le Vendredi 5 juin 2026
le Mardi 9 septembre 2025 7:00 Actualités: Acadie et Francophonie

Les mains du monde, un documentaire pour ouvrir la discussion

Pourquoi faire confiance à Le Courrier
Un extrait du documentaire Les mains du monde. — PHOTO: Julien Cadieux
Un extrait du documentaire Les mains du monde.
PHOTO: Julien Cadieux

Dans son nouveau documentaire, Les mains du monde, le réalisateur Julien Cadieux pose sa caméra sur le petit village du Cap-Pelé et les visages de ses habitants, une communauté où se mélangent Acadiens et travailleurs migrants.

Les mains du monde, un documentaire pour ouvrir la discussion
00:00 00:00

Type de contenu: Actualité

Une inspiration de comment la transformation d’un milieu rural peut se faire dans le bon vivre-ensemble. «C’était important pour moi de revenir dans mon coin de pays», confie le réalisateur sur son désir de tourner près de Shédiac. 

«C’est mon identité acadienne. Je pense que quand t’es documentariste, tu travailles dans le métier comme ça, t’as envie de raconter des histoires, soit que tu connais, ou qui ont une affiliation avec ce que tu vis, tes racines.»

Dans Les mains du monde, il a souhaité ainsi porter le récit de ces hommes et ces femmes qui sont venus s’installer dans le village côtier de Cap-Pelé, au Nouveau-Brunswick, une région qui avait longtemps été majoritairement acadienne. 

Un extrait du documentaire Les mains du monde.

PHOTO: Julien Cadieux

Il y montre comment ces derniers se sont petit à petit intégrés dans ce petit bourg marin, malgré leurs différences culturelles avec les personnes qui y résidaient déjà. «J’ai voulu documenter comment le vivre-ensemble se fait dans cette communauté-là, un peu comme un exemple pour toutes les autres communautés rurales acadiennes qui vivent ce genre de transformation due à la mondialisation, et aussi, à la fois, au manque de main-d’œuvre.»

Il confie avoir été particulièrement touché par l’aspect humain de ses rencontres, loin des mythes et préjugés courants sur les immigrants. «[Ce sont] des gens qui ont des rêves, qui, pour la majorité – on peut peut-être penser par moment qu’ils sont juste de passage, mais non -, veulent aussi s’implanter dans la communauté. Et je pense que cette humanité-là qu’on voit à travers le rêve de ces gens-là, et de ce désir de s’intégrer, ça fait du bien.» 

«Et surtout dans un contexte où on a un discours très péjoratif, surtout aux États-Unis, par rapport à l’immigration, je pense que ça fait du bien de pouvoir entendre des histoires positives.»

Puis, c’est la question de l’immigration en collectivité rurale qui est venue l’interroger. 

Il a souhaité montrer comment la communauté acadienne a fait en sorte que la transformation de leur village se fasse dans un bon vivre-ensemble. «Je pense qu’il reste quand même dans la culture acadienne un sens de communauté. Historiquement, il y a eu beaucoup aussi de mouvements coopératifs d’entraide.» 

«Et donc, il y a quand même, s’il n’y a pas nécessairement de ressources institutionnalisées pour accueillir les immigrants, des centres de services et tout ça, des gens de la communauté qui sont prêts à porter mainforte pour qu’il n’y ait personne qui soit laissé derrière.»

Le point de vue de cette population sur l’immigration et les immigrés révèlent, en ce sens, des attitudes différentes de ce que suggèrent plus généralement les politiques et médias. 

Un extrait du documentaire Les mains du monde.

PHOTO: Julien Cadieux

Cela démontre que la façon dont la migration est perçue peut avoir une influence sur le degré d’intégration des migrants à leur communauté d’accueil. «L’image qu’on a, surtout par rapport aux États-Unis, c’est que les personnes noires sont peut-être plus violentes ou plus criminalisées et tout ça. Donc ça, c’était des préjugés pour certains qui ont peut-être été obligés de défaire», explique Julien Cadieux. 

«Il y a aussi certains [qui] disaient qu’ils ne sont que de passage, qu’ils sont seulement là pour avoir leurs papiers et ensuite aller vers Toronto ou des grandes villes, versus, il y a vraiment des gens qui sont installés.»

Le réalisateur rappelle également que la barrière langagière représente un défi majeur pour les immigrants et entrave notamment l’intégration sociale. 

D’où l’importance d’apporter un meilleur soutien aux nouveaux arrivants pour faciliter l’adaptation et créer un sentiment de communauté. «Plusieurs personnes n’ont pas le français comme langue commune, ou même l’anglais. Dans le cas des Mexicains, c’est une langue espagnole. Donc, c’est aussi de voir comment la communauté [est] capable de pouvoir communiquer de façon qu’ils puissent s’intégrer, qu’ils ne soient pas isolés aussi.»

En cela, les habitants originaires de Shédiac semblent avoir compris l’importance d’une approche humanitaire face à ces différents défis. 

Julien Cadieux l’a ressenti à travers la gratitude exprimée par certains des participants du tournage envers la communauté accueillante. «C’était des gens qui avaient vraiment une envie de partager ce qu’ils vivent, à la fois pour, justement, déstigmatiser certains préjugés que les gens ont peut-être, et de voir qu’ils sont vraiment là pour simplement s’impliquer dans la communauté.»

C’est dans cet esprit que le réalisateur a souhaité concevoir ce documentaire, «pour ouvrir la discussion».

Voir avec curiosité, avec bienveillance, l’aspect de l’immigration et à la fois comment ça peut enrichir nos vies et aussi comment on peut participer à faire en sorte que tout le monde puisse avoir un bon vivre-ensemble.

— Julien Cadieux

Son désir était également de mettre en lumière la communauté acadienne et son esprit de solidarité. «Il y a des gens qui font des belles choses, il faut partir là-dessus. Je trouve que c’est très constructif.»

«Oui, il y a des défis, on en parle aussi dans le documentaire, quand ça vient. Mais je pense que c’est aussi une façon de célébrer ceux qui posent des gestes, qui sont là, qui ont une bienveillance envers les autres, et aussi pour les immigrants, de pouvoir communiquer leur histoire avec les gens sur place.»

Finalement, avec Les mains du monde, Julien Cadieux porte des récits universels, qui transcendent les origines et les différences culturelles, et qui toucheront certainement un grand nombre de personnes.

«On a tous des rêves, on a tous des ambitions de poser ses bagages, de faire racine, exprime-t-il. J’ai choisi un village, mais c’est un portrait aussi de ce qui se passe à Petit-de-Grat, à la Baie-Sainte-Marie, à Chéticamp, là où il y a beaucoup de main-d’œuvre étrangère qui vient. Je pense qu’en Nouvelle-Écosse, il y a beaucoup de gens qui vont pouvoir se connecter à cette histoire-là.»

Type: Actualités

Actualités: Basé sur des faits, soit observés et vérifiés directement par le ou la journaliste, soit rapportés et confirmés par des sources bien informées.

Pour consulter nos pratiques exemplaires et politiques journalistiques, cliquez ici.

Contactez la rédaction - Proposer une correction - Faire une suggestion - Contactez l'équipe