Type de contenu: Opinion
On entend parfois qu’il ne faut pas limiter l’Acadie à la Déportation, une histoire vieille de plusieurs siècles, qu’il faut avancer et regarder vers l’avenir. Cependant, comme le disait le Maréchal Foch «un peuple sans mémoire n’est-il pas un peuple sans avenir?».
Melissa Comeau, membre de notre équipe, nous contait ce matin qu’en 10e année, une enseignante avait dit à la classe qu’il fallait arrêter de se plaindre et arrêter de parler de la Déportation, qui, selon elle, appartenait au passé. Bien des années plus tard, l’émotion et la blessure étaient encore palpables.
Se rappeler de la Déportation, ce n’est pas se plaindre, c’est de reconnaitre et d’honorer une partie de son identité. Comme la langue, l’histoire collective fait partie intégrante de l’identité. Renier l’histoire des Acadiennes et Acadiens, c’est renier un peuple tout entier.
On aime parler de résilience lorsque l’on décrit le peuple acadien. Cette résilience ne vient pas de nulle part. Elle est la conséquence des traumatismes du passé, devenus au fil des siècles moteurs de survie. Justement parce que cette histoire est transmise.
La commémoration est aussi un incroyable outil de construction collective pour l’Acadie, d’où que l’on vienne. En arrivant en Acadie en 2022, notre rédacteur en chef Jean-Philippe Giroux et moi-même, nous ne connaissions presque rien de cette histoire. Quelques années plus tard, je suis ici au nom de mon équipe et de mon organisation.
Je suis très fier et très ému d’être devenu un allié de l’Acadie et d’avoir fait mienne cette grande histoire, ce grand chemin collectif. La preuve que la transmission de ce patrimoine collectif à un rôle, une utilité. Elle renforce notre communauté.
Faire de tous les membres de nos communautés des ambassadrices et ambassadeurs de l’Acadie moderne est une responsabilité que nous partageons toutes et tous. L’Histoire ne se transmet pas toute seule. Elle a besoin de porte-paroles.
Alors, rêvons ensemble d’un monde ou l’histoire des Acadiennes et des Acadiens, cette histoire à la fois tragique, intemporelle, universelle, qui trouvent des échos partout dans le monde au moment où je lis ces lignes, puisse être enseignée dans tous les livres d’école, en Acadie, au Canada, en Louisiane et en France. Et ce, dès le plus jeune âge.
Comme le pensait Simon Veil en France: «Je n’aime pas l’expression devoir de mémoire. Le seul devoir, c’est celui d’enseigner et de transmettre.»
Nicolas Jean
Directeur général
Le Courrier de la Nouvelle-Écosse
