le Mercredi 3 juin 2026
le Lundi 22 avril 2024 13:12 Éditorial

Conseil provincial des membres : un vent d’optimisme souffle sur l’Acadie

Pourquoi faire confiance à Le Courrier
L’artiste Kristen Martell, interprétant sa chanson <em data-lazy-src=

Les 20 et 21 avril, la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse organisait son traditionnel Conseil provincial des membres à Dartmouth. Une rencontre placée sous le signe de la cohésion et de la collaboration avec la thématique Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin et à laquelle les organisations provinciales et régionales membres étaient invitées.

Conseil provincial des membres : un vent d’optimisme souffle sur l’Acadie
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Le 24 octobre 2022, alors que je commençais à m’intégrer en terres acadiennes et à découvrir les rouages de l’écosystème acadien néo-écossais, Le Courrier publiait un éditorial sur les Conseil provincial des membres de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE) intitulé Entre résilience et épuisement. Avril 2024, ma perspective est toute autre. C’est cette fois-ci un vent d’optimisme qui soufflait sur l’Acadie de la Nouvelle-Écosse. 

Presque deux ans plus tard, qu’est-ce qui explique ce changement  de perspective? 

L’engagement communautaire en action 

Lors de ce Conseil, la FANE nous a démontré comment on stimule l’engagement communautaire. Avant tout, c’est en mettant de l’avant nos forces et nos victoires. Des défis, il y en a et il y en aura toujours. Il faut continuer de se battre et d’en parler. C’est un des rôles du Courrier par exemple et du journalisme en général. Cependant, nous devons toujours nous assurer de reconnaître la contribution de tous : leadeurs communautaires, artistes établis et relève, gouvernements, membres de nos communautés issus de l’immigration…

Les 20 et 21 avril, les exemples étaient nombreux. Lorsque Trevor Murphy nous parle de l’importance de mettre de l’avant nos artistes et de stimuler la création musicale néo-écossaise francophone, il ne fait pas que de nous le dire, il nous le prouve en présentant une performance de Kristen Martell suivie d’une performance de Ronald Bourgeois. Un moment émouvant de partage et de transmission. 

Lorsque le ministre Colton LeBlanc fait un état des lieux du chemin parcouru ces dernières années et fait l’annonce de nouvelles importantes comme le budget de programmation de la Fédération culturelle acadienne de la Nouvelle-Écosse (FéCANE) dont il faut se réjouir. Lorsqu’une victime de violences fondées sur le sexe a le courage de venir expliquer son parcours dans un système qui n’est pas fait pour les francophones. Lorsque Gérald C. Boudreau, animateur de ces deux journées, prend le soin de présenter systématiquement le parcours de chacun des intervenants pour témoigner de la richesse et de la diversité de nos communautés. 

J’aurais bien d’autres exemples à vous transmettre, mais la liste serait bien trop longue. Il y avait de quoi se réjouir. Ces exemples inspirent, mobilisent, alertent, nous font réfléchir et nous poussent à agir. Ensemble, on va définitivement plus loin.

Vincent Anama, directeur général de l’Association des juristes d’expression française de la Nouvelle-Écosse (AJEFNÉ), présentant les résultats d’une des nombreuses réflexions engagées lors du Conseil provincial des membres. Crédit : Nicolas Jean.

Crédit : Nicolas Jean.

Responsabilité individuelle et collective 

Un élément fort est aussi ressorti de cette rencontre. L’avenir de nos communautés repose sur une responsabilité partagée entre les organisations leadeuses de tous les secteurs (éducation, jeunesse, développement économique, etc.), mais aussi les individus. 

Les organisations peuvent faire tous les efforts de communication imaginables pour promouvoir, sensibiliser, alerter, dénoncer, mobiliser, etc., mais si la communauté ne s’engage pas, rien ne pourra arriver. 

C’est sans doute la limite de l’engagement communautaire. Des leadeurs communautaires passionnés peuvent mettre tout leur cœur à l’ouvrage, la communauté doit les soutenir. Et quand je dis communauté, je pense à vous, à moi, à mon voisin acadien, les francophones de ma communauté… Il y a des gestes simples, mais essentiels que nous devons accomplir, ne serait-ce que par principe pour signifier que l’on existe et rappeler que nous avons des droits, mais aussi des devoirs. 

Quelques exemples à la volée :

  • La prochaine fois que je renouvellerai ma plaque d’immatriculation, je dois demander à me faire servir en français ;
  • Lorsque j’aurai besoin de soins, je préciserai que ma préférence est de recevoir des soins en français ;
  • Si je me rends à Clare, je me brancherai sur les ondes de CIFA, CKJM à Chéticamp, Radio Richmond à Isle Madame ;
  • Si une organisation me consulte sur un sujet important, je prendrai le temps d’y répondre ;
  • Si je dois faire un cadeau à quelqu’un, peut-être que je ferai le choix de soutenir la relève littéraire en achetant le recueil de poésie de Guyaume Bouliannepar exemple.

L’engagement communautaire, ce n’est pas seulement faire du bénévolat ou accomplir de grandes choses. Ça commence avant tout par affirmer son identité avec fierté auprès des services publics et dans nos gestes quotidiens. On dit parfois que chaque dollar que l’on dépense est un vote. C’est un peu la même chose avec notre identité. Chaque geste compte, petit ou grand, individuel ou collectif.

Et demain? 

L’optimisme est le premier pas vers la mobilisation. C’est un moteur, une énergie qui nous pousse à accomplir l’impossible. Cependant, cela n’est pas suffisant. Cet élan a besoin d’être structuré à travers une vision commune et, surtout, des objectifs communs. Sans ces étapes nous risquons de tourner en rond. 

Malgré l’optimisme ambiant, on se retrouve souvent à parler de problématiques ou de défis connus et pour lesquels on peine à trouver des solutions. Il y a besoin d’une direction forte et de cibles à atteindre concrètes, le tout dans un effort concerté. 

La prochaine étape pourrait être d’impliquer toutes les organisations membres dans la construction d’une vision et d’un plan d’action provincial ambitieux, inclusifs et modernes. Nous devons nous poser une question simple : en tant que collectif, quelles sont nos priorités et quels sont les principaux défis pour lesquels nous souhaitons trouver des solutions? Il semblerait que la FANE ait toutes les cartes en main pour continuer à bâtir. Le momentum est là.

Je me permets pour finir de partager une citation qui m’est très chère, celle de l’auteur du livre Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry :

«Dans la vie, il n’y a pas de solutions ; il y a des forces en marche : il faut les créer et les solutions suivent.» 

Ces 20 et 21 avril derniers, ces forces étaient en marche. 

 

Nicolas Jean 

Directeur général

Jean-Philippe Giroux, rédacteur en chef du Courrier de la Nouvelle-Écosse, présentant un atelier sur le thème de l’engagement communautaire. 

Crédit : Nicolas Jean.