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Ken Paul, membre de la Première Nation Wolastoqey, dans la communauté de Neqotkuk (Nouveau-Brunswick), est directeur et propriétaire de Pokiok Associates, qui a mené une récente étude sur les changements climatiques pour le Secrétariat du Congrès des chefs des Premières Nations de l’Atlantique (APC) et le Programme de recherche intégrée sur le développement économique autochtone de l’Atlantique (AIEDIRP).
Les participants du rapport font remarquer que les changements climatiques ont changé les écosystèmes et, de fil en aiguille, leurs économies.
Pour les Premières Nations de l’Atlantique, cela modifie considérablement nos économies, nos terres et nos moyens de subsistance.»
«Pour les Premières Nations de l’Atlantique, cela modifie considérablement nos économies, nos terres et nos moyens de subsistance, a déclaré Robert Gloade, chef de la Première Nation de Millbrook. Cela touche bon nombre de nos communautés, nos rivières et nos océans.»
La pêche se complique. Les crustacés, comme le homard et le crabe des neiges, se déplacent vers le nord, explique le chef Gloade, et les espèces envahissantes présentes dans les eaux qui se réchauffent perturbent les pêcheries traditionnelles.
Une autre menace: la migration d’espèces envahissantes, comme les tiques, qui s’introduisent dans les écosystèmes.
Il y a également un déclin du saumon dans la région atlantique en raison du réchauffement des eaux. Une menace qui affectera aussi l’industrie du homard, dans les années à venir.
Les pressions économiques sont fortes. «Les pêcheries, l’aquaculture, le logement et les infrastructures, les industries saisonnières auront un cout beaucoup plus élevé et beaucoup d’incertitude», prévient le chef Gloade.
«Cela affecte non seulement nos économies, mais peut également entrainer un deuil climatique, de l’anxiété et une perte de lien avec la terre.»
De plus, les tempêtes, plus fréquentes maintenant, mènent aux dégâts, aux défis financiers et à l’incertitude. «Des inondations, des érosions et des perturbations de nos pêcheries se produisent. Cela menace et affecte les infrastructures et l’emploi, ainsi que la sécurité alimentaire, la santé mentale et le bienêtre.»
Ken Paul a mentionné lors de sa présentation du rapport que les baies et les plantes médicinales traditionnelles, comme la sauge ou le foin d’odeur dans les zones côtières, et des lieux de sépulture sont menacés par l’érosion.
«Nous perdons des espèces végétales traditionnelles que nous utilisions pour la récolte, soutient M. Paul. Alors que le climat change, alors que ça se réchauffe ici (dans les maritimes), nous trouvons qu’il est plus difficile de trouver certaines choses, comme le frêne noir, qui est très important pour la fabrication de nombreux produits culturels, comme la vannerie.»
Il ajoute qu’«il y a du travail qui se fait pour la régénération des frênes noirs». De nombreuses communautés autochtones sont en train de dresser l’inventaire des frênes noirs et collecter les graines afin de trouver d’autres zones où les planter.
Des Premières Nations de l’Atlantique réagissent aux changements climatiques et, afin de réduire les couts et accroitre la souveraineté, se préparent à investir dans les énergies renouvelables: l’énergie solaire, éolienne, marémotrice et géothermique.
«Les énergies renouvelables deviennent quelque chose qui doit être soutenu, car les combustibles fossiles restent une source d’incertitude et contribuent aux problèmes climatiques», commente Ken Paul.
Pour ce qui est de la sécurité alimentaire, des communautés proposent comme solution de sécuriser leurs traditions et leurs systèmes. «Les communautés rétablissent les aliments traditionnels, construisent des serres et développent des programmes de partage alimentaire», selon le rapport de Pokiok Associates.
«Au sein même des communautés, les gens n’attendent pas que d’autres trouvent des solutions, affirme Ken Paul, mais prennent plutôt l’initiative d’enseigner aux membres de leur communauté comment chasser et pêcher de manière traditionnelle, comment préparer ces aliments.»
L’on observe également un engouement croissant pour l’entrepreneuriat vert, l’écotourisme et les initiatives d’énergies propres, dont le stockage par batterie.
Mais pour y arriver, il faudra plus de programmes de financement des gouvernements provinciaux et fédéraux, selon M. Paul, pour la recherche et la formation, de plus que l’obtention d’équipement.
En outre, il est d’avis qu’il faut mettre l’accent sur la souveraineté autochtone. «Plus vous donnez de pouvoir aux communautés locales, plus vous obtiendrez des solutions climatiques résilientes. Mais cela signifie que les ministères fédéraux et provinciaux […] et les politiciens doivent reconnaitre cela et être prêts, je dirais, à renoncer à leur autorité et à soutenir les initiatives menées par les Autochtones.»
S’appuyant sur les connaissances communautaires et universitaires, le rapport définit huit domaines prioritaires pour faire progresser la résilience climatique et le développement économique durable des peuples autochtones :
- Renforcer la gouvernance climatique et la représentation
- Investir dans des infrastructures et des mesures de protection résilientes au changement climatique
- Promouvoir les énergies renouvelables et la souveraineté énergétique
- Renforcer la sécurité alimentaire et les systèmes alimentaires locaux
- Soutenir les connaissances, l’éducation et le leadeurship des jeunes
- Favoriser la diversification économique et l’innovation autochtone
- Améliorer l’accès au financement et la flexibilité
- Mettre l’accent sur la guérison, la santé mentale et la résilience culturelle
Une recommandation consiste à se focaliser davantage sur le leadeurship des jeunes. «Plus nous sommes capables de faire des regroupements de jeunes et d’ainés, à les rassembler – car les jeunes sont des apprenants, les ainés des enseignants –, je pense que nous verrons plus d’innovation dans les communautés.»
«Dans 25 ans, ils occuperont les postes que nous occupons aujourd’hui, c’est-à-dire des postes de direction. Nous voulons donc nous assurer qu’ils bénéficient du soutien nécessaire, car ils souhaitent rester ancrés dans leur culture, mais aussi travailler avec des outils modernes et innovants», complète-t-il.
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