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Les données sur les dialectes français à travers le monde seront collectées grâce à une application appelée Francais de nos régions (FDNR). On espère «documenter les variations géographiques du français que nous parlons aux quatre coins de la francophonie, de Paris à Montréal, en passant par Dakar et Nouméa».
Malgré les intentions ambitieuses du projet, certaines régions de la francophonie restent non documentées. «Ils (les gérants du projet FDNR) [ont] vérifié ses statistiques et [ont] effectivement déclaré qu’ils avaient reçu moins de 1 % d’engagement en 2019. Donc, notre idée de faire un blitz en focus dans les régions spécifiques l’a vraiment excité», a déclaré Gabriel Jones, facilitateur du «blitz», un évènement destiné à rassembler la communauté afin que tous remplissent ensemble le questionnaire.
Jones explique que, grâce à ses échanges avec les organisateurs du projet, il a trouvé que Pubnico détient une grande richesse, qui est à la fois sous-documentée et précieuse, d’un point de vue linguistique.
«Éventuellement, ce qu’on aimerait faire, c’est de faire des panneaux d’informations et d’interprétations qui utilisent un peu les données qui ont été développées en ce qui concerne l’équivalent du parler acadien local en France», a souligné Jones.
«Parce qu’il y a une équivalence, il y a une connexion entre la façon de parler par exemple de Pubnico et la façon de parler dans certaines régions de la France. L’étude démontre ça. Et c’est une des raisons pour lesquelles il veut vraiment avoir plus d’engagements au local.»
«Pubnico étant une région très, très ancienne, leur dialecte en particulier fait partie d’une division linguistique assez unique, venant du nord de la France. Et que les vestiges de ce langage en France, on peut les diversifier parce que le langage n’a pas vraiment changé depuis le 17e siècle», poursuit Jones.
Il explique que, bien que d’autres régions aient leurs propres dialectes, ceux-ci ont tendance à être davantage influencés par des facteurs extérieurs, car elles ont historiquement eu plus de contacts avec d’autres communautés.
Jones indique qu’ils ont décidé d’organiser une séance publique d’information, et le Musée des Acadiens des Pubnicos a invité les résidents à participer à une séance de groupe à la caserne de pompier locale.
L’un des groupes démographiques les plus importants pour l’enquête était également le plus difficile à atteindre: les ainés.
Faciliter l’engagement
«C’était une des choses que le professeur Thériault a dit qui est plus difficile parce que le sondage électronique, souvent, les ainés ne veulent pas engager avec les matériels. Donc, on a conçu d’avoir essentiellement du support au local pour faciliter un peu l’engagement avec le sondage électronique», dit Gabriel Jones.
Monica D’Entremont, employée du Musée des Acadiens des Pubnicos, a animé l’atelier à Pubnico, présentant le projet ainsi qu’une conférence sur la linguistique donnée par Ina Amirault, une personnalité locale.
Cependant, des problèmes techniques ont rendu difficiles le téléchargement et l’accès à l’application pour les personnes âgées présentes, malgré l’aide apportée par les employés du musée.
Mme D’Entremont explique qu’elle prévoit plutôt d’envoyer le sondage électronique aux gens en se rendant à la maison de retraite locale, le Pont Du Marais, et en les aidant à le remplir un par un.
Le Musée a également l’intention d’envoyer une liste de mots acadiens locaux, afin d’aider le sondage à localiser plus précisément les francophones acadiens.
Un accent inidentifiable
«Lorsque j’ai répondu au questionnaire pour la première fois, il m’a localisé à Genève, explique Monica D’Entremont, parce que nous disions “sep-tante, huip-tante, nen-ante”. Puis, après un certain temps, j’ai répondu à nouveau au questionnaire, et il m’a localisé à Clare.»
Les données limitées sur l’accent des habitants de Pubnico et des Acadiens en général rendent difficile pour l’application de localiser leur accent avec précision, explique D’Entremont.
«La première étape, c’est d’attraper le plus de monde possible […] Deuxième étape, ça va être d’envoyer nos mots. La troisième étape, c’est de refaire la première partie [de l’application] de nouveau, puis la, ça devrait être capable de nous dire, “Ah, toi, tu viens de Pubnico”», a précisé D’Entremont.
Plans pour l’avenir
Gabriel Jones affirme qu’avec un nombre suffisant de participants de Pubnico, ils pourront reproduire le projet dans des régions, telles que Wedgeport, Tusket et Clare, et évaluer dans quelle mesure les régions partagent des expressions.
«Très souvent, on parle du langage, le joual acadien, comme une chose monolithique, comme tout le monde parle acadien. La réalité ici, c’est que tout le monde ne parle pas le même acadien. Chaque région a sa propre façon de parler, sa propre expression, sa propre étude, ce qui fait qu’on ne parle pas assez du caractère unique de ces langages», explique Jones.
Jones affirme que les Acadiens le savent, mais que le reste du monde n’est pas encore conscient de l’ampleur de la variation linguistique en Amérique du Nord francophone.
«La prochaine étape, c’est qu’on va utiliser l’information qui est générée pour faire une présentation, une interprétation en exposition. On parle peut-être aussi de faire une présentation digitale, comme ça que l’information va être là pour tout le monde, pour qu’on puisse savoir c’est quoi l’expérience des francophones dans la Nouvelle-Écosse», explique Jones.
Bien que les recherches linguistiques soient en cours depuis de nombreuses années, l’application a été développée en 2019, dans le cadre d’une bourse de recherche offerte par l’université de la Sorbonne au créateur à l’origine du projet, Mathieu Avanzi, et au responsable de l’étude nord-américaine, André Thibault.
Défis linguistiques
Selon André Thibault, il existe un manque de ressources orales en français acadien en ligne pouvant être utilisé comme support de recherche par les sociolinguistes.
Pour collecter ces données, ils doivent identifier l’âge, le sexe et la région précise de chacun des enregistrements qu’ils reçoivent, ce qui rend impossible l’utilisation d’un programme d’apprentissage automatique afin de collecter des données en ligne. Pour cette recherche, leur seule option est la participation communautaire.
«Quand on a une émission à la radio, on ne va pas demander aux gens comment vous dites un sweater, comment vous dites des sneakers. Nous, on a des questions très précises qui permettent une comparaison systématique de tous les sons, de plusieurs concepts», conclut Thibault.
