le Mercredi 17 juin 2026
le Lundi 22 Décembre 2025 9:00 Actualités provinciales

Plus qu’une lecture: les livres en langues étrangères redessinent les bibliothèques

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Une partie de la collection multilingue de la Bibliothèque centrale d’Halifax.  — PHOTO: Jean-Philippe Giroux
Une partie de la collection multilingue de la Bibliothèque centrale d’Halifax.
PHOTO: Jean-Philippe Giroux

Farsi, hindi, pendjabi. La demande pour les livres n’étant ni en anglais ni en français dans les bibliothèques de la Nouvelle-Écosse est en hausse, surtout parmi les populations de nouveaux arrivants. Un effort de la part des bibliothécaires visant à soutenir l’apprentissage dans toutes les langues, mais aussi un engagement envers la diversité, d’équité et d’inclusion.

Plus qu’une lecture: les livres en langues étrangères redessinent les bibliothèques
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Type de contenu: Actualité

Mansi Nishit Trivedi, bibliothécaire des services techniques de PARL (Pictou-Antigonish Regional Library) et directrice de succursale à la bibliothèque publique de New Glasgow. 

PHOTO: Jean-Philippe Giroux

Jean-Philippe Giroux
Le Courrier de la Nouvelle-Écosse – IJL

C’est le résultat de l’évolution démographique observée au cours des cinq dernières années, due à l’immigration, pointe Mansi Nishit Trivedi, bibliothécaire des services techniques de PARL (Pictou-Antigonish Regional Library) et directrice de succursale à la bibliothèque publique de New Glasgow. 

«Il y a différentes personnes venant de différentes parties du monde qui aiment apprendre une nouvelle langue», tel l’anglais, dans le cas de la Nouvelle-Écosse, mais «qui souhaitent également rester en contact avec leur langue maternelle», maintenir un lien avec leur littérature et transmettre leur culture à leurs enfants. 

Same Page — le partenariat provincial entre les huit régions en dehors de la municipalité régionale d’Halifax (MRH) — est à l’œuvre depuis deux ans afin de finaliser son projet d’expansion de ces collections numériques multilingues, une initiative financée par un programme provincial. 

Le prélancement du projet, un ajout aux collections imprimées dans les 80 bibliothèques régionales, a eu lieu en octobre, suivi d’un lancement officiel en décembre et d’une promotion en ligne. 

«Je suis passionné par les langues et les cultures. Je viens moi-même d’un pays riche en cultures et en langues. En Inde, on parle plus de 300 langues. J’ai donc grandi en parlant trois langues différentes. L’anglais est techniquement ma quatrième langue. J’ai toujours été fasciné par les gens qui parlent différentes langues et j’ai essayé d’apprendre quelques phrases, quand c’était possible.»

— Mansi Nishit Trivedi

Selon la communauté

Chaque équipe régionale devait évaluer les priorités pour sa communauté et essayer d’identifier les langues de la majorité de ses membres.  

Mansi Nishit Trivedi, dans son coin de la province, a collaboré avec l’Association multiculturelle du comté de Pictou, ainsi que les responsables de cercles de conversation locaux. 

Un cercle de conversation est un espace destiné au dialogue et à l’échange sur des sujets entre membres d’une communauté, et peut prendre différentes formes. 

Dans ce contexte, l’on parle d’un groupe de discussion entre nouveaux arrivants, dont le but est de «pratiquer l’anglais oral dans un environnement décontracté et sans stress» et «approfondir leur compréhension de la culture et du milieu de travail canadiens», selon le site Internet de l’Association des services aux immigrants de la Nouvelle-Écosse. 

Une partie de la collection multilingue de la Bibliothèque centrale d’Halifax, de l’albanais au  farsi (persan). 

PHOTO: Jean-Philippe Giroux

Les données du dernier recensement ont permis de déterminer, hormis l’anglais et le français, quelles sont les 10 langues les plus parlées, à savoir l’arabe, le chinois, l’allemand, l’hindi, le coréen, le polonais, le pendjabi, l’espagnol, le russe et l’ukrainien. 

À Halifax, qui a son propre système de bibliothèques publiques, 40 langues sont représentées, mentionne Erin Morice, gérante du développement des collections de Halifax Public Libraries. 

Ce dernier se concentre sur les langues les plus parlées dans les communautés et tente de créer des collections «solides» dans ces langues. 

La liste des langues évolue au fil du temps, à mesure que les communautés de Halifax changent elles aussi. 

«Nous nous efforçons sans cesse de répondre aux besoins des différentes communautés au sein de la [grande région métropolitaine d’Halifax]. Et une façon de faire cela est à travers la création de collections qui répondent aux besoins, à la lecture de plaisir et aux besoins d’information de chacun au sein de notre communauté.» 

Bien que la collection multilingue d’Halifax a pris de l’expansion au fil des dernières années, les premiers documents multilingues remontent au milieu des années 90, à l’époque où Halifax Public Libraries a vu le jour, à la suite de la fusion entre Halifax, Dartmouth et le comté de Halifax. 

De plus, dans certaines régions où les cultures fondatrices (mi’kmaw, acadienne, gaélique) sont davantage dominantes ou influentes, les collections dans ces langues sont plus volumineuses. 

