Type de contenu: Actualité
Des chercheurs de l’Université du Cap-Breton, de l’Université de Cologne en Allemagne et de l’Université de Liège en Belgique ont reproduit expérimentalement la poix de bouleau à l’aide de trois techniques préhistoriques reconstituées.
Après avoir testé ses propriétés antibactériennes, les scientifiques ont constaté que la substance produite agit contre le Staphylococcus aureus, une bactérie couramment responsable d’infections cutanées et que l’on retrouve partout dans notre environnement.
Du goudron plein les doigts
Matthias Bierenstiel, professeur de chimie à l’Université du Cap-Breton et coauteur de l’étude, travaille depuis plusieurs années avec des communautés Mi’kmaq à extraire et à analyser le maskwio’mi, un baume traditionnel obtenu par la pyrolyse d’écorce de bouleau, une forme de combustion sans oxygène.
Cette technique ancestrale, utilisée par les populations autochtones, a amené les scientifiques à s’interroger sur la possibilité qu’une utilisation similaire ait pu exister, il y a des centaines de milliers d’années, de l’autre côté de l’Atlantique.
En fabriquant ce goudron, explique Bierenstiel, et en l’utilisant pour assembler leurs outils primitifs, «il est tout à fait possible d’accidentellement en mettre sur une plaie et la guérir».
De là à imaginer que les Néandertaliens aient fait le même lien entre la substance et ses effets cicatrisants, il n’y a qu’un pas.
Trois méthodes, un même effet
Pour évaluer le potentiel du goudron, les chercheurs ont produit des échantillons à partir de deux espèces de bouleaux européens (Betula pendula et Betula pubescens), selon trois techniques: distillation en boite de conserve, structure surélevée en argile et méthode par condensation sur une pierre chauffée.
Dans les trois cas, les échantillons ont montré une activité contre le staphylocoque doré, mais aucun ou pas d’effet sur d’autres bactéries — comme Escherichia coli, connu pour son rôle dans les infections alimentaires — dont la membrane externe, différente de celle de la famille des staphylocoques, pourrait constituer une meilleure barrière contre les composés présents dans le goudron, explique l’article de recherche.
Selon l’étude, l’efficacité du produit ne dépend pas de la méthode utilisée pour l’obtenir. Même les techniques les plus rudimentaires, qui auraient vraisemblablement été accessibles aux populations néandertaliennes, suffisent à produire une substance aux propriétés thérapeutiques.
Pour Matthias Bierenstiel, cette caractéristique remet en question une logique fondamentale de la pharmacologie occidentale.
Plus de 200 molécules différentes ont été identifiées dans l’extrait d’écorce de bouleau, sans qu’aucune d’entre elles ne semble dominer seule en termes d’effet positif sur la santé. Ce n’est pas un principe actif unique qui fait le travail, mais leur interaction collective — une vision proche de la façon dont les communautés Mi’kmaq conçoivent depuis longtemps leurs remèdes naturels.
«On pense qu’il y a une symphonie de composés qui travaillent ensemble», explique le chimiste.
Pas de preuve, mais une logique solide
Les chercheurs sont néanmoins prudents: il n’existe pas de preuve directe de l’utilisation du goudron de bouleau dans la pharmacopée préhistorique. «Les corps se sont décomposés, déplore Bierenstiel. L’espèce même a disparu.»
Impossible, donc, de confirmer avec certitude que les Néandertaliens utilisaient consciemment le produit à des fins médicinales.
Mais des squelettes de Néandertaliens retrouvés à Shanidar, dans le nord de l’Irak, montrent que ces individus ont survécu plusieurs années après avoir subi des amputations ou des fractures ressoudées.
Pour Matthias Bierenstiel, cela montre que les premières populations humaines avaient déjà de nombreuses ressources à leur disposition à cette époque.
«Si tu prends soin de quelqu’un qui a des os brisés pendant 10 ans, explique-t-il, tu utilises aussi d’autres ressources.»
