Chaque prise de position politique, construite à partir de l’ensemble des valeurs, normes et préférences d’un citoyen qui oriente ce dernier vers un camp ou un parti particulier, est avant tout une question de perception, qui existe en dehors du choix électoral. Il est important de le rappeler. Bien que tout le monde vit dans la même réalité, chacun, à travers ses filtres, ses connaissances et ses expériences professionnelles et personnelles, comprend et traite cette réalité différemment.
Il y a même des études qui ont conclu que l’orientation politique peut être influencée par la biologie humaine. Les personnes qui s’orientent vers la gauche de l’échiquier politique auraient, selon des neurologues, un cortex cingulaire antérieur plus grand, une partie du cerveau associée à la compréhension et à la modération des conflits. Les individus d’une orientation plus conservatrice, eux, auraient une plus grande amygdale droite, c’est-à-dire une meilleure habileté à gérer la peur et l’anxiété.
Si la science peut nous aider à comprendre certains comportements humains, elle ne peut que raconter une partie de cette histoire, et une telle analyse manquerait de nuance. En fait, ce serait étrange de parler de clivage politique sans reconnaitre l’influence des filtres les plus influents du monde moderne: nos algorithmes.
Les réseaux sociaux sont de puissants outils qui permettent de regrouper des gens selon leurs intérêts et préoccupations. Pour chaque idée ou prise de position, il existe un forum ou une communauté virtuelle avec des internautes qui peuvent valider notre position.
C’est un mal pour un bien. Mal, puisque la nécessité de se conformer pour vivre avec les autres n’est plus nécessairement un automatisme, ce qui a pour effet d’affaiblir la cohésion sociale, et bien, car les personnes qui ne se sentaient pas à leur place ont trouvé des gens qui partagent une vision du monde semblable à la leur.
Ce phénomène bouleverse les dynamiques familiales. Si, dans le passé, l’on pouvait vivre avec les opinions divergentes d’autrui, aujourd’hui, ça devient de plus en plus difficile, quand on sait qu’en quelques secondes, on peut allumer son téléphone cellulaire pour trouver des milliers de gens qui partagent la même position que la nôtre. C’est réconfortant, mais aussi très, très déstabilisant pour le groupe dans son ensemble.
Il est important de se rappeler que ça prend beaucoup de temps, d’efforts et d’amour pour construire une famille, mais peu pour la détruire. Les clivages politiques peuvent accélérer ce processus, lorsqu’on n’arrive plus à tolérer les divergences de point de vue au sein de la cellule familiale. D’où l’intérêt de reconnaitre le pouvoir de nos mots et de nos pensées.
Alors, au prochain souper de famille, avant de sauter l’autre bord de la table à diner avec la rage dans le corps et une crotte sur le cœur, rappelez-vous de respirer. Le membre de la famille qui blesse le plus a lui aussi besoin de se sentir entendu. Il est là, le nerf de la guerre.
C’est une occasion en or de faire preuve de maturité émotionnelle et de lutter contre l’entêtement. En ne se laissant pas piler sur les pieds, bien sûr. Mais à la fin de la journée, la sagesse et la résolution appartiennent à ceux qui écoutent.
C’est une tâche que tout le monde, sans exception, doit assumer, peu importe son orientation politique, si l’on veut pouvoir continuer à vivre en famille.
Jean-Philippe Giroux
Rédacteur en chef
