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De l’encouragement communautaire, ça aide!
Originaire d’un peu en dehors de Montréal et maintenant installée à la Baie Sainte-Marie depuis une dizaine d’années, Amy avoue qu’elle a toujours été une personne artistique et créative. À l’école et même à l’université, on pouvait trouver des doodles et des petits dessins dans les marges de ses notes.
Même si l’art était clairement une passion pour Amy, ce n’était pas toujours une voie professionnelle encouragée. «Je pense que ça arrive souvent chez les jeunes, on se disait que les arts visuels, ça ne paie pas, explique-t-elle. Alors, si on voulait poursuivre notre éducation, ça serait peut-être mieux de ne pas aller dans les arts visuels.»
Amy a découvert différentes façons d’exprimer sa créativité artistique, comme dans son travail en communication, qui l’obligeait à écrire. «Je me sentais comme je pouvais contribuer ou peut-être apaiser ce désir de créer à travers l’écriture», raconte Amy.
Patience à feuilles longues par Amy Paradis.
Après un changement de vie personnelle, le monde artistique est revenu pour Amy et elle a réussi à trouver du temps pour réincorporer ses pratiques en arts visuels dans sa vie. «Il y avait de l’espace de nouveau; de l’espace physique et peut-être mental dans ma vie tout d’un coup, explique-t-elle. J’ai pu occuper une pièce dans ma maison pour créer de l’art et j’ai pu trouver du temps dans mon horaire pour créer aussi.»
Amy parle aussi très positivement de Févri-art, une initiative organisée par le Conseil des Arts de la Baie (CAB) qui encourage les artistes de tous genres et de forces à créer. Ça se passe du 1er au 28 février et l’objectif est de pratiquer son art, soit tous les jours ou simplement quand le bon moment se présente. Les artistes partagent ensuite leurs créations sur la page Facebook du CAB, ce qui peut encourager le désir de créer et le partage de créations originales.
S’impliquer dans ce projet ouvre ainsi la porte à cette communauté artistique. «Ça te force de sortir de ta coquille, décrit Amy. Tu partages ton art avec des gens que tu ne connais pas et tu commences à recevoir des beaux commentaires de la communauté qui t’encourage.»
Amy explique la manière dont cette initiative peut ensuite encourager les participants à continuer la pratique de créer, même quand Févri-art est terminé. Cet évènement a poussé Amy à reprendre la création d’œuvres d’art dans l’année 2020, et elle continue depuis.
Une ode à la communauté de Clare
«Ma famille et moi, on est venu ici (Clare) en 2016 et on s’est fait accepté et accueilli tellement chaleureusement, raconte Amy. C’est un plaisir d’incorporer des éléments de la région dans ce que je crée.»
Ses œuvres des années antérieures démontrent des symboles communautaires, comme des coquilles, des animaux trouvés dans la région et même des expressions de Clare.
«C’est vraiment une célébration, explique-t-elle. Le fait qu’on peut voir des éléments de notre culture d’une façon plus ou moins permanente, comme sur un autocollant ou sur un coussin. J’espère que ça aide à valoriser la belle culture qu’on voit à Clare. C’est totalement une love story pour notre nouveau chez-nous.»
L’intégration dans la communauté de Clare a commencé avec les aventures d’explorations qu’elle faisait avec ses enfants quand ils ont déménagé dans la région. Ensuite, c’est le bénévolat. «Ça m’a permis de rencontrer des gens qui croyaient dans la communauté», explique Amy.
Le fucus par Amy Paradis.
Des cartes d’anniversaire aux grandes créations sur toile
Amy tenait à trouver des petites façons de faire de l’art dans sa vie, comme toujours créer ses propres cartes de souhaits. «J’aimais beaucoup faire des choses un peu style cartoon, dit Amy. J’ai gardé toutes les cartes de fête que j’ai faites pour les enfants quand ils étaient tout petits.»
Ces jours-ci, ses créations sont beaucoup plus conscientes. Elle utilise de la peinture acrylique et de gros rouleaux de toile. Elle a aussi fait quelques cours de pastels à l’huile, un nouveau médium pour elle, avec Maggie Schmidt Mandell. «Elle nous a montré qu’avec un peu de turpentine, tu peux transformer ton pastel en véritable peinture à l’huile et tu peux vraiment manipuler tes pastels de façons différentes. C’est quelque chose que j’explore aussi.»
Amy se sent chanceuse d’être entourée d’artistes talentueux, comme ceux et celles de Clare. «Je pense à Denise Comeau, je pense à Nadine Belliveau, et, quand je pense à des artistes comme elle (Nadine), je pense à la grandeur de ses œuvres. Alors, pour moi, c’était mon challenge! Je me suis dit, “Oh, pourquoi pas essayer?” Je trouve des fois c’est plus facile aussi, quand c’est grand. Quand c’est grand, tu peux jouer un peu avec les nuances et, quand tu recules, ça devient quelque chose d’intéressant.»
En 2023, Amy a reçu un financement à travers de la FéCANE (Fédération culturelle acadienne de la Nouvelle-Écosse), qui l’a permis d’acheter des toiles de 24X24 avec l’intention de créer une exposition à temps pour le Congrès mondial acadien en 2024.
Entre les années 2023 et 2024, elle a peint une douzaine de toiles de fleurs et de plantes qui représentaient la région de Clare. Après un peu de recherche, elle a découvert les plantes qui représentaient soit des plantes natives ou d’autres plantes qui sont venues par la suite, ainsi que la façon dont ces plantes étaient utilisées autrefois. «C’était intéressant. Il y avait des différentes espèces qu’on utilisait peut-être pour bâtir des maisons ou des clôtures, par exemple», raconte-t-elle.
