le Vendredi 5 juin 2026
le Vendredi 26 janvier 2024 7:00 Éditorial

CMA 2024 : Est-ce encore possible ?

Pourquoi faire confiance à Le Courrier
  PHOTO : Jean-Philippe Giroux
PHOTO : Jean-Philippe Giroux

J’ai débuté au Courrier de la Nouvelle-Écosse au début de 2022. Beaucoup de choses se sont passées depuis et le seul média francophone provincial de la Nouvelle-Écosse a connu bien des transformations. Ce qui n’a pas changé depuis 2022, c’est la place qu’occupe le Congrès mondial acadien 2024 (CMA 2024) au cœur des conversations.

CMA 2024 : Est-ce encore possible ?
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De l’excitation à la frustration

À peine arrivé en poste en 2022, on me pressait déjà de prendre contact dès que possible avec la direction du CMA 2024 : une opportunité à ne pas laisser filer, me disait-on, et l’importance de positionner le Courrier comme un partenaire médiatique incontournable dès que possible. Un enjeu stratégique présenté à la fois comme un enjeu éditorial, mais aussi un enjeu financier en raison des opportunités générées par l’événement. 

Avant mon arrivée en Nouvelle-Écosse, je connaissais peu de choses de l’Acadie, encore moins du CMA. Il m’a fallu apprendre et comprendre. Toutefois, contacter la direction du CMA 2024 fut l’une de mes premières actions à la tête du média.  Plus de deux ans après mon arrivée, j’ai aujourd’hui un tout autre regard sur cet événement tant attendu et une perspective bien différente. L’excitation a laissé place à la frustration.

L’Art de ménager nos attentes

Au moment où vous lisez ces lignes, le mois de janvier 2024 est presque derrière nous. Sur le site du Congrès, le compte à rebours indique qu’il reste 200 jours avant les célébrations. C’est beaucoup et c’est peu en même temps. 

Au cours de la dernière année et lors de mes échanges avec les membres des communautés acadiennes et francophones, c’est souvent un sentiment d’amertume ou de frustration qui domine lorsque l’on aborde la question du CMA 2024 : trop peu de communication, manque d’informations ou informations contradictoires, déceptions… 

On a le sentiment que beaucoup sont passés de l’enthousiasme des premiers jours à la lassitude et au désintérêt. Il est difficile de nommer ce qui ne va pas. Est-ce fondé ou est-ce une perception ? Certains vous diront que c’est toujours le cas lors d’un CMA, que tout le monde ne peut être satisfait. D’autres, au contraire, vous disent que c’est la première fois que c’est comme ça, que c’est sans doute le dernier CMA pour les Acadiens. 

Est-ce que les attentes sont trop hautes ? Difficile de se prononcer. Ce qui est certain, c’est que le Congrès ne sera pas une grande fête et un grand moment de réunion pour tout le monde. Participer au CMA coûte beaucoup d’argent : se loger, se nourrir, se déplacer, payer sa table si l’on veut pouvoir exposer et parler de son organisation et de sa communauté… Si l’on vient d’une communauté plus éloignée, le calcul est rapidement dissuasif. 

C’est sans doute ce qui m’attriste le plus personnellement, que tout le monde ne puisse pas être de la fête. C’est cependant un constat classique pour nos communautés en situation minoritaire : on ne peut être partout, faute de moyens. Ce qui m’amène à votre média, qui lui aussi ne sera peut-être pas de la fête, faute de moyens également. 

Tout le monde le sait, l’année 2023 est sans doute l’une des pires années pour les médias canadiens, en situation minoritaire ou non. Dans un souci de transparence, je tiens néanmoins à préciser que le Courrier a fait de nombreuses démarches dans les deux dernières années pour tenter de bâtir un partenariat avec le Congrès. Je me permets de le dire, car la communauté a beaucoup d’attentes vis-à-vis de nous et nous commençons à en ressentir la pression. 

Il nous est souvent reproché de ne pas communiquer assez sur le CMA 2024. Cependant, il faut rappeler que le Courrier est un organe journalistique indépendant et non pas le service de communication du Congrès. 

À ce jour, et ce n’est pas faute d’avoir essayé, nous n’avons pas signé d’entente commerciale (comme c’est normalement l’usage avec le média local de la communauté d’accueil) ni d’entente de  création de contenu comme nous l’avions proposé dès 2022. Cependant, nous n’avons pas hésité à parler du CMA 2024, depuis des mois maintenant : articles, vidéos, entrevues… Nous disposons déjà d’un contenu intéressant et avons sondé la perspective de la jeunesse, des élus, des familles. 

Malgré la rareté de ses ressources, le Courrier peut compter sur une jeune et petite équipe qui continue d’y croire. Mais n’oublions pas que sans nouvelles (au sens journalistique du terme), il est difficile pour nous de créer du contenu. Il est important de le rappeler.  

Un CMA à notre image

Alors, est-ce encore possible ? Est-ce encore possible de placer des attentes dans le CMA 2024 ? Est-ce encore possible de s’enthousiasmer ? Est-ce encore possible de penser que le CMA 2024 peut être un levier incroyable pour l’avenir de l’Acadie ?  

Il n’y a pas d’autre réponse à envisager qu’un grand OUI. Si nous perdons espoir, nous perdons le peu qu’il nous reste à protéger. En effet, le CMA 2024 ne peut à lui seul régler toutes les complexités, tensions, contradictions et débats qui sont au cœur de l’Acadie moderne. Cependant, le CMA est une opportunité incroyable pour rassembler, célébrer la fierté, la diversité et se questionner sur l’avenir d’un peuple et de sa survie : comment, avec qui et avec quels soutiens ?

Je crois qu’il est normal pour les membres de nos communautés d’avoir des attentes fortes vis-à-vis de l’événement. Après tout, tout ne va pas bien en Acadie et qu’on le veuille ou non, le Congrès a une très forte responsabilité à l’égard de la communauté, notamment à travers la tenue des états généraux et ne serait-ce que par la taille du budget qui lui est alloué par le pays. 

Toutefois, nous avons tous un rôle à jouer. Comme tout événement attendu, petit ou grand, le CMA 2024 sera à l’image de l’énergie que l’on y met en tant qu’organisateur, média, artiste, famille ou simple touriste. 

Je crois qu’il en va de même avec l’Acadie en général. Il faut y croire,  garder espoir et se faire confiance les uns les autres. 

Nous avons encore 200 jours devant nous et tout n’est qu’une question de perspective, nous pouvons décider de voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Au Courrier nous gardons notre optimisme et continuerons de couvrir les nouvelles et les grandes réflexions du CMA 2024.

Et si le CMA 2024 n’est finalement qu’une fête, qu’un gros tyme comme certains le disent parfois, que la fête soit belle ! Pour l’Acadie d’hier, l’Acadie d’aujourd’hui et l’Acadie de demain. 

Nicolas Jean, 

Directeur général