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Selon Anne Lagacé Dowson, directrice des communications de la Coalition canadienne de la santé, Ottawa prévoit des réductions totalisant «400 millions de dollars dans Santé Canada et plusieurs agences liées à la santé publique».
Ces compressions s’inscrivent dans un effort plus vaste de réduction de 15 % des dépenses gouvernementales sur trois ans, «incluant la suppression de 40 000 postes dans la fonction publique fédérale».
Ces coupures, «cachées dans l’annexe 3 du budget, toucheront notamment l’Agence canadienne d’inspection des aliments, le Conseil d’examen du prix des médicaments et l’Agence de la santé publique du Canada». Cette dernière traite notamment ces crises pandémiques.
Ainsi, d’après Anne Lagacé Dowson, ces réductions sont particulièrement préoccupantes, alors que «60 000 Canadiens sont morts de la COVID-19 et que le pays demeure vulnérable en cas de nouvelle crise sanitaire».
Des ententes bilatérales en péril?
Les transferts de base aux provinces et territoires, soit environ 50 milliards de dollars annuels, n’ont pas été modifiés dans le dernier budget fédéral.
En revanche, «les ententes bilatérales fédérales-provinciales qui financent des programmes ciblés comme la santé mentale, les soins aux ainés ou les projets d’assurance médicaments seront progressivement éliminées dans les deux à trois prochaines années», prévient la directrice des communications.
L’Île-du-Prince-Édouard fait partie des quatre juridictions ayant déjà signé une entente pour une couverture fédérale des médicaments.
Malgré cela, l’incertitude demeure. «Il faudra surveiller le prochain budget, parce que rien n’indique que ces programmes seront maintenus», estime Anne Lagacé Dowson.
La Coalition pointe par ailleurs une hausse de la privatisation dans certaines provinces, notamment à l’ÎPÉ, en ce qui concerne les chirurgies de la cataracte. Plusieurs formes de tickets modérateurs déjà en place ont également été relevées.
Plus de 6,5 millions de personnes au pays n’ont pas accès à des soins primaires. Avec l’inflation et les pertes d’emploi possibles, davantage de travailleurs pourraient aussi perdre leur assurance privée et devoir se tourner vers un système public, lui-même en réduction.
«Plus de 6,5 millions de personnes au pays n’ont pas accès à des soins primaires, rapporte la directrice des communications. Avec l’inflation et les pertes d’emploi possibles, davantage de travailleurs pourraient aussi perdre leur assurance privée et devoir se tourner vers un système public, lui-même en réduction.»
Elle affirme que le gouvernement fédéral semble davantage influencé par les «intérêts des grandes entreprises et le lobby pharmaceutique, très présent sur la Colline Parlementaire.»
«Traitements cruels et inusités»
Aditya Rao, avocat en droits de la personne et cofondateur du Centre de justice pour les migrants Madhu Verma, au Nouveau-Brunswick.
De son côté, Aditya Rao, avocat en droits de la personne et cofondateur du Centre de justice pour les migrants Madhu Verma, au Nouveau-Brunswick, met en lumière un autre volet du budget. «Le gouvernement veut introduire des copaiements pour les demandeurs d’asile utilisant le Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI).»
Cette structure existe pour pallier les provinces qui ne couvrent généralement pas les soins de santé pour les demandeurs d’asile.
Aditya Rao rappelle que des coupures similaires en 2012 avaient été déclarées inconstitutionnelles par la Cour fédérale, qualifiées de «traitements cruels et inusités».
«Encore une fois, ce sont les personnes les plus vulnérables, souvent traumatisées par la guerre, la torture ou les persécutions qui servent de boucs émissaires.»
Selon l’avocat, ces changements marquent une porte d’entrée vers la privatisation, qui pourrait ensuite s’étendre aux résidents permanents, puis aux citoyens.
Pour faire entendre ses revendications, la Coalition canadienne de la santé prévoit un important effort de sensibilisation à Ottawa en février. Plus d’une centaine de personnes devraient se déplacer pour demander notamment la protection des ententes bilatérales et des programmes destinés aux populations à faible revenu.
Aditya Rao invite, pour sa part, chaque individu à communiquer avec ses députés, afin d’exprimer ses inquiétudes.