement apprécié l’occasion de connaître les réalités en Amérique latine où le français demeure une langue de culture. Il a été également marqué par la rencontre avec les autochtones de la Pointe-au-Chien au sud-est de Lafayette, une communauté francophone menacée par l’érosion des marécages côtiers.

Voilà : une expérience d’apprentissage de haut niveau qui croise les perspectives sur les Amériques francophones tout en éveillant la conscience de notre diversité, et ce, dans un esprit de dialogue et de solidarité. Que demander de mieux ?