Type de contenu: Opinion
La pensée de groupe est un phénomène sociologique qui touche tous les groupes de toutes les époques, mais est particulièrement présente dans des contextes où il y a beaucoup d’homogénéité. Quand la cohésion mène à une peur de froisser les esprits, pour maintenir la paix et l’harmonie à tout prix, les conséquences peuvent être significatives. Dans certains cas, il y a une réduction de la créativité, une détérioration des relations, des prises de décisions moins optimales, etc.
La beauté des projets collectifs, c’est qu’ils unissent des voix divergentes, ouvertes dans l’espace public au débat, au conflit et au désaccord, pour faire avancer des objectifs communs. Le webzine Astheure, lancé le 26 mai 2013, en est un bon exemple. Il a pour mission «de créer un espace de débat en français qui vise tant à informer qu’à favoriser les échanges d’idées et les découvertes culturelles». Cette initiative acadienne — il n’y a aucun équivalent, à ma connaissance, ailleurs en francophonie canadienne — n’est plus active depuis deux ans, ce qui est dommage. Il serait triste de le voir disparaitre, au profit de nos comptes individuels.
Plus de troisièmes espaces, physiques, amusants et accueillants, pourraient faciliter le dialogue et le travail en tandem. Pensez aux cafés, aux espaces de répétition, aux agoras, etc. Des espaces plus que transitoires, qu’on peut habiter temporairement et naturellement avec des gens de divers horizons. Des espaces à valeur sociale, pas seulement monétaires. Oui, il est formidable d’avoir des écoles, des garderies et des centres communautaires, mais on ne peut pas tout mettre sur leurs épaules pour faire fleurir les relations et les projets.
Remontons dans le temps. La Coopérative des artistes du Nouvel-Ontario a fait naitre à Sudbury une tradition locale de théâtre communautaire, La Nuit sur l’étang et les arts dans la communauté française de l’Ontario. Ce fut un incubateur d’innovation artistique et culturelle, né d’un besoin de rassembler des gens de différentes identités autour d’un objectif commun. Tout le monde contribuant, selon ses talents et ses compétences.
Peut-être que ce projet est le produit de son époque et difficilement reproductible. Toutefois, l’idée de la coopérative demeure intéressante pour comprendre l’impact positif des projets collectifs. Tellement de choses se sont déroulées à cette époque, avec des retombées qu’on ressent encore aujourd’hui.
Il y a plein d’exemples modernes du succès du travail coopératif, notamment avec La Bikery de Moncton, pour les amateurs du vélo, de la durabilité et de la réparation, RadStorm, un espace collectif d’Halifax pour l’éducation et les arts, et les projets littéraires, comme le recueil bilingue Grosse Fugue, basée à Montréal.
L’engagement communautaire prend de l’ampleur en en parlant, mais aussi en se regroupant autour de projets collectifs qui nous passionnent, qui nous titillent, mais aussi qui nous challengent. Et ils en existent surement déjà près de chez vous. Il faut juste aller les joindre… ou en créer de nouveaux!
Jean-Philippe Giroux
Rédacteur en chef
