le Vendredi 5 juin 2026
le Vendredi 5 septembre 2025 7:00 Actualités: Acadie et Francophonie

Honorer la foi de ses ancêtres à l’ère contemporaine

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Un aperçu de différents objets que Laurence Côté utilise pour ses pratiques et rites spirituels. — PHOTO: Margaux Paz Paredes
Un aperçu de différents objets que Laurence Côté utilise pour ses pratiques et rites spirituels.
PHOTO: Margaux Paz Paredes

Que reste-t-il aujourd’hui des traditions des ancêtres? Quelle place occupent-elles dans le rapport contemporain à la spiritualité? Et comment continuer à porter ce patrimoine et le transmettre, tout en respectant le passé?

Honorer la foi de ses ancêtres à l’ère contemporaine
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Type de contenu: Actualité

Laurence Olivier Julien Côté à la Forteresse Louisbourg, le 15 aout dernier.

PHOTO: Laurence Olivier Julien Côté

Des questions auxquelles s’est intéressé Laurence Olivier Julien Côté, qui a étudié les traditions catholiques de ses ancêtres acadiens et québécois dans un contexte moderne, pour les retranscrire dans ses propres pratiques, comme spiritualité vivante.

Originaire de Winnipeg, Laurence Côté a grandi au rythme d’une famille militaire, ponctué par de nombreux voyages, notamment en Allemagne, où il a vécu pendant quatre ans.

Ce n’est qu’à ses 12 ans qu’il a pu rencontrer ses grands-parents et arrière-grands-parents, qui habitaient au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Un moment fort marquant qui l’a amené à s’intéresser à l’histoire de ses ancêtres et à s’interroger sur la manière dont ces derniers percevaient le monde.

Mais c’est durant la pandémie de 2020 que son exploration spirituelle a réellement commencé.

Durant cette période où tout le monde était figé, il est tombé sur un livre de magie chrétienne qui l’a beaucoup questionné. Sa mère, le surprenant dans sa lecture, lui a dit: «Je suis contente que tu regardes ça. C’est ton héritage.» 

Intrigué, il a alors décidé de se rendre aux archives et bibliothèques universitaires pour trouver des publications sur les pratiques folkloriques et les savoirs des Acadiens et Québécois.

Ça donne une identité, ça donne un chez-soi.

— Laurence Olivier Julien Côté

Tout ce qu’il a appris l’a inspiré et conduit à créer ses rites personnels, y voyant là une façon de tisser et entretenir un lien avec une famille, qu’il regrettait d’avoir trop peu connue. «Ça donne une identité, ça donne un chez-soi.»

Comme sa famille acadienne et québécoise était catholique, c’est vers cette culture religieuse qu’il s’est naturellement tourné. «C’est là où mes ancêtres priaient, révèle-t-il. Si mon sang a ça dans la veine, quand je prie un saint, je me sens un peu plus fort, parce que je sais que mes ancêtres ont fait la même chose.»

Un aperçu de différents objets que Laurence Côté utilise pour ses pratiques et rites spirituels.

PHOTO: Laurence Olivier Julien Côté

Il raconte qu’une de ses grand-tantes, Rita Lapierre-Otis, avait écrit un livre, Angèle des Iles, sur son arrière-grand-mère, Angèle, et sa vie aux Îles-de-la-Madeleine. 

Très proche de sa grand-mère, la mère de Laurence avait pu, grâce à cet ouvrage, approfondir ses connaissances sur sa culture acadienne, puis les transmettre à son fils. «Quand elle me disait des histoires d’Angèle, de comment elle était, comment était sa vie, ça me donnait un lien à moi aussi. Parce qu’elle aussi, elle aimait coudre, elle aimait dessiner les modes, elle aimait s’exprimer dans les arts.» 

«Elle était vraiment artiste. Ça me donnait comme un petit lien à elle, confie-t-il. C’est de là que j’ai trouvé toute l’histoire acadienne, de mon côté maternel.»

