L’insécurité alimentaire, d’après Santé Canada, c’est «l’incapacité de se procurer ou de consommer des aliments de qualité, ou en quantité suffisante, de façon socialement acceptable, ou encore l’incertitude d’être en mesure de le faire».
Selon Statistique Canada, 28,9 % des personnes habitant en Nouvelle-Écosse, soit près de 7 % de plus qu’en 2023, témoignent d’un certain niveau d’insécurité alimentaire. Il s’agit du taux le plus élevé au Canada. Pas surprenant, car la Nouvelle-Écosse est l’une des provinces pauvres, et l’insécurité alimentaire touche surtout les populations défavorisées et les groupes racisés.
Ce n’est pas surprenant non plus quand on regarde le prix de la facture d’épicerie. Selon le rapport annuel du laboratoire Agri-Food Analytics de l’Université Dalhousie, Canada’s Food Price Report (CFPR), l’on avertit les consommateurs qu’on «prévoit que les prix des denrées alimentaires augmenteront de 3 à 5 %» en 2025. Pour la viande, ce sera de 4 à 6 %.
Le même rapport précise que les changements climatiques, les conflits géopolitiques et le cout des intrants et de l’énergie, entre autres, ont une influence sur la hausse des prix. Et on a même pas encore parlé des tarifs américains de 25 %, qui pourraient être mis en place à compter du 1er février. Inquiétant lorsque l’on considère qu’environ la moitié de nos produits alimentaires viennent de notre voisin du sud.
Ce qui est le plus frustrant, c’est qu’on n’a jamais eu autant de surplus de nourriture. Certaines épiceries produisent du gaspillage en abondance en priorisant les produits les plus récents et en jetant le reste, même si c’est encore bon pour la consommation. Un récent reportage de CBC dans une banque alimentaire de Vancouver dévoile que, régulièrement, des surplus de caisses de légumes frais sont envoyés à leur banque alimentaire, au lieu d’aller au dépotoir. Car il y en avait trop de commandés. Quelle folie.
Il n’y a pas de pénurie de nourriture, c’est un mythe. Aujourd’hui, à l’échelle mondiale, autour d’un cinquième de la nourriture est gaspillé, ce qui équivaut à un milliard de mets par jour. D’après le Programme alimentaire mondial, l’on parle d’une perte estimée à environ 1000 milliards de dollars américains.
Le système en place est défaillant, mais l’on n’est pas impuissant. Il y a toujours l’option de reconstruire des systèmes de production locaux et régionaux. Avoir plus d’autonomie sur la production et distribution des produits. Donner plus de pouvoir aux communautés de définir le destin de leur système agroalimentaire, au lieu de se fier aux géants de l’épicerie. Peut-être même plus de jardins communautaires?
Mais ça n’arrivera pas du jour au lendemain, surtout quand les moyens financiers des consommateurs ne sont pas là. D’ailleurs, c’est plutôt ça le problème: la pauvreté systémique. Les prix ne montent pas au même rythme que les salaires, et c’est monsieur et madame Tout-le-Monde qui en paient le prix.
C’est à nous, en tant que société, de nous assurer que tout le monde peut arriver à joindre les deux bouts. À s’assurer que les salaires sont adéquats pour y arriver. Que les bons emplois soient disponibles pour se rattraper au cout de la vie. Car s’il manque de l’argent, il ne manque certainement pas de nourriture.
Jean-Philippe Giroux
Rédacteur en chef
