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Une carte de l’ile, d’une superficie de 2 608 acres, sous la protection de Nova Scotia Nature Trust.
Jean-Philippe Giroux
Le Courrier de la Nouvelle-Écosse – IJL
Il s’agit de l’un des plus importants projets de conservation insulaire en Nouvelle-Écosse, et du plus vaste à ce jour supervisé par Nova Scotia Nature Trust (NSNT), avec une superficie de 2 608 acres.
La Municipalité du District de Lunenburg (MODL) et NSNT ont signé un accord de servitude de conservation, le 21 octobre, afin d’assurer la protection juridique permanente de l’ile. Les deux ont travaillé ensemble depuis près de huit ans pour arriver à sa signature.
La Loi sur les terres communes de Lunenburg de 1897 — qui garantissait que l’ile resterait accessible à l’usage commun de la communauté, mais ne reconnaissait ni protégeait son importance écologique — a été révisée en novembre 2023 pour permettre de conclure cet accord.
Dorénavant, l’ile est protégée contre le développement et réservée principalement aux activités récréatives à faible impact, comme la randonnée et la pêche.
Légalement, les prochains gouvernements ne pourront pas y toucher. «Nous assurons l’avenir de cette ile, que les choses qui tiennent à cœur aux gens soient préservées», a déclaré Elspeth McLean-Wile, mairesse de la MODL, lors de la rencontre du conseil municipal du 21 octobre.
En entretien avec Le Courrier, McLean-Wile a ajouté que la communauté voulait s’assurer que l’ile soit protégée du développement pour y accéder librement, comme ils le font depuis des centaines d’années.
La mairesse Elspeth McLean-Wile et Bonnie Sutherland ont signé la servitude de conservation lors de la réunion du conseil municipal de MODL le 21 octobre, en présence de la conseillère municipale Morgen Reinhardt, qui a agi en tant que témoin.
La Nouvelle-Écosse, pionnière?
La première servitude écologique avec une municipalité a été établie en 2007 avec la Ville de Wolfville pour protéger la Réserve naturelle du bassin versant de Wolfville. Une première fois au Canada où une fiducie foncière a réussi à établir une entente de ce genre pour conserver un terrain appartenant à une municipalité.
Il a fallu des années pour examiner les aspects juridiques de ce qu’une municipalité pouvait faire pour grever ses actifs auprès d’une organisation non gouvernementale. Cet accord de servitude de conservation sert aujourd’hui de modèle pour ce qui peut être fait avec d’autres gouvernements municipaux.
L’entente avec la MODL est seulement la deuxième de ce genre au Canada depuis 2007, et ce, pour des raisons légitimes. La modification des lois municipales est un processus laborieux et compliqué qui prend du temps.
Les municipalités peuvent jouer un grand rôle dans la conservation des milieux naturels, selon Bonnie Sutherland, directrice générale de NSNT, puisqu’elles possèdent des parcelles de terre importantes sur le plan écologique, qui protègent, entre autres, l’eau potable et les bassins versants. «Je pense que le potentiel est énorme», dit-elle.
Elspeth McLean-Wile, mairesse de la MODL, lors de la rencontre du conseil municipal du 21 octobre.
Elle espère que ce projet inspirera d’autres municipalités et leur fera prendre conscience qu’elles peuvent jouer un rôle essentiel dans la protection de la biodiversité pour lutter contre le changement climatique, d’une manière bénéfique tant pour l’environnement que pour les citoyens.
Ce qui a été le cas pour la MODL, qui a l’intention de faire de la conservation de 20 % de son territoire l’une de ses priorités stratégiques, informe Elspeth McLean-Wile.
«Nous sommes le niveau de gouvernement le plus proche des citoyens, nous connaissons donc les lieux qui leur tiennent à cœur et qui ont une valeur historique et culturelle, ainsi que les traditions qui y sont perpétuées», selon la mairesse.
En Nouvelle-Écosse, 65 % de la masse continentale et 85 % du littoral est propriété privée.
Pour la protection et le plaisir
Une consultation communautaire précédente a permis de définir les modalités de la servitude. Parmi les activités que le public souhaitait voir interdites figuraient le développement, pour s’assurer que l’ile ne devienne pas une propriété privée, la sylviculture, la coupe à blanc, l’exploitation minière et les fermes d’énergie propre.
En 2020, des biologistes ont noté l’activité humaine sur le territoire. De plus, en cataloguant la faune et la flore de l’ile de Cap-LaHave, ils ont listé 43 espèces peu communes ou rares, dont plusieurs espèces menacées, comme le pluvier siffleur, le monarque et le bourdon à bandes jaunes.
