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Le 15 avril dernier, Jude Avery et Jennifer Delorey, respectivement l’ancienne et la nouvelle présidence de la Société acadienne de Torbé, ont effectué une présentation devant le conseil municipal de Guysborough. À l’ordre du jour: un centre communautaire acadien dans le comté.
Selon l’annexe relative à la disponibilité des fonds, préparé par la Société pour la présentation, le cout d’investissement total pour le projet s’élèverait à environ 4 millions de dollars, le début des travaux étant prévu pour 2027 ou 2028, si tout se déroule tel que prévu.
Le centre servira de plaque tournante pour la préservation culturelle, l’éducation, l’interprétation et les rassemblements communautaires, soutenant ainsi les générations actuelles et futures.
«Le centre servira de plaque tournante pour la préservation culturelle, l’éducation, l’interprétation et les rassemblements communautaires, soutenant ainsi les générations actuelles et futures», déclare la Société.
Cette dernière a déjà acquis un terrain pour ce centre culturel et a discuté d’un partenariat avec la nouvelle école acadienne de Larry’s River, et ce, «pour créer une infrastructure permanente commune à l’école et au centre culturel, afin de mieux soutenir les efforts de revitalisation acadienne».
La directrice de Belle-Baie, Nicole Avery-Bell, parle de la construction de l’école.
La Société a également réalisé une étude de faisabilité, mené des consultations communautaires, mis en place un modèle de gouvernance et établi des partenariats avec des organisations provinciales, comme le Conseil scolaire acadien provincial et la Fédération culturelle acadienne de la Nouvelle-Écosse.
Il y a des couts à déterminer pour, entre autres, la construction de l’édifice, les systèmes électriques et mécaniques et les éléments verts du projet. La Société voudrait un système de chauffage et de climatisation par pompe à chaleur, des matériaux nécessitant peu d’entretien, un éclairage DEL et une infrastructure compatible avec l’énergie solaire.
Elle veut aussi inclure un ascenseur, si nécessaire, et des salles de bain accessibles pour les visiteurs qui s’aventurent dans la région.
Dans la phase 2 du projet, la tâche sera de se focaliser sur la galerie, le centre de généalogie et la boutique. Ensuite, lors de la dernière phase, ce sera la finalisation des espaces extérieurs et la capacité d’extension du programme.
Soutenir la culture
Pour l’instant, les Acadiens de Torbé organisent leurs activités sans une installation permanente. Il faut louer ou partager des espaces, ce qui limite les efforts de planification à long terme et la préservation des artéfacts.
La Société acadienne de Torbé souhaite construire un espace multifonctionnel, avec une salle d’accueil pour les évènements culturels et les rassemblements communautaires, une section pour l’interprétation et l’exposition des objets historiques, des locaux administratifs et de service et une cuisine communautaire pour servir des mets traditionnels.
À long terme, l’objectif serait de développer une programmation éducative pour les jeunes de l’École Belle-Baie (cuisine, littérature, musique, théâtre), de plus que créer des ateliers de généalogie et des activités d’apprentissage intergénérationnel.
«Le centre culturel renforcera l’identité acadienne, soutiendra la dualité linguistique, améliorera le tourisme culturel et contribuera au développement économique et social de la région. Il constituera un héritage durable de la résilience et de la fierté acadiennes.»
L’ancien président de la Société acadienne de Torbé et figure de proue dans les communautés acadiennes de Torbé et Pomquet, Jude Avery, répond aux questions de la journaliste Shannon Nickerson, en aval de la projection des documentaires du Courrier, à Larry’s River, le 19 avril dernier.
Développer le volet touristique
La Société défend le fait qu’un tel centre serait idéal pour renforcer la vitalité acadienne, mais aussi pour contribuer à la durabilité rurale et au tourisme dans le comté de Guysborough.
