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Oeuvre à Léola LeBlanc.
Tout a commencé avec «grand-grand-mère»
D’un petit village à Lafontaine, en Ontario, la Franco-Ontarienne Léola LeBlanc s’est toujours intéressée au dessin, depuis le début de son trajet artistique.
Même si elle était la seule personne dans sa famille qui dessinait, elle n’était certainement pas la seule créatrice. «J’avais ma mère, ma grand-mère, ma “grand-grand-mère”, qui étaient toutes couturières, designer, raconte-t-elle. Alors, il a toujours eu du tissu, du matériel à la maison. Ma grand-mère faisait beaucoup de son propre linge et ma grand-grand-mère avait son propre business de coudre pour les autres.»
Elle se souvient très bien d’une robe que sa grand-mère avait faite, qui a servi d’inspiration pour elle. «Je me souviens d’une robe qu’elle avait faite pour sa fille, pour sa graduation. Elle avait caché la robe chez-moi parce qu’elle ne voulait pas que sa fille la retrouve, c’était un cadeau. La robe était blanche, en soie. Et puis c’était toute fini à la main avec une broderie et des petites billes, c’était incroyable! Ça, ça m’a beaucoup inspiré.»
Léola et sa sœur emboitaient les pas des femmes couturières dans leur vie dès un jeune âge en cousant du linge à la main pour leur Barbie Dolls. «On prenait des bouts de matériels que ma mère ne voulait plus et on faisait des petites jupes, toute à la main», dit-elle.
Oeuvre à Léola LeBlanc.
Éducation continue en art
Les débuts de son éducation postsecondaire étaient en arts visuels au Georgian College, en Ontario. Elle s’est ensuite retrouvée à l’Université Concordia pour étudier en film, ainsi qu’à Montréal pour étudier la mode.
Mais, les études artistiques n’ont pas arrêté là. «J’ai continué quelques années plus tard en maitrise au NSCAD (Nova Scotia College of Art and Design), raconte Léola LeBlanc, et ç’a toujours été le dessin, les arts électroniques. Au NSCAD, c’était vraiment les médias locatifs. Il y a beaucoup d’étapes avec la technologie – audio, dessin –, mais ce qui manquait, c’était vraiment des œuvres faites avec la main, avec l’artisanat.»
Une partie de sa passion plus tactile lui manquant, Léola prend une pause d’environ 10 ans pour travailler sur autres choses. «J’ai trouvé un “vrai job”, et j’étais créative avec Apple. Et puis là, quelques années passées, j’ai décidé [que], “Non, assez. Je vais continuer avec mes arts visuels.” J’ai décidé que ce sera vraiment l’utilisation de recyclage de tissu, de matériel.»
Réutiliser, réinventer
Léola LeBlanc a trouvé l’inspiration pour ses œuvres dans deux domaines: la réutilisation des matériaux et l’histoire qu’ils peuvent raconter. «Ce qui m’inspire, c’est qu’est ce que je retrouve à deuxième main», raconte-t-elle.
«J’ai fait mes études en archéologie aussi, alors j’aime la fouille; aller trouver des boutiques deuxième main et trouver des matériaux… du carton, de la soie, du linge. Là, je vois une couleur, une texture, et puis même des fils sont du recyclage, que les gens achètent et décident qu’ils ne veulent plus travailler avec. Alors, ce qui m’inspire, c’est vraiment le moment.»
Oeuvre à Léola LeBlanc.
Son autre objectif est de recréer un narratif. «À cause de l’anthropologie et l’archéologie, c’est trouver des historiques anciennes, les réimaginer. Pour moi, c’est une réimagination d’une histoire de quelqu’un. Des fois, je connais l’histoire parce qu’il y a des gens qui me donnent des vêtements qu’ils ont eus pour des années, alors je connais leurs histoires, pis je peux recréer leur histoire dans quelque chose un peu plus contemporain.»
Pour créer ces œuvres, Léola combine le dessin et la couture, travaillant avec des matériaux, du fil et des objets recyclés.
Comme elle a commencé à coudre très jeune, il s’agit d’un médium artistique qu’elle maitrise. «Pour moi, le tissu, le matériel, la couture, c’est comme une deuxième langue. J’ai toujours eu une aiguille à la main. Quand je faisais l’archéologie, ce qui m’inspirait, c’était les couches, de placer une couche après l’autre. Alors, avec les tissus, c’était la même chose.»
À un moment donné, elle a décidé de ne plus faire de l’archéologie. Elle voyageait toujours en Europe pour effectuer ce travail et voulait s’installer au Canada. «Alors, je pensais, «Qu’est-ce que je peux faire pour remplacer cette curiosité créative?» Là, je commence à créer des couches, placer une couche après l’autre, et ç’a venu un peu naturellement. Mais, ça revient à vouloir recréer des histoires; de créer un monde imaginaire avec les couleurs et les textures.»
La répétition de la création quotidienne est devenue une sorte de méditation pour Léola. En général, tout ce dont elle a besoin pour commencer, c’est d’une idée.
Oeuvre à Léola LeBlanc.
Elle laisse le reste se dérouler devant elle. «Des fois, j’ai aucune idée qu’est-ce qui va se passer, pis là, j’ajoute une couleur et je contraste avec une autre couleur. Il y a une image que je vois qui commence à se former et ça part! Même quand je faisais juste de la peinture, [je ne savais] jamais où ça [allait] finir. On commence et on se laisse mener par l’œuvre et je crois que c’est là [qu’on] crée la meilleure création.»