L’ile de Cap-LaHave, situé dans la voie migratoire de l’Atlantique, est l’une des nombreuses haltes migratoires. Ces iles sont nécessaires pour rendre le trajet des oiseaux possible, car elles ont les conditions idéales: une protection du vent, des plantes et espèces pour se nourrir, un bon endroit pour se reposer, etc.
Et grâce à l’effet marin, ces iles sont plus fraiches et plus humides, contrairement à certaines régions du continent, qui ont connu dernièrement la sècheresse.
«Il existe tellement d’espèces différentes d’oiseaux migrateurs qui sont en grave déclin, met en garde Bonnie Sutherland. Les oiseaux de rivage, les oiseaux chanteurs et d’autres espèces qui ont de la misère principalement en raison de la perte de leur habitat.»
«Que ce soit là où ils se reproduisent ou hivernent, ou les terres dont ils ont besoin pour migrer vers le nord et le sud, tout cela est affecté.»
Les populations d’oiseaux de rivage au Canada ont diminué de 40 % depuis 1970, selon l’organisme Oiseaux Canada.
«La crise mondiale de la biodiversité s’aggrave: les plantes et les animaux disparaissent de notre planète à un rythme sans précédent, avec un déclin de près de 70 % des populations sauvages au cours des 46 dernières années», peut-on lire sur la fiche d’information de NSNT.
«La perte d’habitat est reconnue comme l’un des principaux facteurs de la perte de biodiversité. Il est urgent de garantir la protection permanente des habitats, en particulier des grandes étendues de terre et de la biodiversité indigène.»
L’appui des «gardiens de propriété»
Le programme Property Guardians de NSNT est en place pour assurer une meilleure conservation de ces aires protégées. Les bénévoles, qui sont les «yeux et les oreilles» des zones protégées, suivent des formations afin de bien effectuer leurs visites.
Riki Kerbrat, coordinatrice des relations communautaires, qui supervise le programme Property Guardians, explique que les bénévoles sont responsables d’inspecter un ou plusieurs sites. Les visites se font au moins une fois par année, mais les aires avec beaucoup d’activité humaine en demandent davantage.
Riki Kerbrat, coordinatrice des relations communautaires, supervise le programme Property Guardians.
Il y a environ 140 gardiens actifs chaque année. Ces bénévoles rendent compte de l’état du site et signalent à NSNT les problèmes qu’ils ont constatés, comme les dépôts d’ordures et les coupes d’arbres et de végétation.
«Nous proposons également plusieurs autres possibilités de bénévolat. Si vous avez des connaissances sur les espèces en voie de disparition ou les espèces dont la conservation est préoccupante et que vous pouvez transmettre ces informations à la Nature Trust, cela nous serait très utile», ajoute Mme Kerbrat.
«Si vous faites de la photographie, nous serions ravis de voir des photos de nos terres protégées!»
Compte tenu de la taille de l’ile de Cap-LaHave, Mme Kerbrat s’attendrait à ce qu’il y ait une équipe pour la tâche, ou bien une couple de locaux pour y aller régulièrement. Le recrutement de bénévoles pour ce site est en cours.
D’après la carte de 2025 des terres protégées par NSNT, la charité gère 199 sites en Nouvelle-Écosse, dont neuf à proximité de l’ile de Cap-LaHave
Il existe également le programme Wilderness Property Guardians, lancé en 2024 pour les bénévoles avec des compétences spécialisées et plus d’expérience en nature, qui peuvent atteindre des sites plus reculés et des forêts de terrains plus difficiles.
L’ile de Cap-LaHave à l’horizon.
«Dans notre nature»
Pour obtenir des fonds supplémentaires, NSNT a lancé une campagne de financement nommée «In Our Nature», qui terminera fin décembre.
La charité a accès à des fonds qu’elle peut mobiliser. Par exemple, si quelqu’un fait un don de 1 000 $, NSNT peut mobiliser quatre fois ce montant pour atteindre 5 000 $.
La campagne «vise à protéger de toute urgence les zones naturelles les plus importantes sur le plan écologique, les plus rares et les plus menacées de la Nouvelle-Écosse», communique NSNT.
«Nous sommes dans une course contre la montre pour protéger ces zones critiques avant qu’il ne soit trop tard. Nous espérons donc pouvoir inspirer et mobiliser les Néoécossais afin qu’ils se mobilisent et apportent le soutien financier qui nous permettra d’agir plus rapidement face à ces opportunités urgentes», termine Bonnie Sutherland.
