le Mercredi 3 juin 2026
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Santé: le bug linguistique qui isole les nouveaux arrivants francophones

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En Nouvelle-Écosse, les urgences connaissent une hausse de l'affluence, ce qui entraine des temps d'attente plus longs.  — PHOTO: Photo d'archives/Thawornnurak/Shutterstock
En Nouvelle-Écosse, les urgences connaissent une hausse de l'affluence, ce qui entraine des temps d'attente plus longs.
PHOTO: Photo d'archives/Thawornnurak/Shutterstock

S’établir à Halifax ou dans les régions acadiennes est un défi de taille, mais, pour les nouveaux arrivants francophones, la barrière linguistique se dresse comme un mur dès qu’ils franchissent la porte d’un hôpital. Entre l’isolement et la difficulté de naviguer dans un environnement majoritairement anglophone, le parcours d’intégration est mis à rude épreuve.

Santé: le bug linguistique qui isole les nouveaux arrivants francophones
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Type de contenu: Actualité

Pour une famille qui débarque en Nouvelle-Écosse, la promesse d’une nouvelle vie se heurte souvent à cette évidence: ici, la santé parle anglais. Si la province séduit par son dynamisme, son système de soins demeure, dans les faits, un labyrinthe où le français est trop souvent perçu comme une option secondaire, voire inaccessible.

Le sentiment de sécurité vitale est au cœur des inquiétudes. Selon Hajar Hajhouji, gestionnaire à Immigration francophone Nouvelle-Écosse (IFNÉ), les témoignages recueillis sur le terrain sont marqués par une profonde détresse.

Nous entendons beaucoup d’échos de frustration et de déception, même d’isolement.

— Nicolas Jean

«Nous entendons beaucoup d’échos de frustration et de déception, même d’isolement», confie-t-elle. 

Cette barrière ne freine pas seulement l’accès aux soins: elle provoque un véritable recul. «Il y a même un refus d’aller vraiment se faire soigner à cause de la non-compréhension ou de la complexité du système», raconte-t-elle. 

L’enjeu est aussi culturel. Le «modèle» de soin attendu par les nouveaux arrivants entre parfois en collision avec les pratiques locales. 

«Les gens arrivent avec la mentalité du contact physique. Si le médecin n’est pas allé loin avec eux dans une consultation, ils pensent qu’il ne s’intéresse pas à leur dossier ou qu’il ne les comprend pas», explique Hajar Hajhouji, et que cette insécurité linguistique crée un stress immense qui pèse sur le bienêtre de toute la famille.

Hajar Hajhouji, gestionnaire au sein de l’organisme Immigration Francophone Nouvelle-Écosse (IFNÉ). 

PHOTO: de gracieuseté - DR

Un système saturé, une langue qui isole

Certes, les francophones affrontent les mêmes défis que tous les Néoécossais: listes d’attente interminables pour un médecin de famille et urgences saturées. 

Mais pour eux, la peine est double. «On va prendre tous les défis liés au système de santé en Nouvelle-Écosse, mais on va rajouter par-dessus la barrière linguistique et la complexité de naviguer dans le système», résume la gestionnaire de l’IFNÉ.

Pourtant, des solutions de «navigation» existent, mais elles restent largement méconnues. Hajar Hajhouji rappelle que des services en français — comme l’interprétation par visioconférence pendant les rendez-vous — sont disponibles, mais trop peu utilisés. 

«Les gens ignorent qu’ils peuvent être servis dans leur langue de choix. Il faut sensibiliser à l’existence de ces services, ce qui peut changer la vision et l’acceptation du système.»

L’apprentissage de l’anglais, clé de l’accès aux soins

Pour l’IFNÉ, améliorer le parcours de santé passe inévitablement par une meilleure maitrise de la langue de Shakespeare. «L’aide pour l’apprentissage de la langue est une base majeure pour pouvoir s’intégrer dans tous les aspects de la société, y compris la santé», insiste Hajar Hajhouji. 

Elle plaide pour un renforcement des capacités d’apprentissage, souvent freinées par des listes d’attente dans les organismes d’établissement.

En attendant une meilleure fluidité linguistique, le réseau communautaire demeure un soutien essentiel. Le message adressé aux nouveaux arrivants est simple: s’affirmer francophone dès l’accueil à l’hôpital permet d’activer les ressources existantes. 

Toujours selon l’IFNÉ, au-delà du travail ou des études, une intégration durable ne peut se construire que si chacun se sent en sécurité — y compris dans la salle d’attente d’un médecin.

Le Courrier de la Nouvelle-Écosse s’est entretenu avec Hajar Hajhouji, gestionnaire au sein de l’organisme Immigration Francophone Nouvelle-Écosse (IFNÉ). Actrice de terrain au fait des réalités migratoires, elle livre un diagnostic sans concession sur les barrières invisibles qui compliquent l’accès aux soins pour les nouveaux arrivants.

«On peut prendre tous les défis de santé du Néoécossais, et on y rajoute la barrière linguistique»

Le Courrier: Quels sont les principaux échos que vous recevez des nouveaux arrivants francophones face au système de santé néoécossais?

Hajar Hajhouji: Nous entendons beaucoup de frustration, de déception, et même un sentiment d’isolement. Certains vont jusqu’à refuser d’aller se faire soigner à cause de la non-compréhension ou de la complexité du système. En plus de la barrière linguistique, ils sont confrontés aux mêmes défis que tous les Néoécossais: trouver un médecin de famille ou supporter les heures d’attente aux urgences. Mais pour un francophone, on prend tous ces défis et on y rajoute la difficulté de naviguer dans une langue qu’on ne maitrise pas.

LC: Existe-t-il un décalage culturel dans la perception des soins?

HH: Absolument. Les gens arrivent souvent avec une mentalité où le contact physique et la proximité avec le médecin sont essentiels. Si le médecin n’est pas allé «loin» dans la consultation, le patient a l’impression qu’il ne s’intéresse pas à son dossier. Ce sentiment d’être mal compris renforce l’idée que le système ne répond pas à leurs besoins.

LC: Quelles sont vos recommandations pour améliorer cette situation ?

HH: Pour améliorer l’intégration des nouveaux arrivants dans le système de santé, il est impératif de renforcer l’aide à l’apprentissage de l’anglais de façon rapide et efficace, car c’est la base de toute participation à la société. Parallèlement, nous devons sensibiliser davantage les familles aux services déjà existants, comme l’interprétation par visioconférence, et les encourager à s’affirmer francophones dès leur accueil dans les services de soins. Enfin, il serait crucial d’officialiser un programme de liaison directe entre les services de reconnaissance des titres et le système de santé lui-même afin de mieux intégrer les compétences médicales des immigrants et renforcer l’offre de soins bilingues.

Type: Actualités

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