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Depuis le début des travaux intensifs sur le terrain en 2017, la compréhension du fort Saint-Louis a fondamentalement changé. Le site n’est plus considéré simplement comme l’emplacement d’un fort français unique, mais comme un paysage culturel à plusieurs niveaux dont l’histoire s’étend sur plusieurs millénaires.
Comme l’explique Cottreau-Robins, l’approche de l’équipe a évolué pour étudier le site comme «un lieu Mi’kmaw, un environnement Mi’kmaw où les Français et d’autres peuples vivaient et faisaient du commerce», reconnaissant l’histoire autochtone du lieu et y intégrant la présence européenne.
«Notre approche de recherche est ancrée dans le paradigme de la décolonisation, avec les conseils et le partenariat des Mi’kmaq».
Une présence européenne pré-française
Les recherches du Cottreau-Robins indiquent une possible présence basque à Port La Tour avant que Charles de La Tour n’y établisse son poste dans les années 1620. Cela remet en question certaines chronologies de l’activité européenne dans la région et suggère un réseau plus complexe de commerce et de colonisation.
- Tuiles de toiture de style basque: les chercheurs ont trouvé «littéralement des milliers et des milliers de fragments» de ces tuiles distinctives sur le site. Cutrell-Robbins décrit cela comme un signe «prolifique» et récurrent d’un lien fort avec les Basques.
- Céramiques basques: L’une des premières indications d’une histoire plus complexe a été la découverte d’un grand bol en terre cuite orné d’un «élément décoratif typiquement basque». Cet artefact est similaire à la culture matérielle basque observée sur d’autres sites, tels que Red Bay à Terre-Neuve-et-Labrador.
- Perles commerciales anciennes: La découverte de deux perles Chevron, l’une lors de la saison de terrain 2023 et l’autre lors de la saison 2025, classées dans la catégorie «perles de verre de la première période», fournit un repère chronologique essentiel. Ces perles datent de la fin du 16e siècle (1580-1600), soit avant l’arrivée de La Tour.
Indices sur la vie quotidienne et le statut social
D’autres artefacts fournissent des informations sur les activités quotidiennes, les relations commerciales et les structures sociales au fort. Des pointes de lance en fer, par exemple, ont été fabriquées en France comme répliques d’outils Mi’kmaq et échangées pour des fourrures.
Selon Cottreau-Robins, la découverte la plus étonnante de la récente saison de fouilles a été «la partie centrale d’un verre à vin vénitien décoré d’or», découverte à un mètre sous terre, sous une structure effondrée. La découverte de ce verre, qui a «un peu époustouflé» l’archéologue en chef, offre un aperçu rare de la hiérarchie sociale qui existait dans cet endroit isolé. Elle indique que «quelqu’un de haut rang vivait dans ce bâtiment particulier».
Un paysage à travers le temps : de Mi’kma’ki à la Nouvelle-France
Selon Cottreau-Robins, l’emplacement du fort Saint-Louis n’était pas une terre vierge attendant l’arrivée des Européens. Ses archives archéologiques confirment que cette crique côtière, riche en bancs de palourdes et en accès à l’eau fraîche, était un lieu traditionnel de chasse, de cueillette et de campement pour les Mi’kmaq depuis au moins 2 000 ans. Elle suggère que Charles de La Tour a délibérément établi son poste dans un endroit déjà bien connu et utilisé par les Mi’kmaq, dans le but de consolider les relations commerciales et les alliances.
Les excavations ont révélé un paysage complet du 17e siècle qui suggère que le site était bien plus «qu’un fort comme Stone Fort». Au sommet des anciennes couches Mi’kmaq se trouvent des vestiges de l’époque de La Tour: un poste fortifié sur un esker* élevé à des fins défensives, une zone industrielle avec une forge et des systèmes de soutien domestique comprenant des jardins et des puits.
Un aboiteau en bois, ou écluse à marée, trouvé sur la plage a été daté de 1645, ce qui témoigne d’une infrastructure sophistiquée. Après la période La Tour, des preuves montrent une utilisation continue jusqu’au 18e siècle, les archéologues ayant mis au jour un quai submergé, des perles de commerce du 18e siècle et ce qui pourrait être la cave d’une maison acadienne.
Cela correspond à une carte de 1734 de Cyprian Southack, qui décrit Port La Tour comme un endroit agréable à vivre, avec une route, une pêche à la morue et une famille résidente.
Contre la marée: la menace du changement climatique
Le site archéologique est menacé par l’érosion côtière causée par le changement climatique. Après le passage de la dépression tropicale Lee en septembre 2023, des relevés effectués à l’aide de drones ont révélé que certaines zones de la plage avaient perdu 14 mètres en une seule nuit. La tempête a également renversé la couverture arborée qui offrait autrefois de l’ombre aux chercheurs. Comme l’a fait remarquer Cottreau-Robins, «tout cela a disparu», laissant la zone exposée et vulnérable aux incendies.
Les chercheurs surveillent désormais activement l’érosion et ont commandé des études à des experts climatiques afin de trouver des moyens de protéger ce qui reste des bastions du fort.
Une enquête en cours avec une histoire en constante évolution
Cottreau-Robins souligne qu’«il s’agit d’une recherche en constante évolution. Elle n’est en aucun cas terminée». Chaque saison de terrain ajoute de nouvelles couches de données et soulève de nouvelles questions, contribuant ainsi à une histoire qui est en train d’être écrite.
«En tant qu’archéologue, je dis toujours que les fouilles sont la partie la plus facile, et c’est vrai. C’est un travail intense. On est fatigué, sale, piqué par les insectes, on passe de longues journées au soleil. Mais c’est quand on a tout cela, qu’il faut ensuite comprendre et interpréter, essayer de comprendre ce que cela signifie, que c’est difficile.»
Les artefacts clés issus des fouilles sont conservés localement. Une exposition au Old Courthouse Museum de Barrington permet aux habitants et aux visiteurs de voir les découvertes de leurs propres yeux.
Cottreau-Robins explique que les fouilles archéologiques menées à Port La Tour suggèrent qu’il s’agissait d’un «espace construit conjointement», où Français, Basques et autres peuples évoluaient dans un monde encore défini par le pouvoir autochtone. Elle note qu’à cette époque, «le contrôle impérial était davantage une vision qu’une réalité sur le terrain».
«Nous comprenons que la présence d’un type particulier d’artefacts provenant d’un endroit particulier ne confirme pas la présence de personnes associées à un site, explique Cottreau-Robins. Cependant, lorsque l’on examine les instruments commerciaux en jeu, nous savons que des personnes provenant de plusieurs pays européens se trouvaient sur nos côtes maritimes à cette époque.
La grande diversité de la collection d’artefacts atteste de la diversité des peuples présents dans des lieux tels que ces postes de traite des fourrures. Nous ne pouvons pas simplement qualifier Fort Saint-Louis comme français.»
Définitions – Esker: Accumulation de matériaux fluvio-glaciaires présentant l’allure d’une chaussée à bords raides, généralement sinueuse.
