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Cette année, Ronald Labelle, ancien professeur de français et d’études acadiennes, compte parmi les invités de l’édition 2025. À cette occasion, il se confie au Courrier sur les enjeux et l’intérêt d’un tel évènement.
«C’est un festival littéraire, explique-t-il. Il y a un peu de musique aussi, mais c’est surtout des écrivains du Cap-Breton et d’ailleurs.»
Durant ce weekend de présentations, de lectures, de panels et de discussions, le territoire d’Unama’ki, le nom du Cap-Breton dans la langue des Mi’kmaq, occupe une place centrale.
Ces terres sauvages, véritables personnages à part entière, sont effectivement pour tous les participants une riche source d’inspiration. «Ça se passe principalement au College Gaelic, à la St. Anns, précise M. Labelle. Depuis quelques années maintenant, il y a des évènements ailleurs aussi. La journée de ma participation, ça va être à We’koqma’q, sur le territoire des Mi’kmaq.»
Ronald Labelle.
L’ancien professeur, qui s’était rendu à plusieurs reprises au festival les années précédentes, figure pour la première fois parmi les animateurs du weekend.
Les organisateurs cherchent, en effet, de plus en plus à élargir leur programmation en y intégrant davantage de participants issus de milieux multiculturels, notamment des auteurs non anglophones ou extérieurs au Cap-Breton.
Cette intention avait déjà pu se remarquer l’année passée au cours d’une rencontre orchestrée entre des écrivains francophones.
Une première pour le festival, qui réitère l’expérience cette année avec M. Labelle, accompagné de conteurs, le Mi’kmaw Clifford Paul et l’Écossaise du Cap-Breton Sionainn/Shannon MacMullin. «On va chacun présenter une petite ou quelques petites histoires qui parlent des différentes communautés du Cap-Breton. Et puis, le soir, il va y avoir une discussion, un panel avec un modérateur, Alexander MacLeod, un auteur assez connu.»
L’objectif de cette activité est de mettre en parallèle les traditions orales acadiennes, écossaises et autochtones du Cap-Breton. «La grande majorité de la population est anglophone, mais si on regarde du point de vue folklore, les peuples qui ont eu beaucoup de traditions orales sont les peuples autochtones, les Acadiens et les Écossais, qui parlaient gaélique dans le passé.»
D’où l’importance de faire appel à des personnes qui connaissent les communautés minoritaires du Cap-Breton et qui peuvent ainsi représenter sa diversité culturelle. «J’ai beaucoup d’admiration pour qui organise ça parce que c’est pas facile en région, comme ici, d’organiser ce genre de festival là, de faire venir des gens jusqu’à St. Anns ou We’koqma’q ou dans des petites communautés», exprime M. Labelle.
«Ça aide la reconnaissance de la richesse de la culture littéraire, la culture en général, mais en particulier la culture littéraire au Cap-Breton.»
Une richesse qui l’avait sensiblement marqué quand il était venu s’installer dans la région. «Il y a une grande tradition littéraire ici, assez surprenante, assure-t-il. Les maritimes, en général, sont une région assez riche en culture littéraire, mais au Cap-Breton, c’est particulièrement important.»
Pour autant, la culture littéraire francophone au sein de la province reste encore limitée. «On a peu d’écrivains francophones en Nouvelle-Écosse, souligne-t-il. Alors qu’au Nouveau-Brunswick, il y en a énormément.»
Le manque d’efforts institutionnels en matière d’éducation, qui a longtemps fait du tort, pourrait l’expliquer. «Je pense que c’est le phénomène d’éducation qui a été un gros problème, alors que les traditions orales sont très riches, rappelle-t-il. Très peu d’Acadiens, dans le passé, en Nouvelle-Écosse, étaient assez à l’aise pour écrire en français.»
La création du Conseil scolaire acadien provincial (CSAP), seul conseil scolaire francophone de la Nouvelle-Écosse, reste finalement assez récente, tout comme la possibilité pour les élèves de recevoir leur enseignement en français comme première langue. «Avec la jeune génération maintenant, qui a été instruite entièrement en français, peut-être qu’y aurait un rattrapage de ce côté-là», espère M. Labelle.
Toutefois, l’ancien professeur ne peut encore expliquer le manque de production littéraire francophone qui perdure au sein de la province.
Dans ce contexte, il suggère que le CSAP encourage davantage l’intégration d’ouvrages acadiens dans les programmes éducatifs et au sein des bibliothèques, et qu’il y ait une plus grande promotion pour les œuvres écrites par les autrices et les auteurs locaux.
«J’ai participé l’année dernière à la préparation de petits livres pour l’enseignement du français langue seconde dans les écoles anglophones de la province de la Nouvelle-Écosse, raconte-t-il. Maintenant, ces livres-là sont utilisés à la grandeur de la province. Donc c’est quelque chose de positif, une bonne initiative que le ministère de l’Éducation ait mis ça. Il y en a d’autres qui pourraient être faites.»
Ainsi, il invite le plus grand nombre à prendre part à des évènements, comme le Cabot Trail Writers Festival, et à porter attention à la richesse de la vie culturelle et littéraire qui continue d’animer la province.