Désireux de poursuivre l’exploration de ses racines et de mieux les comprendre dans une perspective contemporaine, Laurence réside depuis trois ans à Halifax, une ville qu’il considère comme idéale pour ses recherches. 

«Je [vois] tellement de pratiques folkloriques que les gens se donnaient à chaque jour pour [se] donner de la chance, pour prévoir des orages, pour se protéger, relate-t-il. Il y a tellement de charmes et de sortilèges que les gens utilisaient dans leur quotidien que je peux apporter dans l’ère moderne, que je peux faire dans ma propre spiritualité.»

Un chapelet de main en fer pour retrouver les objets perdus.

PHOTO: Margaux Paz Paredes

Selon lui, le recours à ces pratiques et méthodes spirituelles ancestrales aujourd’hui peut nous permettre de nous recentrer et de retrouver la foi et l’espoir dans un monde de plus en plus complexe et dissonant. «On a tous besoin de quelque chose pour nous donner de l’énergie, de la fortitude à chaque jour, même dans cette ère moderne», soutient-il. 

«Moi, je me centre dans mon art, dans mes peintures, dans ma couture. C’est une méditation pour moi, pratiquement. Donc, ça me ramène à moi, ça me ramène à mon collectif. C’est ça qu’on a besoin dans ce monde-ci, qui est cacophonie, qui n’arrête pas de parler. On a besoin de ce petit moment à nous.»

Intimement convaincu qu’il y aura toujours une place pour la spiritualité au sein de notre société, quelle qu’en soit son évolution, parce qu’inhérente à notre humanité et à notre histoire, il soutient cependant une ouverture d’esprit quant à la façon de l’appréhender. 

Lui-même, en fonction de ce qu’il a appris sur ses ancêtres et son patrimoine culturel, a développé ses croyances et pratiques dans un espace où il estime être en adéquation et compris. «Je vais dans une Église Unie où c’est affirmatif aux personnes trans et 2SLGBTQIA, où je me sens chez moi, partage-t-il. C’est de la recherche pour soi-même, dans la théologie de la religion, pour se faire ses propres idées.»

Laurence Côté se définit aujourd’hui comme un sorcier d’aïeux, car, dans sa pratique, il accorde une très grande importance à la mémoire de ses ancêtres, et leur consacre de nombreux rites et hommages.

Il s’est ainsi constitué tout un ensemble de talismans – un chapelet pour retrouver les objets perdus, un petit autel qu’il transporte avec lui en voyage ou encore un charme pour la protection et la santé, où il a renfermé des symboles personnels. 

Différents instruments qu’il utilise au quotidien, en fonction de ses besoins, et qui lui permettent d’entretenir le lien. «Je me connecte de cette manière-là avec mes ancêtres, par les arts et par les offrandes.»

De cet enrichissement culturel personnel qui l’habite au quotidien, Laurence Côté aspire à présent y consacrer un ouvrage qui viendrait rassembler l’ensemble de ses recherches.

Un projet qui l’anime beaucoup, mais qui ne verra le jour qu’une fois qu’il aura recueilli les témoignages et la validation des ainés des communautés acadiennes, saguenéennes, innues et mi’kmaq. «Je veux éviter l’appropriation culturelle auprès des peuples autochtones tout en ayant un esprit de réconciliation.

Il estime fondamental de raconter cette histoire et ces traditions avec un profond respect du passé, à l’image de la spiritualité qui l’habite aujourd’hui. «Ancrée dans les savoirs chrétiens d’un point de vue libérateur, réconciliateur et en tout amour de tous.»

L’enseigne religieuse de Laurence Côté, confectionnée par ses soins, avec le drapeau du Québec, les bleuets du Saguenay-Lac-Saint-Jean, l’étoile acadienne, l’hermine bretonne et le pentacle, l’étoile de sorcellerie utilisée par les mouvements modernes païens.

PHOTO: Margaux Paz Paredes

Type: Actualités

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