Torbé accueille de plus en plus de touristes, curieux de découvrir cette région acadienne. Ils arrêtent aux sites principaux, dont la Place Savalette (Port Felix), le parc provincial de Tor Bay, l’École Belle-Baie et la Place de nos Ancêtres (Larry’s River).
Par contre, la région n’est pas encore adaptée au tourisme. À une demi-heure de route de Guysborough, la plus grande communauté de ce comté de 7 373 habitants, Larry’s River, n’a même pas de toilettes publiques. Lorsqu’ils le peuvent, les résidents du village offrent la salle de bain de leur logis ou dirigent les visiteurs vers l’école.
La Société souhaite que la création du centre communautaire rende la région plus attrayante et accessible pour les touristes qui veulent découvrir leur région, leurs artéfacts et leur culture.
Torbé se définit
La directrice de l’École Belle-Baie, Nicole Avery-Bell, constate un renouvèlement de la fierté acadienne à Torbé depuis la reconnaissance officielle, en 2021, de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse, faisant de cette région la 12e communauté acadienne reconnue dans la province.
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«On a commencé à se sentir légitime.» Elle raconte qu’avant cette reconnaissance, elle entendait parfois des commentaires de gens disant que les gens de Torbé «n’étaient pas des vrais Acadiens», vu que plusieurs personnes n’y parlent plus français.
Une carte éducative de la région dans une salle de classe de l’École Belle-Baie.
«À un moment donné, il faut qu’on accepte qu’on a des Acadiens qui parlent pas français, à cause de l’assimilation», et que la perte du français ne veuille pas dire que l’acadienneté ne fait pas partie de leur identité.
Belle-Baie, une école modulaire au cœur du village de Larry’s River, a été inaugurée il y a maintenant un an. Avant cela, pendant un an et demi, l’éducation s’est faite dans la salle d’un centre communautaire, une seule éducatrice accompagnant Avery-Bell dans cette aventure. «C’était difficile, mais on a toughé!»
Aujourd’hui, il y a 38 élèves et 12 personnes travaillent à Belle-Baie, un nouvel employeur pour ce petit village de pêcheurs, au nord de la Nouvelle-Écosse continentale.
Certains étudiants songent même à aller faire des études en français pour enseigner à l’école, soutient la directrice. «Il y a un espoir qui n’a jamais été là, dans ma génération.»
«Nous autres, on croyait [que] si on voulait continuer, il fallait quitter» pour trouver des possibilités économiques ailleurs, ajoute Avery-Bell. Cette dernière trouve que «le futur est plein de positivité et d’espoir maintenant», tant pour les jeunes que pour les adultes.
«Déjà, dans juste deux, trois ans, on voit le changement de mentalité à propos de l’avenir», renchérit Jude Avery.
La directrice affirme qu’une demande a été faite pour ajouter deux classes à l’école modulaire. Si la communauté scolaire continue de croitre, il y aura le potentiel de construire une école permanente.
En route vers l’École de Belle-Baie:
Avoir du pouvoir
Jude Avery, ancien président de la Société acadienne de Torbé, avait rêvé pendant longtemps d’une école acadienne dans sa région, mais doutait de la probabilité que cela se produise.
La cour de récréation de l’École Belle-Baie. Il est commun dans la région de peindre et de dessiner sur les rochers.
Maintenant que son rêve est devenu réalité, il voit une fierté et un engagement communautaire grandissant parmi les Acadiens de Torbé. Quand un but est fixé, les gens sont déterminés à l’atteindre, lance Avery.
Il y a d’ailleurs un intérêt grandissant non seulement à éduquer les enfants en français, mais aussi pour les adultes à prendre des cours de langue. Le prochain objectif de la Société est justement d’offrir ces cours aux apprenants.
Nicole Avery-Bell raconte que rien n’a été perdu dans la région. L’École Belle-Baie, toutefois, est la première instance où il y a eu un gain majeur.
«C’est le moment où on s’est rendu compte qu’on avait du pouvoir. Alors, maintenant, on n’a pas peur de demander plus.»
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