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Un miracle abandonné? L’épidémie mondiale du VIH et le rôle des États-Unis

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Une étudiante universitaire de Mogadishu (Somalie) s’entretient avec un médecin avant de passer un test de dépistage du VIH.  — PHOTO: AMISOM Photo / Tobin Jones
Une étudiante universitaire de Mogadishu (Somalie) s’entretient avec un médecin avant de passer un test de dépistage du VIH.
PHOTO: AMISOM Photo / Tobin Jones

Depuis l’an dernier, la vie de Melda est devenue beaucoup plus difficile. Cette résidente de Soweto, en Afrique du Sud, est séropositive, c’est-à-dire qu’elle est infectée par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) et qu’elle risque de souffrir du sida et, éventuellement, d’en mourir. C’est aussi le cas de l’un de ses cinq enfants, avec qui elle partage une modeste baraque en tôle.

Un miracle abandonné? L’épidémie mondiale du VIH et le rôle des États-Unis
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En raison des coupures dans l’aide internationale mises en œuvre par l’administration Trump, Melda n’arrive plus à suivre ses traitements. Les médicaments sont là, mais la clinique locale ne dispose plus des ressources nécessaires pour accompagner ses patientes et patients.

La situation de Melda, rapportée récemment par le réseau américain National Public Radio, représente l’un des millions de cas similaires — et autant de tragédies. Annoncée par le président américain peu après son entrée en fonction, la réduction du budget destiné à l’assistance humanitaire et à la coopération internationale a visé, parmi d’autres programmes, l’une des plus grandes réussites en santé publique de notre époque : le PEPFAR, autrement dit le President’s Emergency Plan for AIDS Relief.

Une manifestation contre le définancement de Pepfar devant le Département d’État américain à Washington, D.C., février 2025.

PHOTO: SWinxy - Wikimedia Commons

Instauré en 2003 sous le président George W. Bush, avec un appui massif des deux partis dominants, le PEPFAR est reconnu pour avoir sauvé des millions de vies et pour avoir amélioré la qualité de vie de plusieurs millions de personnes vivant avec le VIH. Ce programme a été proposé à un moment où le sida faisait rage dans plusieurs pays d’Afrique et dans quelques autres régions du monde. Certains pays, comme l’Afrique du Sud ou encore l’Eswatini, où près du tiers de la population était séropositive, risquaient de sombrer dans le désordre. Bref, c’était la crise.

Le PEPFAR a renversé la vapeur. Robuste et ambitieuse, cette initiative sanitaire visait à financer la prévention, le dépistage et les traitements antirétroviraux grâce auxquels une personne atteinte du VIH peut mener une vie à peu près normale. Initialement conçu pour cibler une quinzaine de pays, le programme a fini par s’implanter dans 55 nations sur quatre continents. Il n’est pas parfait, mais ses réussites ont été saluées de toutes parts. Pour ne donner qu’un exemple, on estime que près de huit-millions de bébés ont pu naitre de mères séropositives sans être infectés par le VIH.

Le président Trump, on le sait bien, voit d’un mauvais œil tout projet ou partenariat qui n’apporte pas un bénéfice direct et tangible pour « redonner à l’Amérique sa grandeur ». Depuis son lancement, le PEPFAR a couté environ 130 milliards de dollars au gouvernement des États-Unis. Ce budget a été régulièrement renouvelé et même augmenté. Pour lui, c’est de l’argent gaspillé.

L’amputation des programmes d’aide internationale par son administration s’inscrivait dans une approche globale visant à infliger un choc au système du gouvernement fédéral américain. Cette volonté était incarnée par la création du département de l’Efficacité gouvernementale (DOGE, pour ses initiales en anglais), sous la direction initiale — et clownesque — d’Elon Musk, muni d’une tronçonneuse symbolique. Ni les bienfaits humanitaires ni la crédibilité diplomatique du PEPFAR et d’autres initiatives ne comptaient pour beaucoup.

Au cours des derniers mois, l’administration a affirmé son intention de maintenir le PEPFAR, mais en réorientant considérablement son action, tout en insistant sur la prise en charge de la gestion du VIH par les gouvernements nationaux. Sans entrer dans tous les détails, que j’encourage le lectorat du Courrier à explorer davantage, j’aimerais néanmoins signaler trois problèmes liés à cette nouvelle logique.

Tout le monde s’entend sur l’objectif d’un transfert des programmes financés par le PEPFAR vers les gouvernements des pays concernés. Cependant, les coupures drastiques et soudaines ont perturbé le fonctionnement des services, au prix d’une souffrance humaine immédiate. En témoigne le drame vécu par Melda, en Afrique du Sud.

Deuxièmement, l’administration Trump veut détourner les ressources des initiatives de prévention pour privilégier le traitement. Or, la prévention et le traitement vont de pair. Qui plus est, certains groupes vulnérables sont délaissés par les nouvelles priorités, notamment les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) et les travailleuses et travailleurs du sexe. Il ne sera jamais possible de venir à bout de l’épidémie sans tenir compte de la prévention au sein de ces groupes. Leur santé est un enjeu de santé globale.

Enfin, il semble que la nouvelle approche cherche à tirer profit du PEPFAR pour bonifier les relations commerciales des États-Unis et l’accès aux minéraux critiques. Au mois d’avril, le directeur scientifique du programme, le très éminent docteur Mike Reid, a démissionné en signe de protestation contre l’attitude autoritaire de l’administration et l’instrumentalisation des médicaments, ce qui est contraire à l’éthique médicale.

Aux yeux de beaucoup, les réussites du PEPFAR tenaient du miracle. Ce n’était pas un miracle inattendu, comme une intervention de la divine providence, mais le résultat — presque miraculeux — d’un investissement public majeur, d’une coordination internationale à grande échelle et d’une multitude d’initiatives locales auprès des populations affectées.

Remettre en cause cet effort collectif, c’est risquer non seulement de perdre des progrès durement acquis, mais aussi de replonger des millions de personnes comme Melda dans une précarité sanitaire évitable. 

Sur cette note-là, signalons la contribution du Canada au Fonds mondial de lutte contre le SIDA, de l’ordre d’un milliard de dollars pour 2026-2028. L’engagement canadien en faveur de la santé publique mondiale pourra faire l’objet d’une autre chronique, certes. Pour l’instant, il suffit de dire qu’il nous incombe plus que jamais de cultiver un esprit de solidarité dans un monde de plus en plus divisé.

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