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Aujourd’hui, dans cette chronique, plongeons dans l’évolution de la distribution des nouvelles à l’écrit, ainsi que le rôle d’un journal pour faire connaitre le monde – du local au transnational.
Quoi de neuf?
Fort probablement, dans votre région, vous entendez des gens échanger des nouvelles locales. Peut-être participez-vous aussi à ces échanges. Qu’il s’agisse de la météo, du prix de l’essence ou d’un évènement surprenant qui s’est produit auprès de vous, les nouvelles peuvent servir de points de conversations et de contacts sociaux.
Ce sujet fascinant des nouvelles locales est ressorti lorsque je menais mes recherches dans le cadre de la maitrise en cultures et espaces francophones à l’Université Sainte-Anne. Mon projet cherchait d’abord à voir comment des personnes acadiennes de Par-en-Haut (Clare) et de Par-en-Bas (Argyle), dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, parlent de la santé au quotidien.
Par le terme «santé», j’ai donné la liberté d’interprétation aux personnes participant au projet. C’est grâce aux conversations avec ces gens que j’ai pu observer comment l’état d’être des gens devient un thème récurrent dans les interactions routinières communautaires.
Cela étant dit, la coutume ne date pas d’hier. Parler de l’état d’être des gens existe depuis belle lurette. Tout comme les nouvelles locales ou les «petites nouvelles» sont circulées de vive voix, l’on témoigne également de ce phénomène à l’écrit.
En parcourant les collections de documents numérisés aux Archives de la Nouvelle-Écosse, je suis tombée sur des trésors historiques. Il s’agit de bijoux cachés dans les anciens numéros de notre Courrier, autrefois nommé Le Petit Courrier du Sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Mais quels trésors, précisément? Des traces écrites des détails de la vie communautaire.
La une de la deuxième édition du Petit Courrier du Sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, parue en février 1937, comprend des nouvelles locales ainsi qu’internationales.
L’univers du Petit Courrier
J’ai surtout remarqué les mentions sur l’état d’être des gens dans les «petites nouvelles» locales. Pourtant, divers thèmes sont évoqués.
Prenons l’exemple du tout premier numéro de notre journal. Le Petit Courrier est paru pendant la Grande Dépression, le 10 février 1937. En quatre pages, les détails locaux proviennent de villages qui composent les régions de Par-en-Haut et de Par-en-Bas. L’on écrit à l’égard de visites familiales, de déménagements, de fêtes, de jeux de cartes, de travaux aux fermes et aux cales sèches, de météo, puis de présences aux enterrements, entre autres.
Au-delà de l’actualité qui aurait circulé par cartes postales ou par lettres manuscrites, les personnes abonnées au journal pouvaient aussi profiter des renseignements venant d’ailleurs. Commençant par le deuxième numéro, étalé sur huit pages, l’on pouvait se tenir à jour sur des informations provinciales et canadiennes. L’on parle, par exemple, de Yarmouth, d’Annapolis Royal, d’Halifax, d’Ottawa et du Nouveau-Brunswick.
Qui plus est, à compter du 17 février 1937, Le Petit Courrier partageait déjà des manchettes internationales. Dans le numéro en question, ce genre de nouvelles proviennent de la Cité vaticane (Italie), de Manille (Philippines), et du Caire (Égypte).
L’on rapporte surtout des nouveautés à l’égard de la religion catholique. Plus précisément, l’on écrit au sujet d’une messe pontificale et de la conversion d’une Japonaise à la foi catholique. Il y figure aussi un atterrissement des Lindbergh, célèbres pionniers de l’aviation.
Le trajet des nouvelles internationales jusqu’aux lectrices et lecteurs du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse aurait dépendu des abonnements de l’éditeur du Petit Courrier. C’est à partir d’accords entre les agences de presse canadiennes et internationales qu’est rendu possible l’échange des informations d’actualité dans les journaux. Plus précisément, La Presse canadienne aurait bénéficié des services de l’agence Havas (plus tard, l’Agence France-Presse). Cette dernière a su créer un réseau où fournir des nouvelles de presse, rassemblant et distribuant alors de l’information sur le plan mondial.
Malgré l’opposition des journaux, l’accès aux nouvelles diffusées à la radio devient populaire au Canada vers le milieu des années 1930, et de plus en plus normalisé par la suite, précise la Fondation canadienne des communications. Un tel accès grandissant aux radios aurait permis de recevoir et de transmettre les nouvelles issues de divers endroits dans le monde, dans de nouveaux formats, transformant ainsi la consommation des informations vers le sonore plutôt que le textuel.
Icette et partout
Du crieur de journaux jusqu’à nos jours, le partage des nouvelles écrites se réalise maintenant davantage par le biais d’écrans (et de techniques multimédias) que de papier. Voilà une réalité que témoignait le théoricien canadien des médias Marshall McLuhan, connu pour son affirmation «le médium est le message», laissant entendre que la technologie et son format de présentation influent sur notre perception du contenu. Bref, les moyens pour accéder aux nouvelles évoluent.
Les publications sur les réseaux sociaux deviennent à leur tour des espaces où transmettre ce qu’il y a de neuf. Les nouvelles – de partout dans le monde – peuvent traverser les frontières géographiques à grande vitesse, donnant un accès immédiat.
Une telle ouverture globale comporte des bénéfices et des désavantages. D’une part, nous avons la possibilité de rester au courant de ce qui se passe de jour en jour, puis de diversifier nos lectures sur une gamme d’enjeux. D’autre part, les réseaux peuvent nécessiter un filtrage et une vérification d’informations, puis nous pouvons devenir surchargés par le volume.
Dans mon projet de mémoire, Parler la santé, j’ai vu que la santé est de nature personnelle, mais elle est aussi sociale. Elle se construit en communauté, tissée à même les récits que nous construisons nous-mêmes à partir des interprétations qui émanent du milieu auquel nous appartenons. D’un sens similaire, les nouvelles locales et internationales se rencontrent et agissent comme des outils à travers lesquels nous pouvons interpréter le monde.
En quoi l’interaction entre les nouvelles locales et transnationales que vous consommez influence-t-elle les récits que vous racontez?
Ramona E. Blinn est l’agente de soutien à la recherche à l’Observatoire Nord/Sud de l’Université Sainte-Anne.