La découverte des plantes invasives dans la région s’est faite par la suite. «Les lupins qu’on adore à Clare, c’est des plantes invasives! C’est des menaces, vraiment, mais elles sont tellement belles!»
La création de pièces plus grandes était une nouveauté pour Amy, mais cela a fini par être une expérience agréable. «Avec ces toiles en 24X24, ça m’a forcé de travailler en grand et maintenant, j’aime ça. Ça fait un statement quand tu vois une grosse pièce sur le mur.»
C’est en pratiquant
Des œuvres à Amy, ainsi que celles de deux autres artistes, Véronique Hogan et Marcel Saulnier, seront en exposition, du 28 mars au 8 mai, à la galerie Trécarré. Amy explique comment les artistes ont décidé de combiner leurs forces et de mettre cette exposition ensemble.
«On est tous les trois peut-être dans un genre de purgatoire artistique; on n’est pas vraiment des amateurs, mais, des fois, on ne se sent pas comme des professionnels non plus. On est tous sur notre propre chemin, explique Amy. L’idée de l’expo “C’est en pratiquant”, c’est qu’on veut parler un peu de notre processus et de nos buts, pour pouvoir améliorer nos techniques.»
Avec les pièces créées pour l’exposition, les artistes décident aussi de partager quelques-unes de leurs œuvres démontrant leurs «échecs», afin de vraiment montrer, visuellement, le processus de création. Les trois artistes ont un style axé sur la nature, alors même que le thème est orienté autour de «comment on s’améliore», il y a également le thème qui est inspiré par la nature.
Les apprentissages ne finissent pas une fois que les œuvres de chaque artiste sont terminées et choisies, car avec un montage d’expo, il y a plein d’étapes à considérer. «C’est aussi l’expérience de comment monter une exposition, mentionne Amy. Est-ce qu’on a assez d’œuvres pour couvrir les murs? Est-ce qu’on veut vendre nos pièces et, si oui, combien d’argent qu’on veut pour chaque morceau? Juste ça aussi, c’est l’expérience.»
«En créant cette exposition, ça nous force d’avoir l’expérience en art visuel, so, c’est bien! ajoute-t-elle. On espère que les gens soient inspirés et encouragés à tenter de créer de leur façon aussi. Si on peut le faire et montrer de nos succès, mais nos échecs aussi, peut-être les gens seront plus à l’aise de se laisser eux même essayer.»
S’entourer et s’essayer
Le monde d’art peut être un monde solitaire quand la création se fait souvent tout seul et souvent à la maison. Amy apprécie, alors, la chance de rencontrer d’autres artistes durant les soirées Makerdi, où des artistes de tous médiums peuvent se rencontrer dans une salle pour travailler.
Cette occasion de s’entourer de divers artistes aide avec l’inspiration et le sens d’appartenance. «Si on crée de l’art, on est artiste, soutient Amy. C’est weird de te dire “je suis artiste”, c’est pas quelque chose que je dis souvent. Mais le plus souvent que tu le dis, le plus souvent que tu crois que tu l’es aussi!»
Comme avis pour les personnes qui commencent en création d’art, Amy suggère de trouver des possibilités de création dans ses alentours. «Pour moi, c’était le Conseil des arts de la Baie. Ils m’ont beaucoup soutenu. J’étais beaucoup inspiré par les membres du conseil et ça m’a permis aussi de sauter dans les arts visuels, sans trop de commitment. Quelques fois par an, on aurait des expositions de groupe, alors tu n’es pas seul, t’es entouré d’un bon groupe d’artistes du coin.»
«Soit pas gêné de lancer le coup, poursuit-elle. C’est OK d’être gêné, mais l’idée c’est: lance-toi! Prends les premiers pas et vas-y! L’idée, c’est d’avoir de l’art dans la vie et apprendre comment l’incorporer. Peut-être c’est en cuisinant, peut-être c’est en peinturant, peut-être c’est en tricotant, mais c’est une façon de faire sortir cette bulle de créativité. Pour moi, ça devient lourd. Il faut que je la sorte d’une façon ou d’une autre. On a tous des fibres créatives qui résident dans nous, alors c’est trouver comment les faire sortir et les fêter aussi!»
Amy décrit ses œuvres en série
J’aime travailler en série. Ça me permet d’affiner mes compétences au fil du temps, et j’aime voir les œuvres réunies autant que de les apprécier individuellement. Cette peinture d’une patience à feuilles longues a commencé par une photo. J’ai souvent mon téléphone dans la poche quand je marche derrière la maison avec mon chien, et à ce temps-ci de l’année, je m’intéresse particulièrement à la façon dont la neige s’accumule et repose sur les plantes en dormance. Cette série visait à les capter à un moment où on les admire peut-être moins, tout en révélant leur beauté et leur force discrètes — surtout sous le poids d’une bonne couche de neige. Je prends quelques photos, je rentre à la maison et je me mets à peindre.
J’aime travailler en format carré, souvent en petit format. Trouver la bonne composition m’aide à raconter une histoire, et comme l’espace est limité, je dois en dire beaucoup avec peu de coups de pinceau. Je garde ma palette de peinture acrylique assez restreinte et j’essaie de ne pas trop retravailler la surface. Pour cette série, je me suis donné le défi de peindre une œuvre par jour, en me limitant à une heure chaque fois. Ça rendait le projet plus accessible au quotidien, même si au total, j’y ai consacré environ 30 heures. Et quand une œuvre est terminée, je la montre à mes adolescents pour avoir leur avis : l’un est toujours très encourageant, l’autre très honnête. Un bel équilibre.
Site Web: https://amyparadis.com/
Instagram: @amyparadisartist
