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À cette occasion, Stéphanie Weber Biron, la directrice photo du film, partage avec Le Courrier son expérience du tournage à Terre-Neuve et son amour pour le Canada atlantique. «Je travaille souvent dans les provinces atlantiques. En fait, j’ai beaucoup de partenariats avec des réalisateurs, réalisatrices de Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve aussi.»
Originaire du Québec, elle raconte que son aventure dans les maritimes a commencé à Halifax, lors d’une collaboration avec la réalisatrice Andrea Dorfman. Sa participation au tournage du premier film de Xavier Dolan, J’ai tué ma mère, lui a ensuite apporté une certaine reconnaissance nationale et internationale, et ainsi permis de découvrir de nouveaux territoires.
«Mais on dirait qu’il y a une histoire d’amour entre moi et les Maritimes, confie-t-elle. Je suis inspirée par les paysages et j’ai développé des amitiés et des collaborations à long terme.»
En tant que directrice photo responsable de l’ambiance visuelle d’un film, elle se dit très sensible aux charmes des territoires de la Nouvelle-Écosse, de Terre-Neuve et du Nouveau-Brunswick, qu’elle prend tout autant plaisir à filmer. «C’est vraiment un plus de pouvoir voyager et mettre en scène ces superbes paysages.»
Stéphanie Weber Biron, directrice photo du film The Muse.
En outre, lorsque Stéphanie Weber Biron se lance dans un nouveau projet, elle veille aussi à ressentir de l’intérêt pour le scénario et une certaine adéquation avec le réalisateur ou la réalisatrice en question. «Quelqu’un avec lequel je m’entends bien et [dont] je sais que l’expérience de tournage comme telle peut être enrichissante, soutient-elle. Dans le cas de The Muse, Wanda Nolan, la réalisatrice, je la connaissais déjà. C’est une amie.»
Elle dit d’ailleurs avoir été enchantée lorsqu’elle a reçu la proposition de participer au tournage et s’est rapidement montrée très captivée par le sujet du film: l’amitié entre Robert Tilley, 74 ans, et la jeune photographe Ting Ting Chen, qui partent ensemble à la découverte des routes de Terre-Neuve, le vieil homme devenant, sans crier gare, la muse de l’artiste.
«Ce n’est pas tous les jours qu’on voit une jeune femme utiliser un homme plus âgé comme muse. Ce n’est pas notre première idée quand on parle de muse en art», exprime Weber Biron.
«Aussi, le côté du récit d’une migrante qui arrive dans un pays complètement différent du sien, où est-ce qu’elle ne parlait pas la langue au départ. Tous ces thèmes-là, je les trouvais intéressants.»
C’est important de raconter des histoires qui peuvent parfois contrer certains tabous, surtout dans un climat social où on critique beaucoup l’immigration, où il y a certaines parties de la société qui se renferment et qui deviennent plus à droite.
Par ailleurs, elle a également été sensible au regard de la réalisatrice porté sur cette amitié singulière. «C’est important de raconter des histoires qui peuvent parfois contrer certains tabous, surtout dans un climat social où on critique beaucoup l’immigration, où il y a certaines parties de la société qui se renferment et qui deviennent plus à droite. De juste voir une amitié pure entre une immigrante et quelqu’un qui est né à Terre-Neuve et qui a vécu toute sa vie à Terre-Neuve, qui peut avoir des échanges comme ça, c’est positif.»
La directrice photo s’est aussi plu à collaborer avec Wanda Nolan pour tout le travail de recherches qu’elle avait préparé en amont. La réalisatrice avait en effet pensé et scénarisé ses scènes avant de les tourner.
Une pratique peu courante dans le documentaire. «En fiction, on a le temps, on peut écrire l’histoire, on peut vraiment manipuler comment va se dérouler l’histoire. Mais en documentaire, il y a quand même un aspect où on filme la réalité. On ne sait pas exactement ce que les personnages vont dire ou ce qui va se passer.»
En outre, Weber Biron a apprécié ce tournage pour la liberté créative que la réalisatrice lui a laissé et l’importance qu’elle a accordée à son point de vue en tant que directrice photo. «À la fois, elle sait ce qu’elle veut et où elle veut aller, mais elle est aussi très ouverte aux idées de ses collaborateurs et elle veut qu’on contribue.»
Avec un intérêt certain pour les relations humaines, Weber Biron aime aussi son métier, car il lui permet de découvrir le monde et de faire des rencontres qu’elle n’aurait pas pu faire ailleurs. «Chaque tournage laisse sa trace. C’est impossible pour moi d’oublier Ting Ting, puis Robert, et puis ces lieux que j’ai visités avec Wanda dans le cadre du tournage.»
Le lieu, on y revient. Un autre point, puisque c’est le paysage de Terre-Neuve qui a déclenché la rencontre entre Ting Ting Chen et Robert Tilley. «Elle est venue à Terre-Neuve pour étudier, raconte Weber Biron. Et donc, l’endroit même a influencé son parcours à elle. Elle est devenue photographe, un peu parce que le lieu l’a tellement inspirée, et aussi à cause de son amitié avec Robert, qui lui a décidé de lui faire découvrir Terre-Neuve.»
Une histoire qui touche encore beaucoup la directrice photo. «Je trouve ça toujours inspirant de voir des jeunes suivre leur passion. Ting Ting qui se lance en photographie, elle ne pensait pas du tout faire ça de sa vie. Probablement qu’en Chine, elle ne pouvait même pas rêver à faire ce genre de métier créatif. Et là, elle a déjà du succès!»
Ting Ting Chen est en effet connue aujourd’hui dans le monde entier et a remporté de nombreux prix prestigieux. Pour autant, nombre de ses œuvres ont été créées avec très peu de moyens, car la jeune femme disposait de revenus modestes lorsqu’elle les a réalisées.
Elle a donc dû faire preuve d’ingéniosité pour mettre en scène ses idées. «Il y a plusieurs de ses photos, elle n’a même pas de studio ou rien. C’était vraiment photographié de façon bancale, dans un corridor avec peu d’équipement, puis en trouvant des choses comme, mettons, un drap pour faire une petite toge.»
«Elle se débrouille avec très peu de moyens pour faire ses photos, j’ai trouvé ça aussi inspirant et ça m’a marquée, s’enthousiasme Weber Biron. On réalise qu’avec un peu de créativité puis de débrouillardise, on peut faire de super belles choses.»
