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Parmi celles-ci, il y a bien sûr les pertes en vies humaines. À ce jour, plus de 3 500 personnes ont été tuées, dont 1 606 civils iraniens au moment d’écrire ces lignes. Ce n’est peut-être que le début.
Une autre raison est de comprendre les conséquences de l’entrée en guerre par l’administration Trump sur la situation géopolitique du monde dans son ensemble. Il s’agira ici d’explorer une facette de cette question, à savoir les alliances de l’Iran, que les États-Unis et d’autres pays tentent d’isoler pour contraindre la République islamique à abandonner toute ambition de posséder des armes nucléaires, et ce, depuis plusieurs décennies.
Depuis la révolution de 1979, qui a instauré le régime au pouvoir, l’Iran s’est fait beaucoup d’ennemis. Mais il n’est pas isolé. Qui sont ses alliés alors? Et quelle posture ont-ils adoptée face à la guerre en cours?
Au risque de simplifier les choses, on peut considérer que Téhéran s’efforce de cultiver, avec plus ou moins de succès, trois types de relations extérieures pour défendre ses intérêts stratégiques dans un environnement régional et international souvent perçu comme hostile.
Le plus notoirement, l’Iran soutient et dirige un réseau informel d’alliances surnommé l’Axe de la résistance. Celui-ci est formé de quelques États et surtout de groupes militants non étatiques dans des pays voisins ayant des affinités idéologiques et des buts communs.
La majorité d’entre eux partagent la confession chiite, la branche de l’Islam qui est la religion officielle de l’Iran. Ces partenaires s’opposent surtout à l’État d’Israël et à l’influence américaine au Moyen-Orient – influence qui passe non seulement par Israël, mais aussi par d’autres puissances régionales, dont l’Arabie saoudite au premier chef.
Jusqu’à récemment, cette stratégie offrait à l’Iran la capacité d’exercer son ascendant dans plusieurs pays, notamment en Syrie, au Liban, en Palestine, en Iraq et au Yémen. Or, depuis la guerre à Gaza déclenchée en octobre 2023, l’Axe de la résistance se trouve considérablement affaibli, sauf au Yémen, où les rebelles dits Houthis continuent de mener des attaques, notamment contre le trafic maritime en mer Rouge, maintenant ainsi une capacité de nuisance (ou de résistance, selon la perspective…), ainsi qu’en Iraq, à majorité chiite.
Coucher de soleil sur le détroit d’Ormuz, passage maritime vital pour le commerce international et contrôlé par l’Iran.
Sur un tout autre plan, l’Iran compte aussi sur des partenariats stratégiques avec la Russie et la Chine. Bien entendu, il s’agit des grands acteurs rivaux face aux États-Unis, pour lesquels l’alliance avec Téhéran s’inscrit dans une vision stratégique d’ensemble. Membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, la Russie et la Chine offrent une forme de protection diplomatique au sein des instances internationales.
Cependant, ses alliés se gardent d’intervenir dans le conflit actuel – la Russie parce qu’elle a déjà les bras pleins avec l’Ukraine, la Chine parce que Beijing n’a pas forcément envie de provoquer une escalade avec Washington. Toujours est-il que nous nous devons de mieux comprendre la nature de leurs relations.
La première ressource de l’Iran et le pilier de son économie, c’est le pétrole, et la Chine achète, bon an mal an, entre 80 et 90 % de ses exportations pétrolières. Ce débouché privilégié s’inscrit dans une entente de coopération signée en 2021, établissant un partenariat sur 25 ans et impliquant des investissements chinois dans des domaines clés. Ainsi, l’Iran représente un maillon crucial de la «Nouvelles routes de la soie», une initiative lancée par Xi Jinping pour mieux relier la Chine au reste du monde.
Le président iranien, Massoud Pezechkian, a également signé l’an dernier un traité de coopération avec Vladimir Poutine. Cet accord vient renforcer leur partenariat militaire, en vertu duquel l’Iran livre des drones – utilisés par la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine – en échange d’autres technologies militaires, de renseignements sur les adversaires occidentaux et de soutien au développement nucléaire.
Si ces pactes aident à atténuer l’effet des sanctions économiques imposées à l’initiative des États-Unis, ils n’engagent aucune mesure de défense mutuelle. (En revanche, un tel traité existe entre la Russie et la Corée du Nord: si celle-ci est attaquée, la Russie doit l’aider.) Moscou et Beijing peuvent donc s’en tenir à une implication indirecte tout en réclamant la fin des hostilités.
Enfin, il importe de noter que la posture radicale du gouvernement iranien n’empêche pas des échanges pragmatiques et parfois solidaires avec plusieurs autres pays. Partenaire économique et rival en même temps, la Turquie se prononce contre les sanctions à l’encontre de l’Iran, malgré son désaccord avec ses menées dans la région.
On pourrait aussi citer l’Inde, qui adopte une politique purement transactionnelle, ainsi que l’adversaire de cette dernière, le Pakistan, qui se pose à la fois en ami de la République islamique et en médiateur avec l’Occident.
À cette liste-là peuvent s’ajouter le Brésil, l’Algérie et même plusieurs pays d’Europe avec lesquels Téhéran souhaite améliorer ses relations et accroitre ses échanges. Par ailleurs, bien qu’il fasse figure d’État paria sur la scène internationale, l’Iran entretient des relations diplomatiques avec 166 pays – ce qui est un peu plus qu’Israël!
Il n’y a pas lieu de se méprendre: le régime iranien est responsable de nombreux méfaits et atrocités, à commencer par l’oppression de sa propre population. Il n’en demeure pas moins qu’il réussit jusqu’ici à tenir tête à la campagne israélo-américaine, en dépit des menaces du président Trump de «renvoyer l’Iran à l’âge de pierre auquel il appartient».
Plus de morts, plus de destruction – cela semble assuré. Quant à savoir si l’issue du conflit sera réellement à l’avantage des États-Unis ou de ses adversaires, c’est l’avenir qui nous le dira.
