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le Vendredi 6 février 2026 12:00 Lettre à l'éditeur

Reconfigurations parlementaires et souveraineté démocratique au Canada

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  PHOTO: Facebook - Parlement du Canada
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L’automne 2025 aura été l’un des plus mouvementés de la décennie politique canadienne. Le 17 novembre, le gouvernement libéral minoritaire de Mark Carney a évité de justesse sa chute lors d’un vote de confiance crucial. Une victoire arrachée grâce à un savant mélange de ralliements inattendus, d’abstentions calculées et de négociations menées au cordeau.

Reconfigurations parlementaires et souveraineté démocratique au Canada
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Type de contenu: Opinion

Mais derrière ces manœuvres parlementaires se profile un contexte plus large: la montée de la doctrine Donroe, nouvelle déclinaison continentale de la doctrine Monroe, par laquelle Washington revendique ouvertement son ascendant sur les Amériques. Une pression géopolitique qui redéfinit les marges de manœuvre du Canada dans un monde en rupture. 

Deux ralliements qui changent la donne

Le premier choc survient le 4 novembre: Chris d’Entremont, député conservateur d’Acadie-Annapolis en Nouvelle-Écosse, traverse la Chambre pour rejoindre les libéraux. Le second, plus spectaculaire, suit le 11 décembre, lorsque Michael Ma, élu conservateur de Markham–Unionville dans le Grand Toronto, traditionnellement libéral avec une population à 66 % d’origine chinoise, député depuis à peine six mois, fait le même saut pour devenir libéral.

Ces ralliements rapprochent le gouvernement Carney de la majorité absolue. Ils sont perçus comme des gestes pragmatiques, motivés par la nécessité de stabiliser l’exécutif dans un climat diplomatique tendu avec les États-Unis. Mais ils soulèvent aussi un malaise: jusqu’où un élu peut-il aller sans rompre le contrat moral qui le lie à ses électeurs?

Un vote budgétaire au couteau

Le 17 novembre, le premier budget du gouvernement de Mark Carney passe par 170 voix contre 168. Une marge infime, mais suffisante pour maintenir Carney au pouvoir. Cet épisode illustre la plasticité du parlementarisme canadien: un système capable d’absorber les chocs, mais au prix d’équilibres fragiles et de tractations constantes.

Difficile dès lors de comprendre les recompositions politiques de l’automne 2025 sans tenir compte de la doctrine Donroe. En réaffirmant la primauté américaine sur le continent, l’administration Trump impose une pression nouvelle sur Ottawa. Le Canada, État de taille moyenne, voit ses marges diplomatiques se resserrer. Dans ce contexte, la stabilité politique n’est plus seulement un enjeu interne: elle devient un impératif stratégique.

Flexibilité institutionnelle vs confiance démocratique

Le Canada dispose toutefois d’un avantage: la souplesse de son régime parlementaire. Ralliements, abstentions, alliances ponctuelles… autant de mécanismes qui permettent à un gouvernement minoritaire de survivre.

Mais cette flexibilité a un cout. Elle peut éroder la confiance du public, surtout lorsque les changements d’allégeance paraissent opportunistes. La littérature scientifique sur la participation politique est claire: la perception d’intégrité des élus est un facteur clé de la légitimité démocratique. L’automne 2025 en offre une démonstration éclatante.

La souveraineté sous contrainte

Les évènements de l’automne 2025 rappellent que la souveraineté canadienne est traversée par une tension structurelle: comment exercer une souveraineté pleine et entière lorsqu’on partage un continent avec une superpuissance qui réactive une logique hégémonique?

Car au Canada, la souveraineté se heurte à l’obligation de maintenir une gouvernabilité crédible pour préserver une marge diplomatique. En Acadie du Nouveau-Brunswick et au Québec, par exemple, elle se heurte à l’absence d’un sujet politique commun. Dans les deux cas, la souveraineté apparait moins comme un statut que comme un espace de confrontation politique. Et pour cause.

Une démocratie à la croisée des chemins

Le Canada doit désormais composer avec deux impératifs contradictoires: assurer une gouvernance stable dans un environnement international instable; préserver la confiance des citoyens dans un système où la flexibilité institutionnelle peut parfois brouiller les repères démocratiques. 

C’est dans cet entredeux, entre efficacité et légitimité, que se joue aujourd’hui encore l’avenir du parlementarisme canadien de type Westminster.

Références
Carney, M. (2026). Un monde en rupture. Davos, Suisse.
Keohane, R. O., & Nye, J. S. (1977). Power and interdependence. Little, Brown.
Kissinger, H. (1994). Diplomacy. Simon & Schuster.
Lijphart, A. (1999). Patterns of democracy. Yale University Press.
Mead, W. R. (2001). Special providence. Knopf.
Molière. (1664). Le Tartuffe.
Molière. (1665). Dom Juan.
Norris, P. (2011). Democratic deficit. Cambridge University Press.
Trudeau, P.-E. (1970). La grève de l’amiante. Éditions du Jour.

Gilles Couture, Adm. A.
Spécialiste des enjeux politiques, institutionnels et géopolitiques du capital numérique

Type: Opinion

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