Ce projet a été élaboré dans le but de «prioriser les intérêts du peuple acadien et du peuple amérindien dans la région, comme l’explique Daniel LeBlanc, directeur général de Nation Prospère Acadie. Souvent, ce sont des considérations de second ordre. On a décidé de prendre de l’avant pour mettre les intérêts de l’Acadie en premier.»
Si la publication est récente, l’idée ne date pour autant pas d’hier. Elle sous-tend, en effet, des ambitions qui avaient déjà été évoquées dans les années 1980-90.
L’Acadie a toujours été à la remorque des évènements nationaux et internationaux. On a l’impression que les décisions prennent d’abord en compte les intérêts du centre ou bien des régions riches du pays, avant celles de l’Atlantique, où il y a un certain sentiment d’abandon, depuis très longtemps.
«Les gens qui ont subi les anciennes démarches de séparation canadienne ont vécu des moments très difficiles. Il y avait énormément d’incertitudes quant à l’avenir des droits de la communauté. Parallèlement, il faut se rappeler que la région atlantique est dépendante, depuis très longtemps, financièrement de provinces plus riches.»
De ces enjeux-là, le projet s’est donc construit autour de l’hypothèse de ce à quoi pourrait ressembler l’avenir des provinces atlantiques sans l’apport du Canada. Et ce, en s’interrogeant notamment sur des problématiques qui n’avaient jamais été posées auparavant.
«Si l’Alberta, qui finance la majorité des transferts au Canada, devait quitter la fédération, alors les transferts viendraient d’où ? La région subatlantique s’organiserait comment pour combler le manque à gagner au niveau des finances publiques?» questionne M. LeBlanc.
De ces différentes interrogations, l’organisme a donc pris l’initiative de regrouper toutes les informations disponibles sur les situations financière, sociale et culturelle des provinces atlantiques, afin de tenter d’y apporter des réponses.
«Les Acadiens de l’Atlantique ont toujours eu une affinité avec la région et une culture distincte par rapport au reste des Canadiens. Dans un projet de départ, c’est déjà quelque chose de très fort avec lequel on peut avancer. Certainement un des atouts de l’Atlantique.»
«Le document est justement en train de rassembler quelques idées très bien comprises sur la spécificité de la région. Mais, également, son désir d’avoir une certaine autonomie. À savoir si cette autonomie-là a besoin d’être exprimée autrement, les recherches le démontreraient. L’objectif, c’est de comprendre la faisabilité d’un tel projet.»
Pour ce faire, Nation Prospère s’est notamment inspiré des autres régions du monde qui avaient fait le choix de l’indépendance. Comme l’Islande, dont M. LeBlanc souligne l’économie très prospère, bien qu’il s’agisse d’un petit pays d’autour de 400 000 habitants, ou encore la Nouvelle-Zélande et les pays scandinaves, des États aux populations réduites, mais socialement très avancés et développés.
«Même si, de prime abord, on a l’impression que ce sont des régions qui sont non viables et non économiquement stables, le désir de changer le statuquo est toujours quelque chose qui se produit continuellement dans l’histoire des pays. Ce ne sont pas seulement les très grands pays qui ont forcément les meilleures conditions de vie pour les citoyens, les meilleures conditions de paix ou de prospérité.»
«Donc, il y a des concepts qui n’ont pas été développés aussi fortement au Canada, [mais] qui ont quand même des succès outremer et qui ont besoin d’être bien réfléchis ici, surtout pour les communautés minoritaires.»
Car, à travers ce projet, l’organisme n’oublie pas sa mission première, à savoir la pérennité de la culture et de la langue française en Acadie. «On a des spécificités culturelles pour les francophones, on a la langue qui est importante. Dans le cadre de cette réflexion, le développement historique du peuple acadien, c’est une démarche qui pourrait s’inscrire au très long terme.»
«Peut-être [qu’elle] ne va jamais avoir raison d’aboutir, mais peu importe. On demande de réfléchir sur ces enjeux-là, parce que c’est un important dossier à suivre pour l’Acadie, si les choses venaient à évoluer rapidement.»
Hypothétique, ambitieux, mais concret, Nation Prospère aspire, d’ici trois ans, à avoir pu faire avancer le concept et la discussion, et observer des progrès sur ces questionnements.
«On a mis dans le document une préférence pour une région pacifique, qui adhère à des principes de protection plutôt que d’agression. Économiquement, on veut que la région soit prospère.»
«Finalement, la paix sociale. Il y a eu historiquement des tensions entre les différentes ethnies, y compris entre les Acadiens et les autres populations. Ça doit être dépassé pour que les gens puissent travailler ensemble, pour bâtir un meilleur avenir dans la région», conclut M. LeBlanc, avec beaucoup d’espoirs.