Le matériau original et le vêtement, avant qu’elle le découpe, aident parfois à déterminer où aboutira la pièce finale. «Souvent, quand on me donne une pièce et je vais la détruire pour reconstruire, je me dis que je vais regarder et prendre des idées du morceau original pour l’intégrer dans l’œuvre, comme prendre le frill alentour d’un col ou une poche. Des fois, quand je découpe, ça laisse des trous pis ça fait comme un beau patron, alors j’introduis ça dans le projet. Le morceau final est indiqué par qu’est-ce qui existait avant.»
Enfin à la retraite, Léola peut consacrer tout le temps qu’elle souhaite à la création. Le temps nécessaire pour terminer une création peut varier. «Des fois, c’est un après-midi. Des fois, c’est une semaine. Des fois, on se réveille et on n’a pas l’inspiration, mais c’est comme toujours: une fois qu’on commence, on se lance dans une aventure.
«Finalement, j’ai un espace à moi, un studio. Y’a du matériel, toutes sortes de choses pour créer. Et je m’assis à regarder les couleurs, les textures… un espace est important, un espace à soi qu’on peut passer du temps à imaginer. Je dirais qu’une fois que j’ai une idée, je commence et je peux travailler six, sept heures de suite.»
Oeuvre à Léola LeBlanc.
Essayer et découvrir
Il semble n’y avoir aucune limite à ce qui peut inspirer Léola LeBlanc. De la rouille aux différents aliments, elle est prête à tester ses techniques à plus grande échelle. «Maintenant, ce qui m’intéresse, c’est de créer des œuvres un petit peu plus grandes. D’une façon, qu’est-ce que moi je veux faire, c’est des petits carreaux ou des toiles de 2X2 qui vont faire un énorme morceau.»
«Je fais un peu de peinture aussi, et une autre de mes méthodes, c’est trouver des pièces en métal et laisser le métal sur le tissu pour que ça rouille au soleil. La rouille teint et laisse des stains sur le matériel, et ça, ça devient une partie du matériel.»
«Quand on trouve des objets en métal, on voit le pétillant, la rouille, la discoloration. Alors, même quand on a des habits, comme des chemises ou des robes avec des taches, c’est ça que je trouve intéressant. Ç’a de l’histoire! La tache devient une partie de l’œuvre. Ça peut être très créatif, ça peut être très beau. Moi, je trouve la rouille fascinante. Il peut y avoir des supers belles couleurs.»
«Même avec le manger; moi, j’adore les avocats, les ognons, beaucoup [de] légumes, et puis, je fais une peinture avec ces légumes. Les ognons font une belle couleur orange, les avocats un rose, c’est cool.»
L’on pourrait penser que l’art doit être créé en respectant des règles strictes, explique Léola, mais qu’en réalité, il n’y a pas vraiment de limites. «Ça, c’est la beauté du mixed media, parce qu’il n’y a pas de frontières, on peut faire n’importe quoi. Puisque j’utilise des textiles, faut pas que ça soit des matériels achetés, neux et puis que tout soit seulement en soie ou en coton. Ça peut être n’importe quoi.»
Même du début à la fin d’une œuvre, Léola ne s’impose pas de règles quant à la manière dont elle doit créer. «C’est un peu comme un jeu de chess. J’ai une idée en vue, mais je sais que, pour obtenir cette réalisation, il y a certaines couches qui doivent être placées l’une après l’autre. Alors, disons que je veux une certaine couleur sur un matériel d’une autre couleur, faut pas que ça soit caché. Alors, faut vraiment bien penser comment on va placer les morceaux.»
L’apprentissage ne s’arrête jamais
Peu importe le nombre de fois où Léola LeBlanc a cousu, elle apprend toujours de nouvelles techniques et teste différentes façons de rendre ses créations aussi belles à l’arrière qu’à l’avant. «Des points, c’est vraiment un langage, dit-elle. Comme le dessin, on a différentes marques, différents types de crayons. Alors, avec la couture, c’est vraiment la même chose; c’est comme dessiner avec un fil, alors, faut penser à nos points.»
«Un point dit quoi? Chaque point a sa propre [histoire]. C’est comme les mots d’une phrase. Un point, une virgule, un point d’exclamation… les points en couture, c’est la même chose. C’est une forme de vocabulaire; faut que les points soient intentionnels, pas seulement décoratifs.»
Une fois plus impliquée dans une représentation plus globale, Léola souhaite vivement que ses œuvres soient exposées dans le monde entier. «Ce qui m’intéresse, c’est de lancer mes œuvres à des compétitions nationales et internationales. Ça, ça me manque beaucoup parce que, pour longtemps, quand j’habitais en Nouvelle-Zélande, pendant sept, huit ans, je faisais partie de plusieurs expositions internationales. Avoir des œuvres, disons, en Australie, aux États-Unis ou en Hollande, ça me manque. Après ma pause de 10 ans, je me relance à deux mains!»
Où trouver ses œuvres
On peut voir les œuvres de Léola aux galeries Quartet à Lunenburg ou Lunenburg Art Gallery, ainsi que sur son site Web et sa page Instagram (@leolaleblanc).