«Cela dépend vraiment du public et de la communauté de cette bibliothèque en particulier, précise Nishit Trivedi. Elle peut être différente de toutes les autres bibliothèques, mais nous faisons de notre mieux pour diversifier autant que possible la collection.»

Dans la région de Pictou-Antigonish, 18 langues, y compris le français, ont été sélectionnées pour le projet imprimé de PARL.

Le soutien des fournisseurs 

Travaillant avec OverDrive, le plus grand fournisseur de livrels (livres électroniques), de magazines électroniques et de livres audios au monde, il était clair pour Mansi Nishit Trivedi et ses collègues qu’il fallait commencer par conclure des accords avec les fournisseurs et les éditeurs. 

«Après deux ans de travail sur le projet, nous avons enfin conclu suffisamment d’accords avec les fournisseurs», déclare Nishit Trivedi, un projet qui donne aujourd’hui un accès instantané à plus de 335 000 titres numériques en 10 langues provenant de 15 000 éditeurs à travers le monde.

À Halifax, une panoplie d’outils ont été utilisés pour développer ses collections, des palmarès aux listes de prix littéraires. Pour développer celle en français, les fournisseurs canadiens, tels que Renaud Bray, et les maisons d’édition régionales, comme Les éditions Bouton d’or Acadie, ont été d’une grande utilité. 

Erin Morice, gérante du développement des collections de Halifax Public Libraries. 

PHOTO: Jean-Philippe Giroux

L’on examine aussi les collections d’autres bibliothèques publiques au Canada, en particulier celles qui possèdent une collection française plus importante, comme la Bibliothèque publique d’Ottawa ou le Service des bibliothèques publiques du Nouveau-Brunswick, afin de voir ce qu’elles ajoutent et ce qui est populaire dans ces établissements, explique Erin Morice. 

Dans certaines collections des bibliothèques d’Halifax, comme celle en français, l’on mélange des œuvres initialement écrites et publiées dans la langue originale, mais également des livres traduits de l’anglais. 

Ayant lu le livre en anglais et souhaitant apprendre le français, les lecteurs choisissent parfois le même livre en français, retrace Morice. Connaissant déjà l’histoire, une relecture dans cette autre langue les aide à approfondir leur connaissance de celle-ci. 

Pour les collections en langues étrangères, c’est une autre histoire. Halifax Public Libraries travaille avec le fournisseur Multicultural Books and Videos (MCBV) en leur donnant des critères correspondant à ce qu’ils recherchent, tels que ladite langue, la tranche d’âge, le genre littéraire et les dates de publication, par exemple. 

MCBV, par la suite, travaille avec des éditeurs du monde entier pour acheter ou obtenir du matériel qui correspond aux gouts du lectorat. 

«Acheter du matériel multilingue est un processus long, donc il (le fournisseur) travaillent avec des éditeurs dans les différents pays, et il le font également pour les bibliothèques à travers le Canada, dit Morice, donc avoir ce point central, qui coordonne en quelque sorte tous ces achats auprès des éditeurs d’autres pays, permet de rationaliser ce processus.» 

Pour apprenants et amateurs

Le partenariat Same Page voulait aussi évaluer la qualité de ses collections numériques multilingues. Il était important pour les bibliothécaires d’inclure bien plus que des manuels de langues, en ajoutant, entre autres, de la fiction et de la non-fiction pour les amateurs de livres.

Du côté du projet imprimé de PARL, c’est notamment en identifiant les membres de ces communautés qui parlent les langues respectives que l’équipe a pu améliorer ses collections.

«Ensuite, bien sûr, ce projet a pris un peu plus d’ampleur, poursuit Mansi Nishit Trivedi, car j’ai pensé que je devrais acheter des livres imprimés en anglais [qui] représentent des histoires d’immigrants, de réfugiés […] ils s’identifient beaucoup à ces histoires. Et ils aiment lire des récits sur les immigrants, leurs expériences lorsqu’ils s’installent dans un autre pays.» 

C’est aussi de choisir des titres familiers aux locuteurs de ces langues. «Des gens viennent s’installer ici depuis les quatre coins du monde, et parfois, ils aiment relire des ouvrages qu’ils ont déjà lus dans leur pays d’origine. Quand ils les trouvent dans leur langue, dans une bibliothèque, dans un autre pays, ils aiment les lire et les relire. Je pense que c’est parce qu’ils ont un lien particulier avec leur langue.» 

Halifax Public Libraries, en plus de son offre de livres imprimés, de livres électroniques et de livrels, offre un accès aux journaux d’autres pays. 

«Par exemple, un nouvel arrivant peut accéder, à travers nos ressources en ligne, aux journaux de ses pays ou villes d’origine, et cela peut être une manière qu’il se sent connecté à sa famille et à l’actualité qui se passe d’où il vient (back home)», selon Erin Morice. 

«Nous proposons également divers programmes tout au long de l’année — des programmes destinés aux nouveaux arrivants —, mais aussi de juste créer un environnement accueillant, pour que n’importe qui qui franchit nos portes puisse trouver quelque chose pour eux, qu’il s’agisse d’un livre à lire, d’un film à regarder, d’un programme auquel participer ou d’un nouvel ami à se faire», conclut-elle. 

L’objectif d’expansion inclut les livres en français dans les bibliothèques de la Nouvelle-Écosse, comme ici à la Bibliothèque centrale d’Halifax.

PHOTO: Jean-Philippe Giroux

Type: Actualités

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