le Mercredi 24 juin 2026
le Jeudi 7 mai 2026 9:00 Éditorial

Un amour d’Acadie

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La forteresse de Louisbourg. — PHOTO: Archives
La forteresse de Louisbourg.
PHOTO: Archives

Il y a plus d’un an et demi, je suis arrivée ici, au Canada, en Nouvelle-Écosse, en Acadie. En même temps que je découvrais un autre pays, si loin de chez moi, que je m’habituais au climat, à ce terrible froid, avide de nouvelles expériences, d’aventures et d’écriture, je découvrais toute une communauté dont — je dois bien le reconnaitre — je n’avais jusqu’alors jamais entendu parler.

Un amour d’Acadie
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Type de contenu: Éditorial

Je suis née à Marseille, dans le sud de la France. Pouvoir m’exprimer dans ma langue maternelle n’a jamais été un problème pour moi. Un privilège d’alors que je ne soupçonnais pas. N’ai-je donc pas été peu surprise d’apprendre que cela pouvait être ici, dans un pays bilingue, un critère de discrimination, de souffrances et de luttes. Mais aussi une fierté de revendiquer ce droit et de le célébrer comme véritable identité.

En découvrant l’histoire de l’Acadie et de ses communautés, ses fêtes, ses traditions et ses coutumes, et surtout sa grande convivialité, sa chaleur et son amabilité auxquelles je me suis rapidement attachée, j’en ai appris beaucoup et davantage encore que ce que j’aurais pu imaginer. 

Particulièrement durant ces trois jours de vadrouilles où, avec mes camarades du Courrier, nous étions partis à la rencontre des communautés présenter le documentaire L’Autre Acadie. Car être au plus proche des gens, du monde, de la vie de ceux dont on parle dans nos papiers est certainement la meilleure façon de les comprendre et de les raconter.

Au fil des articles que j’écrivais, de toutes ces belles rencontres que je faisais — artistes, auteurs, membres associatifs, jeunes et moins jeunes —, j’appréciais de plus en plus laisser la parole aux autres, me raconter qui ils étaient, d’où ils venaient, et pourquoi c’était si important pour eux de s’exprimer en français, pourquoi c’était une fierté, combien cela faisait partie de leur identité. J’aimais apprendre d’eux, de leurs récits, essayer de saisir ce que cela signifiait et surtout représentait. Je me suis sentie décentrée, remise à ma place et beaucoup questionnée.

Pourquoi n’avais-je jamais entendu parler de l’histoire de l’Acadie, qui fait pourtant partie de l’Histoire de France? Pourquoi les inégalités entre francophones et anglophones canadiens persistent-elles aujourd’hui? Et que ressent-on vraiment quand sa langue est dominée? Quand l’on fait partie d’une minorité?

Si, à l’heure où je vous écris, je n’ai pas encore les réponses à ces questions, cela m’a enrichie. Et je crois que, peu à peu, je me suis sentie de plus en plus engagée, de plus en plus investie, de plus en plus portée par l’idée, et l’envie, de mettre en avant cette cause, de donner la parole à toutes celles et tous ceux qui contribuent à la faire avancer. 

Parce que j’ai été heurtée par le fait qu’il est d’autant plus difficile ici pour les personnes vulnérables de trouver du soutien, de l’aide, ou ne serait-ce que quelques renseignements, lorsqu’on est francophones.

Parce que j’ai été touchée par les efforts et investissements des organismes communautaires qui œuvrent au quotidien pour répondre à leurs besoins, mais aussi les célébrer.

Parce que j’ai été révoltée par les dernières décisions du gouvernement, coupant les budgets des arts et de la culture au détriment de ceux qui en subsistent, convaincue par la pensée qu’une autrice avait partagé avec moi, une société sans arts est un monde sans avenir.

Parce que je crois, tout simplement, qu’à mon tour, je suis tombée amoureuse de l’Acadie. Ses couleurs, son esprit, sa chaleur (pas celle du Sud, certes, mais on s’y plait tout autant), sa fierté et sa joie. Oui, sa fierté et sa joie. Car finalement, il me semble que de tout ce que j’aurais appris ici, de toutes les personnes que j’aurais rencontrées, ce que je retiendrai surtout ce seront tous les sourires que l’on m’aura adressés. Ces derniers, marqués par une sincère joie d’exister, et une immense fierté de le revendiquer.

Margaux Paz Paredes

Journaliste culturelle 

Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

Type: Opinion

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